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INTERVIEW. François-Xavier Bellamy : « le passe sanitaire ne ressemble pas à la liberté retrouvée qu’on nous propose »


Pierre-Manuel Pescetti le Mercredi 28 Juillet 2021 à 14:30

Le député européen et professeur agrégé de philosophie François-Xavier Bellamy était invité à Bastia par Les Républicains de Haute-Corse ce mardi 27 juillet. Après s'être exprimé dans les colonnes du Figaro en y publiant une tribune, l'élu de droite revient pour CNI sur ce passe sanitaire et sur le renoncement aux principes fondamentaux d'une démocratie que représente selon lui l'acceptation des nouvelles mesures sanitaires.



François-Xavier Bellamy parle d'une stigmatisation faite entre les vaccinés et les non-vaccinés. Crédits Photo : Pierre-Manuel Pescetti
François-Xavier Bellamy parle d'une stigmatisation faite entre les vaccinés et les non-vaccinés. Crédits Photo : Pierre-Manuel Pescetti
 - Un philosophe est toujours dans le doute et le questionnement, à l’inverse du politique qui joue de certitudes, qui affiche et assume ses convictions. Comment faites-vous pour jongler entre les deux rôles ?

 - La philosophie ne consiste pas seulement à se poser des questions, elle veut aussi y répondre. En soit, se poser des questions n’est pas intéressant si on ne cherche pas à explorer des connaissances, à trouver des solutions et finalement la politique est un exercice semblable. Elle tente d’apporter des réponses aux questions que nous nous posons tous sur l’avenir de notre pays, les problèmes que nous rencontrons et les crises que nous traversons. Je crois que ce que la philosophie m’aura permis de garder dans l’exercice politique c’est le sens de la complexité du réel qui implique de reconnaitre avec beaucoup d’humilité que nous ne savons pas tout et de respecter le regard des autres, leurs pensées, leurs réflexions. La philosophie a ceci de commun avec la politique en démocratie que ce qui est le plus important c’est le dialogue.

 - Revenons aux racines grecques du mot « démocratie ». « Dêmos », le grand peuple, celui qui est censé parler et avoir le pouvoir. Ces dernières années nous enchaînons les états d’urgence pour lutter contre le terrorisme et la maladie. Des états d’urgence que certains voient comme un déni de démocratie.

 - Il faut parfois faire face à des crises et c’est normal qu’on puisse utiliser les ressources dont l’Etat dispose pour les affronter et l’état d’urgence en fait partie. En soit, il n’y a rien de scandaleux. Il n’est d’ailleurs pas décidé sans l’avis du peuple puisque le parlement doit donner son consentement. Parlement qui représente le peuple français. Ce n’est pas fait de manière unilatérale. Cela étant dit, ce qui me frappe beaucoup et on le voit dans la période actuelle c’est le recul de la conscience de nos libertés et du caractère fondamental des principes qui fondent une démocratie. On ne devrait jamais se dire que parce qu’une crise est difficile il nous est permis de négocier avec des principes fondamentaux. La multiplication des états d’urgence, on peut comprendre sa signification, a quelque chose de dangereux pour ces règles essentielles qui fondent la démocratie.

 - S’imposer face au peuple n’est-il pas nécessaire en cas de force majeure selon vous ?

 - Non. Dans une démocratie le politique est toujours le représentant de la volonté des citoyens et il doit s’en souvenir. Evidemment il y a une autre cause de la défiance démocratique. Dans « démocratie » il y a « dêmos » le peuple, mais il y a aussi « kratos » qui est le pouvoir. Aujourd’hui le peuple ne se demande pas seulement s’il est encore représenté mais s’il a encore le pouvoir. Il faut aussi garantir que la politique garde le pouvoir pour écrire notre avenir plutôt que de nous obliger à le subir.

 - Depuis mars 2020, nous enchaînons les confinements, l’obligation de se faire vacciner pour certains corps de métier, le passe sanitaire. Ces mesures sont qualifiées par beaucoup comme liberticides. Quel est votre point de vue en tant que personnalité politique ?

 - Je suis convaincu que le passe sanitaire est une mauvaise décision parce qu’il consiste à créer deux catégories de citoyens. Ceux qui sont vaccinés et ceux qui ne le sont pas. Ça n’est pas à proprement parler une obligation car quand l’Etat crée une obligation il l’indique et la contrôle. Mais ici ce sont les français qui sont chargés de contrôler les passes sanitaires. Un serveur de café va devoir vérifier que ses clients sont vaccinés et ce sera pareil pour un bibliothécaire et un ouvreur de cinéma. Moi je ne veux pas de cette société dans laquelle on doit 10 fois par jour, pour des actes quotidiens, montrer un document de santé et une pièce d’identité. Ça ne me parait pas ressembler à la liberté retrouvée qu’on nous propose. J’ai du mal à comprendre pourquoi il faut que des gens qui ne risquent pas de faire des formes graves avec le coronavirus, je pense aux enfants, soient vaccinés. Si tous ceux qui sont à risque sont vaccinés il me semble que l’épidémie ne pose plus de problèmes majeurs. Je ne suis pas médecin mais s’il y avait un vrai consensus sur ce point je suis prêt à comprendre mais ça me paraîtrait plus loyal que l’Etat assume de fixer des règles plutôt que de créer une contrainte déguisée qui va diviser profondément, et qui divise déjà la société française.

 - Et en tant que professeur de philosophie ?

 - C’est le même, je ne suis pas coupé en deux. En tant que professeur de philosophie, il me semble que ce qui est préoccupant c’est qu’au fond on renonce à des principes très fondamentaux. Celui de la liberté, de l’égalité en droit, de la fraternité et de l’unité de la société. Les citoyens ne doivent pas avoir des droits différents dans l’espace public. D’autres principes sont également atteints comme la protection des données privées et celle des données de santé. Tout ça est préoccupant et aucune crise ne doit nous obliger à renoncer à nos principes.

 - Vous parlez de stigmatisation de la population que vous dénoncez dans votre tribune parue dans Le Figaro dans laquelle vous parlez d’un amalgame fait entre les anti-passe sanitaire et les antivaccins. N’y a-t-il pas une polarisation de la vie publique opposant les vaccinés aux non-vaccinés ?

 - Bien sûr ! Il y a une espèce de tension qui est provoquée par les déclarations des uns et des autres. Et bien sûr, je pense à la responsabilité du gouvernement et du chef de l’Etat parce qu’il a une responsabilité plus importante à l’égard de l’unité de la nation qu’il est chargé de représenter. Et quand j’entends Emmanuel Macron dire que ceux qui sont contre le passe sanitaire sont cyniques, manipulateurs et irrationnels, je crois que ça devient très grave. La démocratie ça suppose de reconnaître la légitimité du pluralisme des opinions.

 - Cela peut créer une fragmentation du « dêmos » ?

 - C’est déjà le cas aujourd’hui. Je suis très inquiet de voir la tension qui monte dans les familles, les groupes d’amis, entre les citoyens. Je voudrais dire à tous ceux qui s’inquiètent de ce passe sanitaire que c’est très important de rester serein, unis. Il ne faut surtout pas céder à la surenchère, à la tentation du mépris et de la division car si ce passe sanitaire nous divise alors comment faire dans le cas d’un virus plus grave encore ?

 - Vous dites aussi dans cette tribune que « l’atteinte aux libertés est disproportionnée par rapport à l’objectif poursuivi ».

 - Oui je le redis, il faut que toutes les personnes vulnérables soient vaccinées. On est d’ailleurs le dernier pays en Europe dans le classement des personnes les plus fragiles vaccinées. Alors que le gouvernement n’arrive pas à vacciner les plus vulnérables il va l’imposer aux enfants. Ça me paraît démesuré !

 - Doit-on craindre d’autres restrictions des libertés selon vous ?

 - Je ne sais pas mais ce qui m’inquiète c’est la facilité avec laquelle le gouvernement revient sur sa parole, avec laquelle le chef de l’Etat méprise ses propres engagements. Il y a un mois le président de la République disait que jamais le passe sanitaire ne serait utilisé pour conditionner l’accès à un restaurant, à un café et discriminer les français. Il aura suffi d’un mois pour que cette promesse soit abandonnée. Je ne sais pas où cette dérive peut nous conduire.

 - La sécurité prévaut-elle sur la liberté ?

 - C’est une grande question. On ne doit pas opposer les deux quand on est une démocratie. Bien sûr que c’est compliqué mais c’est un vrai défi pour le peuple français. On voit aujourd’hui dans le monde des contre modèles qui s’affirment. Il y a des modèles autoritaires, dictatoriaux qui sont de plus en plus forts grâce aux moyens de surveillance que les nouvelles technologies offrent à des pouvoirs de ce type. Je pense à la Chine en particulier qui a voulu faire la démonstration dans cette crise que sans la liberté on est plus efficace. Leur grand argument est la sécurité. Ils nous disent que dans un pays comme le leur on peut vivre en sécurité à tout point de vue et que quand il n’y a pas de liberté il y a plus de sécurité. Dans ce contexte là je pense que les européens doivent faire la démonstration qu’il n’y a pas d’opposition entre les deux. Qu’on peut vivre avec une vraie sécurité avec une véritable efficacité dans l’action publique y compris face à une crise majeure, sans renoncer à nos principes fondamentaux et à notre attachement à la liberté. C’est un vrai défi pour l’avenir de l’humanité. 














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