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Girolata au temps des corsaires


Olivier Bianconi le Samedi 1 Janvier 2022 à 15:49

A Girolata, le chantier de restauration du fortin génois, acquis par le Conservatoire du Littoral et classé monument historique, poursuit à bon rythme sa seconde phase pendant l’hiver. En 2022, la dernière étape du chantier consistera à la mise en sécurité du site, et à sa valorisation, en vue d’une ouverture au public espérée courant 2023. En attendant, le petit village qui compte une dizaine d’habitants l’hiver, inaccessible par la route, s’offre aux marins, et par la Bocca a Croce, aux randonneurs.

Retour aux origines de ce bâtiment militaire génois, dont l’histoire débute alors que la Renaissance touche bientôt à sa fin.



© Collectivité de Corse/S. Biancucci
© Collectivité de Corse/S. Biancucci
Au XVIème siècle, la Corse entre orient et occident, est l’enjeu de nombreux conflits entre peuples riverains de Méditerranée. Les mouillages naturels qu’offre la côte occidentale de l’île, sont autant de refuges précieux pour les pirates barbaresques. Les quelques villages maritimes de Balagne font régulièrement l’objet d’attaques, et les habitants mortifiés ne cessent de se réfugier sur les hauteurs, moins accessibles et mieux défendues.   


C’est ainsi que l’un des plus célèbres marins de l’empire ottoman, l’amiral et corsaire Turgut Reis, plus ordinairement appelé Dragut (de l’arabe Darghout : le dragon), commandant une flotte d’une douzaine de flustes véloces et galères, met à sac, en ce début d’été 1540, l’île de Capraia, le Cap Corse, et le village de Lumio. Pris en chasse par une flotte génoise conduite par Gianettino Doria, il fait cap en direction de la zone de l’embouchure du Fango.  Quelques milles marins plus au sud, l’escadre surprise, tombe en embuscade alors qu’elle provisionne dans la baie de Girolata. Le 15 juin, les équipages turcs résistent un temps, avant que le navire amiral, sur le point de sombrer, ne soit contraint de se rendre. La flotte chrétienne capture ainsi les 11 galères ottomanes. Dragut cette fois acculé, est fait prisonnier et ramené triomphalement dans le port de Gènes. Ses prochaines années seront synonyme de souffrance. Le désormais galérien, enchainé, les passent sur les mers, rongé par le sel, et écrasé sous la chaleur d’un astre qu’il connait trop bien.  En 1543, la rançon de 3500 ducats est payée par Barberousse, et le corsaire est libre ! La Balagne et Calvi en particulier, le reverront en 1555 lors du terrible siège de la cité, appuyant Sampiero Corso en vertu des accords conclus avec Henri II, roi de France.


Le fortin, un patrimoine militaire et historique 
De tels périls nécessitaient la construction de fortifications le long du littoral. Il en va ainsi des citadelles et autres tours génoises. A Girolata, il faudra attendre la fin de l’année 1550 pour assister aux premiers travaux de débroussaillage et de terrassement, conduits par le surintendant aux constructions de Corse, Gieronimo da Levante.  Le célèbre architecte qui participa à l’élaboration des fortifications calvaises, a pour mission cette fois, la construction d’un bastion et d’une tour dominant la baie. L’insécurité rend la tâche ardue. Une partie des hommes nécessaires à la réalisation de l’édifice, et à la défense des lieux, arrivent par voie terrestre, alors que d’autres naviguent avec les livraisons de pierres à chaux depuis Saint Florent. Les pierres utiles à l’édification seront extraites pour l’essentiel sur place, des chemins de liaison sont ouverts, et c’est bientôt 90 ouvriers et 40 arquebusiers qui bivouaquent près du rocher. Le rendement est bon en dépit de nombreux incidents. Entre novembre 1551 et juin 1552, on procède à la construction d’une enceinte, et à l’élévation de la Torre Grande, avec citerne, cuisine, chambre, et une terrasse destinée à recevoir des pièces d’artillerie. Cependant, l’architecte contracte une grave maladie, et les fortes fièvres qu’il subit, lui interdisent bientôt de séjourner sur le chantier. Son retour dans l’enceinte calvaise devient inévitable.  Les travaux s’interrompent le temps de réorganiser les équipes, et de nommer un nouveau maître d’œuvre. Ce sera l’officier Giovan Battista de Franchi.

Malgré l’accumulation de retards dus aux conditions de fourniture et d’acheminement par voie de mer de certains matériaux, les travaux se terminent sommairement. La tour domine les lieux de ses 13 mètres coiffés de mâchicoulis.  Le 5 mai 1552, dans un appartement de la citadelle de Calvi, s’éteint lentement Gieronimo da Levante. L’infortuné architecte ne verra pas l’achèvement de son œuvre. Les autorités génoises commandent une nouvelle tranche de travaux qui débute dès 1590, et s’achève en 1594 avec la construction de la Torre Mezza, seconde tour carrée, plus petite, adossée à l’initiale pour la soutenir, et percée de la nouvelle porte d’entrée. Jusqu’en 1611, sous la direction de l’architecte Anton Giovanni Sarrola, d’autres œuvres permettent d’agrandir et consolider l’enceinte d’origine, pour lui donner ses deux bastions, et cette forme en étoile aux angles irréguliers. Quelques pièces d’artillerie arrivées de la forteresse d’Algajola viennent compléter le dispositif défensif, dont la garde est assurée par un capo et trois soldats. Leurs familles vivent également sur place et forme une petite communauté. La gestion de l’ensemble est menée par l’Office de Saint Georges via le Presidio de Calvi. Enfin, une chapelle est édifiée dans l’enceinte et probablement consacrée San Giorgio, saint patron de Gènes, ou peut-être à San Pancrazio, toujours honoré dans l’île avec une grande dévotion. Protecteur des animaux domestiques et des troupeaux, également connu en Corse pour d’obscures facultés : celles d’annoncer aux vivants leur mort prochaine, mais aussi d’être le saint patron des bandits ! 
Au XVIIIème siècle, la Corse de Paoli, ayant pour ambition la rémission des citadelles génoises, gagnant ainsi le contrôle des côtes et du domaine navigable, s’empare avec ses Naziunali de ce fortin stratégique en 1761. 


Au XIXème siècle, l’île désormais française ne connait plus de guerre sur son territoire, ses enfants les plus téméraires répondent à l’appel du continent, et suivent les Napoléon qu’ils soient Grand ou Petit. La place forte de Girolata perd de son importance militaire, et ainsi progressivement, les soldats laissent place aux bûcherons et autres négociants, qui exploitent les bois des forêts de la Lonca et d’Aïtone, expédiés ensuite par voie maritime depuis le petit port. Le fortin est désormais désaffecté, et la partie nord de son enceinte s’effondre pendant le Second Empire.
Devenu par la suite un bien privé, il était il y a peu encore, propriété de deux familles. Le fortin acquis le Conservatoire du Littoral, et bientôt entièrement restauré, offrira au visiteur un site enchanteur, qui conservera encore longtemps, mêlé aux effluves de maquis, celles de la sueur et du sang, un parfum de flibuste.

© Collectivité de Corse/S. Biancucci
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