(Photo : Archives CNI)
Ils veulent mettre un coup d’arrêt à la hausse du prix du tabac. Depuis lundi et jusqu’à vendredi, les buralistes se mobilisent dans plusieurs villes de France pour réclamer un gel de la fiscalité et la suppression de son indexation sur l’inflation. Une mobilisation nationale, la première de cette ampleur depuis près de dix ans, qui doit s’achever ce vendredi à Vernon, dans l’Eure.
« Le but, c’est tout simplement de demander à l’État de geler la fiscalité pour que le prix du tabac n’augmente plus en France », explique Christian Croquelois, président du syndicat des buralistes de Corse. Dans le viseur de la profession, notamment, le mécanisme d’indexation sur l’inflation mis en place en 2023. « Aujourd’hui, le prix du tabac est gelé, mais il reste cette indexation qui crée une hausse mécanique chaque année. Et cette année, si on n’agit pas, on aura encore une augmentation de quasiment un euro du paquet de cigarettes », redoute-t-il.
Une nouvelle hausse que les buralistes corses redoutent d’autant plus que les ventes continuent de chuter dans l’île après l’alignement des prix du tabac sur ceux du continent en janvier dernier, après plus de deux siècles de régime fiscal dérogatoire dans l’île. Et les derniers chiffres, tout juste communiqués à la profession en cette fin de semaine, ne sont guère rassurants. Sur les huit premiers mois de l’année, les livraisons de tabac aux buralistes ont en effet diminué de 10,8 % en volume en Corse par rapport à la même période l’an dernier. Dans le détail, la baisse atteint 11,7 % pour les cigarettes, 9,6 % pour le tabac à rouler et 5 % pour les cigares. « La Corse est encore championne de France des baisses », souffle Christian Croquelois en relevant que cette chute est nettement plus importante que sur le continent où sur la même période, les livraisons de tabac reculent seulement de 5,6 % en volume.
Cette baisse s’inscrit dans une tendance déjà observée depuis plusieurs années. Dans une étude publiée en juillet, l’Agence de développement économique de la Corse (ADEC) relève ainsi que le nombre de cigarettes distribuées par les buralistes insulaires a chuté de 39 % en cinq ans, passant de 661 millions à 361 millions. Et la tendance s’est encore accentuée en 2026 : sur les premiers mois de l’année, les ventes de produits du tabac avaient diminué de 15 %, avec un recul de 16 % pour les seules cigarettes.
« Les gens s’approvisionnent ailleurs »
Pour Christian Croquelois, ces chiffres ne signifient toutefois pas que la consommation de tabac diminue dans les mêmes proportions. « À chaque fois qu’on augmente les prix, les ventes légales diminuent. Mais à côté de ça, le marché parallèle explose. Aujourd’hui, on estime que 40 % du marché du tabac en France est un marché parallèle », affirme-t-il, en déplorant qu’une partie des consommateurs se tourne désormais vers d’autres circuits pour acheter moins cher. « Les gens s’approvisionnent dans les pays voisins, sur le marché parallèle… », appuie-t-il. Un phénomène qui prend une dimension particulière en Corse. « En Corse-du-Sud, on voit que les gens s’approvisionnent essentiellement en Sardaigne et en Italie. En Haute-Corse, on voit aussi des produits qui viennent des pays de l’Est, qui transitent par l’Italie et arrivent notamment sur la Plaine orientale », dévoile-t-il.
Ainsi, pour le président du syndicat des buralistes de Corse, les hausses successives des prix du tabac, loin de faire disparaître la consommation, finissent seulement par déplacer une partie des achats. « Les gens s’approvisionnent simplement ailleurs », grince-t-il. Or, lorsque ces achats échappent au réseau légal, les buralistes pointent aussi l’absence de contrôle, notamment concernant les mineurs. « Nous, nous sommes dans un réseau légal. Nous avons des obligations, un traité de gérance avec l’État, des règles à respecter. Dans le marché parallèle, il n’y a plus aucun contrôle, notamment sur la vente aux mineurs », avertit Christian Croquelois.
Un réseau de buralistes particulièrement dense en Corse
Dans l’île, la profession doit aussi composer avec une autre particularité. Avec près 200 établissements, la Corse possède un réseau de buralistes particulièrement dense. « Sur le continent, on est à peu près à un buraliste pour 3 500 habitants. En Corse, nous sommes à un pour 1 700. Donc forcément, à un moment donné, cela crée un déséquilibre supplémentaire et les plus petits buralistes risquent de souffrir très rapidement », s’inquiète Christian Croquelois.
Et les premiers signes de fragilisation sont déjà là. Selon l’étude de l’ADEC, entre 2024 et 2025, la rémunération perçue par les buralistes sur les ventes de tabac a diminué de 6,1 %, passant de 23,5 à 22,1 millions d’euros. Trois quarts des professionnels insulaires ont par ailleurs enregistré une baisse, de 12,5 % en moyenne. Plus largement, 60 % des gérants interrogés par l’ADEC ont constaté une diminution de leur chiffre d’affaires et 75 % anticipaient une nouvelle baisse en 2026.
Face à cette situation, les buralistes corses n’ont toutefois pas attendu pour tenter de trouver d’autres relais de croissance. « On s’est déjà beaucoup diversifiés. Je pense même que les buralistes corses ont été des pionniers au niveau régional. Quand on regarde nos établissements, on a quand même de beaux commerces qu’on a su se réinventer », souligne Christian Croquelois. Mais pour la profession, cette transformation ne suffira pas si les prix du tabac continuent de progresser. D’où la demande d’un gel qui ne se limiterait pas à une seule année. « Il faut laisser le temps aux pays voisins de nous rattraper. L’Italie, par exemple, a une trajectoire d’augmentation de deux à trois euros dans les prochaines années. Si on arrive à réduire cet écart, on pourra peut-être récupérer une partie des ventes qui nous échappent aujourd’hui », estime Christian Croquelois avant de conclure : « Car aujourd’hui, on est très inquiet pour l’avenir des buralistes ».
« Le but, c’est tout simplement de demander à l’État de geler la fiscalité pour que le prix du tabac n’augmente plus en France », explique Christian Croquelois, président du syndicat des buralistes de Corse. Dans le viseur de la profession, notamment, le mécanisme d’indexation sur l’inflation mis en place en 2023. « Aujourd’hui, le prix du tabac est gelé, mais il reste cette indexation qui crée une hausse mécanique chaque année. Et cette année, si on n’agit pas, on aura encore une augmentation de quasiment un euro du paquet de cigarettes », redoute-t-il.
Une nouvelle hausse que les buralistes corses redoutent d’autant plus que les ventes continuent de chuter dans l’île après l’alignement des prix du tabac sur ceux du continent en janvier dernier, après plus de deux siècles de régime fiscal dérogatoire dans l’île. Et les derniers chiffres, tout juste communiqués à la profession en cette fin de semaine, ne sont guère rassurants. Sur les huit premiers mois de l’année, les livraisons de tabac aux buralistes ont en effet diminué de 10,8 % en volume en Corse par rapport à la même période l’an dernier. Dans le détail, la baisse atteint 11,7 % pour les cigarettes, 9,6 % pour le tabac à rouler et 5 % pour les cigares. « La Corse est encore championne de France des baisses », souffle Christian Croquelois en relevant que cette chute est nettement plus importante que sur le continent où sur la même période, les livraisons de tabac reculent seulement de 5,6 % en volume.
Cette baisse s’inscrit dans une tendance déjà observée depuis plusieurs années. Dans une étude publiée en juillet, l’Agence de développement économique de la Corse (ADEC) relève ainsi que le nombre de cigarettes distribuées par les buralistes insulaires a chuté de 39 % en cinq ans, passant de 661 millions à 361 millions. Et la tendance s’est encore accentuée en 2026 : sur les premiers mois de l’année, les ventes de produits du tabac avaient diminué de 15 %, avec un recul de 16 % pour les seules cigarettes.
« Les gens s’approvisionnent ailleurs »
Pour Christian Croquelois, ces chiffres ne signifient toutefois pas que la consommation de tabac diminue dans les mêmes proportions. « À chaque fois qu’on augmente les prix, les ventes légales diminuent. Mais à côté de ça, le marché parallèle explose. Aujourd’hui, on estime que 40 % du marché du tabac en France est un marché parallèle », affirme-t-il, en déplorant qu’une partie des consommateurs se tourne désormais vers d’autres circuits pour acheter moins cher. « Les gens s’approvisionnent dans les pays voisins, sur le marché parallèle… », appuie-t-il. Un phénomène qui prend une dimension particulière en Corse. « En Corse-du-Sud, on voit que les gens s’approvisionnent essentiellement en Sardaigne et en Italie. En Haute-Corse, on voit aussi des produits qui viennent des pays de l’Est, qui transitent par l’Italie et arrivent notamment sur la Plaine orientale », dévoile-t-il.
Ainsi, pour le président du syndicat des buralistes de Corse, les hausses successives des prix du tabac, loin de faire disparaître la consommation, finissent seulement par déplacer une partie des achats. « Les gens s’approvisionnent simplement ailleurs », grince-t-il. Or, lorsque ces achats échappent au réseau légal, les buralistes pointent aussi l’absence de contrôle, notamment concernant les mineurs. « Nous, nous sommes dans un réseau légal. Nous avons des obligations, un traité de gérance avec l’État, des règles à respecter. Dans le marché parallèle, il n’y a plus aucun contrôle, notamment sur la vente aux mineurs », avertit Christian Croquelois.
Un réseau de buralistes particulièrement dense en Corse
Dans l’île, la profession doit aussi composer avec une autre particularité. Avec près 200 établissements, la Corse possède un réseau de buralistes particulièrement dense. « Sur le continent, on est à peu près à un buraliste pour 3 500 habitants. En Corse, nous sommes à un pour 1 700. Donc forcément, à un moment donné, cela crée un déséquilibre supplémentaire et les plus petits buralistes risquent de souffrir très rapidement », s’inquiète Christian Croquelois.
Et les premiers signes de fragilisation sont déjà là. Selon l’étude de l’ADEC, entre 2024 et 2025, la rémunération perçue par les buralistes sur les ventes de tabac a diminué de 6,1 %, passant de 23,5 à 22,1 millions d’euros. Trois quarts des professionnels insulaires ont par ailleurs enregistré une baisse, de 12,5 % en moyenne. Plus largement, 60 % des gérants interrogés par l’ADEC ont constaté une diminution de leur chiffre d’affaires et 75 % anticipaient une nouvelle baisse en 2026.
Face à cette situation, les buralistes corses n’ont toutefois pas attendu pour tenter de trouver d’autres relais de croissance. « On s’est déjà beaucoup diversifiés. Je pense même que les buralistes corses ont été des pionniers au niveau régional. Quand on regarde nos établissements, on a quand même de beaux commerces qu’on a su se réinventer », souligne Christian Croquelois. Mais pour la profession, cette transformation ne suffira pas si les prix du tabac continuent de progresser. D’où la demande d’un gel qui ne se limiterait pas à une seule année. « Il faut laisser le temps aux pays voisins de nous rattraper. L’Italie, par exemple, a une trajectoire d’augmentation de deux à trois euros dans les prochaines années. Si on arrive à réduire cet écart, on pourra peut-être récupérer une partie des ventes qui nous échappent aujourd’hui », estime Christian Croquelois avant de conclure : « Car aujourd’hui, on est très inquiet pour l’avenir des buralistes ».
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