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Dérive mafieuse : Une session spéciale de l’Assemblée de Corse à l’automne


Nicole Mari le Jeudi 30 Juin 2022 à 20:06

Une session spéciale de l’Assemblée de Corse sur le système mafieux dans l’île. C’est la demande formulée par Jean-Baptiste Arena, au nom de Corse in Fronte, en ouverture des questions orales de la session de l’Assemblée de Corse qui a débuté jeudi matin à Ajaccio. Le président de l’Exécutif corse, Gilles Simeoni, annonce la session pour l’automne et de nouvelles auditions par la Commission violence. Il réaffirme l’absolue nécessité de lutter contre les dérives mafieuses, mais estime que ce combat concerne l’ensemble de la société corse.



L’Assemblée de Corse. Photo Michel Luccioni.
L’Assemblée de Corse. Photo Michel Luccioni.
« Un responsable d'entreprise du secteur Bâtiment et Travaux Public a été assassiné il y a quelques jours. De nouveau, la Corse est endeuillée par un meurtre. Avec son cortège de fatalisme, de renonciation et de manque de condamnations ». C’est par ce constat sans ambages que l’élu de Corse in Fronte, Jean-Baptiste Arena, ouvre la session de fin juin de l’Assemblée de Corse, lors d’une question orale demandant la tenue d'une session spéciale sur la dérive mafieuse. Une session promise par l’Exécutif et qui subit des retards récurrents. « Cet assassinat, comme tant d'autres, pose la lancinante question de l'état réel et profond de la société corse. Il interpelle quant à la place et au rôle, en Corse, de ce que l'on nomme traditionnellement avec euphémisme :"le milieu". Ce même "milieu" qui s'est développé à l'ombre du combat que se menaient les services de police et de justice française contre le Mouvement National. Ce même "milieu" dont quelques-uns des membres se sont avérés être, et sont toujours, des tueurs patentés du système en place : pour être plus clair, des nouvelles barbouzes de l'État français », assène l’élu indépendantiste. Core in Fronte dénonce clairement la dérive mafieuse de la grande criminalité : « Sa dimension organisationnelle, financière, sociale et économique marque son évolution vers un nouveau système de type mafieux. Sa capacité à pénétrer et infiltrer les institutions et formations politiques, si l'on n'y prend pas garde, consacrerait également une défaite de nos luttes pour les droits du Peuple Corse, ses aspirations à la liberté, à la justice et à la souveraineté ».

Jean-Baptiste Arena. Photo Michel Luccioni.
Jean-Baptiste Arena. Photo Michel Luccioni.
Le refus de la lâcheté
Jean-Baptiste Arena rappelle qu’en septembre 2019, suite à « l'assassinat politico-mafieux de Massimu Susini, jeune patriote et militant de Core In Fronte, des centaines de personnes réunies à l'Università di Corti avaient appelé à rejeter ce que, pour notre part, nous avons toujours dénoncé : les groupes mafieux qui se permettent de tuer et faire la loi. Comme à l'accoutumée, particulièrement lorsqu'il s'agit de patriotes, la police et la justice françaises se montrent inefficaces. Et pour cause... ». Il remarque qu’à ce jour, malgré la commande d'un rapport de la JIRS (Juridiction InterRégionale Spécialisée) sur la potentielle existence d'un système mafieux en Corse, « aucune initiative n'est concrètement intervenue pour confirmer un engagement clair contre ce danger qui s'attaque aux racines mêmes de nos valeurs culturelles, sociales et humaines ». Martelant la position invariablement défendue par Core in Fronte : « Parce que nous refusons la démission, la lâcheté comme la complaisance, parce que nous en avons payé le prix fort par les assassinats et les tentatives d'assassinats de nos militants, parce que notre vision des intérêts collectifs du Peuple Corse ne saurait être détournée et confisquée par quelques-uns », il interpelle l’Exécutif corse : « Quand comptez-vous organiser une session spéciale sur le système mafieux en Corse ? Quelles nouvelles mesures et initiatives entendez-vous prendre sur ce sujet eu égard à vos compétences ? ». Et conclut : « J’aurais pu poser cette question à la première personne du pluriel parce qu’elle nous concerne tous et toutes. Et nous serons demain à vos côtés, Mr le Président ».
 
Une session à l’automne
D’emblée, le président de l’Exécutif révèle qu’il s’est entretenu, la veille, avec les présidents des groupes politiques pour apporter une réponse claire et collective aux interrogations de la société corse et des deux collectifs qui se sont constitués pour dénoncer les dérives mafieuses - Maffia no et Massimu Susini. « Une réponse qui ne soit pas portée seulement par quelques uns mais par l’ensemble de notre institution et de la société corse », précise-t-il, lui aussi. Avant de réaffirmer clairement : « J’ai toujours été extrêmement clair dans mes propos et dans mes actes pour dénoncer toutes les formes de dérives, de pressions, tous les risques réalisés ou simplement potentiels de dérives ou d’emprise mafieuse sur la société corse. Cet engagement, qui est le mien, est partagé par l’immense majorité des Corses, et je ne doute pas que nous réussirons ensemble à apporter des réponses fortes ». Concernant la session spéciale de l’Assemblée de Corse consacrée à ce sujet, il revient sur le long travail de préparation qui a été effectué pendant plusieurs mois et les auditions menées par la conférence des présidents lors de la mandature précédente, qui ont permis d’entendre nombre d’élus, de maires, les représentants des collectifs, des associations de défense de l’environnement, des chambres consulaires, la ligue des droits de l’homme, les instances consultatives de la collectivité de Corse... Et dénonce au passage le refus explicite de l’Etat et de ses représentants de participer à ce cycle d’auditions. « Nous avons eu des réponses négatives du préfet Robine, du procureur général et du président de la Cour d’appel de Bastia, du commandant de gendarmerie de Corse, du directeur régional de la police judiciaire et de la directrice départementale de la Sécurité publique. Les organes administratifs, judiciaires et policiers au service d’enquête ont, d’un commun accord, refusé de participer. Il nous appartiendra de décider ensemble si nous tenons la session malgré cette carence avérée et assumée de l’Etat qui exerce les pouvoirs régaliens qui ont directement à voir avec la lutte contre la criminalité organisée et les dérives mafieuses ».

Des paroles et des actes
Répondant au tract distribué le matin même par le Collectif Massimu Susini qui a saisi l’opportunité de la question orale de Core in Fronte pour réclamer cette session spéciale, Gilles Simeoni réplique que si une succession d’éléments extérieurs, notamment la crise COVID, les élections, les événements liés à l’assassinat d’Yvan Colonna, a causé du retard, « la session doit se tenir dans les délais les plus brefs, c’est-à-dire l’automne, probablement en octobre. Nous souhaitons compléter par un certain nombre d’auditions nouvelles qui seront réactualisées en fonction des événements qui se sont succédés depuis plusieurs mois ». Il prend cependant soin de définir clairement les objectifs : « Nous ne voulons pas que cette session soit simplement l’occasion de parler, même si les mots sont importants parce qu’ils sont le premier rempart contre les pressions, les violences et les dérives. Mais les mots, particulièrement en Corse, n’ont pas de sens s’ils ne sont pas prolongés par des actes et des comportements individuels et collectifs. Nous souhaitons donc que cette session soit l’occasion de prendre des positions claires, qu’elle débouche sur des décisions opérationnelles, notamment concernant les compétences de la collectivité de Corse ». Il liste trois sources potentielles de profits illicites pour la criminalité organisée qui peuvent être le terreau d’une dérive mafieuse ou pré-mafieuse. « La première source, ce sont les marchés publics et les situations dans lesquelles il y a des intérêts financiers importants, des logiques de concentration et une absence de visibilité pour la puissance publique. La deuxième, c’est la spéculation immobilière dans toutes ses dimensions. La troisième, c’est le trafic de stupéfiants qui a pris, en Corse, notamment ces dernières années, une dimension sans précédent ». 
 
Des leviers pour agir
Dans ces trois domaines, la Collectivité de Corse n’a pas tous les pouvoirs, mais possède un certain nombre de leviers. Le premier est « celui que confère la parole libre, citoyenne, la parole d’élus qui, de façon non ostentatoire mais avec détermination, doivent, dans chacun de leurs gestes et chacune de leurs décisions, incarner le respect de l’éthique et la défense de l’intérêt général. C’est une règle que nous avons vocation à nous imposer tous ». Le second est la prise des décisions relatives à la lutte contre la corruption, à la distance et aux sécurités juridiques dans toutes les procédures, et notamment dans les marchés publics, mais aussi dans la spéculation immobilière. « Nous avons déjà envoyé un certain nombre de signaux forts. Notamment la volonté de faire que la puissance publique corse reprenne pied dans l’Ile de Cavallu. Ces actes ne sont pas que symboliques, ils sont également politiques et juridiques. Nous devons inclure dans le périmètre des discussions avec l’Etat, l’ensemble des mécanismes qui permettront de lutter contre les sources de profits illicites, contre l’absence de transparence dans un certain nombre de secteurs stratégiques, et contre les mécanismes de la spéculation immobilière ». Concernant la drogue, si la lutte contre les trafiquants ou bénéficiaires présumés du trafic de stupéfiants relève du régalien, « nous pouvons, au plan culturel, produire une société qui génère du sens et de la solidarité, qui construit des modèles économiques qui renvoient à la marge celles et ceux qui profitent des logiques spéculatives, de la captation de l’argent public ou du trafic de stupéfiants ». Et de citer le maire de Palerme, Leoluca Orlando, qu’il avait rencontré : « Sans un travail partagé entre l’Etat dans l’exercice de ses compétences régaliennes et la société concernée par les dérives mafieuses, société sicilienne pour Leoluca Orlando, société corse pour nous, il ne pouvait pas y avoir de victoire durable contre la mafia ».
 
La responsabilité de tous
Le président de l’Exécutif en appelle, une nouvelle fois, à la responsabilité collective : « La mafia n’est pas qu’un système économique, elle est aussi le produit culturel d’une société, et donc nous devons produire aujourd’hui une culture de la citoyenneté, de la démocratie et de l’espoir que nous avons vocation à incarner. Ce travail de fond relève donc de l’éducation, de la formation et de la politique au plan général ». Des pistes de travail évoquées par la Conférence des présidents et qui reflètent globalement, précise-t-il, « notre volonté commune. Nous souhaitons nous donner les moyens que cette volonté commune se traduise, dans les semaines à venir, par des actes forts ». Et de prévenir : « Il ne peut pas y avoir de démocratie réelle, il ne peut pas y avoir d’autonomie qui permette à la société corse de respirer, si nous continuons à vivre directement ou indirectement sous le joug de groupes organisés aux confluents de l’économie, de la politique, et disposant d’une réserve de violence - c’est la définition d’un groupe mafieux que donnent notamment les sociologues et juristes italiens ». Gilles Simeoni réaffirme que cette question doit être incluse dans le processusndes discussions avec l’Etat « pour essayer de construire ensemble un chemin pour ce pays et pour ce peuple qui soit, réellement, au-delà des mots et quelquefois des slogans, celui de l’émancipation, de l’espoir et de la vie ».
 
N.M.













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