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Corse : Improbable amnistie


Rédigé par Jacques RENUCCI le Mardi 27 Mars 2018 à 18:34 | Modifié le Mardi 27 Mars 2018 - 18:38


Selon plusieurs personnalités, il serait utile, à l'occasion du dialogue Etat-région, de revenir sur le dossier de l'amnistie politique. Mais les chances d'être entendu à ce sujet sont pour l'instant limitées


Corse : Improbable amnistie

La LDH et plusieurs personnalités insulaires ont écrit une lettre ouverte aux élus de l'assemblée et au conseil exécutif, avec pour objet l'inscription de l'amnistie politique dans les échanges entre la représentation insulaire et le pouvoir central.
 

Cette initiative généreuse se réfère à une délibération de l'assemblée de Corse de juillet 2015, qui, prenant en compte la démilitarisation engagée par le FLNC et donc l'arrêt des attentats, demande en retour des initiatives concernant le rapprochement des des détenus et le lancement d'une réflexion plus générale sur une éventuelle procédure d'amnistie. Les signataires de la missive constatent que la cessation de la violence politique n'a pas été accompagnée de la cessation de la répression, bien au contraire, avec le fichier automatisé des auteurs d'infractions terroristes et les amendes réparatrices parfois exorbitantes que l'on impose aux auteurs d'attentats.

 

Les amalgames de l'anti-terrorisme
Il y a une logique salutaire dans cette prise de position, mais on peut douter de son efficacité immédiate, en considérant à la fois le contexte historique du moment et le positionnement affiché de l’État. Victor Hugo disait que l'amnistie était « le plus beau mot de la langue humaine ». Lorsqu'il a plaidé au Sénat pour l'amnistie des Communards, il a souligné que la procédure « ne pouvait qu'être pleine et entière » et qu'elle s'affichait comme « une mesure de puissance ». Seul un pouvoir fort, en effet, peut se permettre d'aller contre l'opinion publique et surtout contre ses propres convictions. Le cadre ainsi défini reste identique à notre époque.

En catégorisant le passé proche de la violence corse vers le terrorisme, on lui fait rencontrer dans le même champ sémantique le terrorisme islamiste ; et les voici amalgamés dans une définition juridique commune. Même si un effort conceptuel est fait pour dissocier les deux réalités, cela ne sera sans doute pas suffisant. Car, cela est apparu lors de la commémoration de l'assassinat du préfet Erignac, l’État reste sur la ligne du ressentiment. Or, on l'a noté, l'amnistie, pour qu'elle apparaisse légitime, ne peut être partielle. Elle doit englober tous les actes de la période de référence. En Corse, on ne connaît que trop le point culminant de celle-ci. Le postulat « amnistie pleine et entière » par un pouvoir fort bute sur cette impossibilité majeure, le gouvernement actuel (comme les autres) se voulant réactif aux humeurs et aux indignations de la population – voir par exemple l'arsenal juridique nouveau destiné à protéger les femmes.

 

Une réécriture de l'histoire
Dans le rapport île-État, le repli sur la dissension et le conflit larvé perdure, avec les comportements crispés qui l'accompagnent. Comment franchir le pas avec un geste de clémence à la fois symbolique et bien réel, la Corse apportant en contrepartie une parole de stabilité ? La réconciliation supposée gommer les incompatibilités aux conséquences gravissimes et faire en quelque sorte table rase des crimes commis passe par un oubli judiciaire de ce qui a été jugé, condamné, mais aussi de tout ce qui dans le même cadre reste à juger... Amnistie, amnésie, ces mots ont la même racine. Ils imposent une réécriture de l'histoire dans la douleur, puisque selon les détracteurs du principe la réparation due aux victimes s'efface et l’État de droit capitule, laissant des injustices définitivement en suspens...

On le comprend : l'amnistie suppose un effort « éthique » fondé sur des valeurs de civilisation : l'humanité, la générosité qui font que l'on replace à l'intérieur du dispositif citoyen ceux qui s'en étaient écartés, la seule imprescriptibilité étant – notion née au XXe siècle – le crime contre l'humanité. Vis-à-vis de la Corse, le pouvoir législatif peut, s'il le désire, décréter l'oubli officiel en annulant les conséquences pénales des infractions. Cela s'est produit en 1981, avec l'arrivée de la gauche au pouvoir, en 1982, avec le nouveau statut de la Corse, en 1988, avec la réélection de François Mitterrand... Les événements le prouvent : cela n'a apporté ni la paix ni la sérénité.
Aujourd'hui, chacun en Corse s'accorde à dire que la situation est radicalement différente. Mais entre l'excès de mémoire d'un côté et la pression vers l'oubli de l'autre, l'écart semble encore trop important. Cela dit, personne ne pourra reprocher aux insulaires d'avoir pris date pour demain, ou pour après-demain.





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