Corse Net Infos - Pure player corse

Rêves d’Enfance : la croisière qui aide les enfants à reprendre le large après la maladie


Jeanne Soury le Mardi 23 Juin 2026 à 20:23

Pendant dix jours, 24 jeunes en rémission ou guéris d’un cancer ont fait le tour de la Corse à bord de six voiliers. Une aventure portée par l’association Rêves d’Enfance et les bénévoles de la Ligue contre le cancer. Bien plus qu’une croisière, un voyage vers la reconstruction.



« Un jour, j’aimerais créer un hôtel et offrir à d’autres jeunes la même chose que ce voyage en Corse. » À 17 ans, Lucas Marconnet ne parle pas seulement de vacances. Derrière son sourire et son regard encore émerveillé par les paysages corses se cache une histoire de combat, comme celle des 23 autres adolescents embarqués cette année dans la croisière Rêves d’Enfance.

Pendant dix jours, le jeune lycéen a navigué de port en port à bord d’un voilier, découvrant des lieux qu’il n’oubliera jamais. Parmi eux, les îles Lavezzi, son coup de cœur. « C’est exceptionnel pour la beauté du paysage. Une eau aussi transparente, je n’avais jamais vu ça, même si je viens du Sud-Ouest », raconte-t-il.

Lorsqu’il rentrera chez lui, Lucas sait déjà ce qu’il dira à sa famille : « C’était merveilleux, magnifique. Faire le tour de la Corse en voilier, c’est exceptionnel. Je leur dirai de le faire eux aussi. » Mais au-delà des souvenirs, cette aventure a semé une autre graine : celle de l’engagement. « Ça donne beaucoup d’amour et ça donne envie d’aider les prochains », confie-t-il.

Une parenthèse après la maladie

Depuis 2001, l’association Rêves d’Enfance organise chaque année une croisière solidaire autour de la Corse pour des enfants et adolescents touchés par le cancer. Tous sont aujourd’hui en rémission ou guéris. « C’est notre projet phare », explique l’association. « Il permet aux enfants de complètement s’évader et de commencer à guérir psychologiquement et socialement. »

Cette année, 24 jeunes venus de toute la France ont rejoint la Corse par avion, avant d’embarquer à bord de six voiliers pour un périple de dix jours. Avec les accompagnateurs, les bénévoles et l’équipe médicale, l’expédition a réuni 45 personnes. « Ils sont arrivés le 15 juin à Figari pour un parcours de dix jours », précise Serena Lanfranchi, chargée de communication de la Ligue contre le cancer. Chaque escale devient alors une découverte : Porto-Vecchio, Bonifacio, Propriano, Roccapina, le golfe de Galeria ou encore Ajaccio.

Pour le Dr Sauveur Merlinghi, président des comités de Haute-Corse et de Corse-du-Sud de la Ligue contre le cancer, cette aventure représente bien davantage qu'une simple croisière. « Ces enfants sortent d’une galère. Ils découvrent des choses qu’ils n’ont jamais vues et qu’ils n’auront peut-être jamais l’occasion de revoir », souligne le médecin, installé à Ajaccio depuis plus de cinquante ans.

Chaque année, les étudiants de première année d’HEC Paris pilotent le projet et participent à la recherche de financements nécessaires à la location des six catamarans. Sur l’île, la logistique est assurée par la Ligue contre le cancer avec le soutien des municipalités et des capitaineries. « Cela donne lieu à de petites fêtes partout où ils passent », raconte Sauveur Merlinghi. « C’est un bonheur de mettre du soleil sur leur visage. La meilleure des récompenses, c’est quand un enfant vous sourit. Là, vous avez gagné. »

Retrouver une vie d’adolescent

À bord, la maladie s’efface peu à peu. Margaux, infirmière bénévole sur la croisière, accompagne les jeunes tout au long du voyage. Mais son rôle dépasse largement les soins médicaux. « Ce sont des enfants qui ont beaucoup été hospitalisés, qui ont reçu de nombreux traitements. Certains ont même été déscolarisés ou scolarisés à l’hôpital. Il y a souvent une rupture du lien social », explique-t-elle.

Sur les bateaux, l’objectif est tout autre. « On ne les traite pas comme s’ils étaient malades. Oui, je fais les soins quand il le faut, mais je suis aussi animatrice. L’idée, c’est qu’ils oublient qu’ils sont malades ou qu’ils l’ont été. » Dans cette atmosphère familiale, où deux à six enfants partagent chaque embarcation avec plusieurs adultes, les barrières tombent progressivement. « Certains étaient très timides au départ. On les voit s’ouvrir au fil des jours », observe l’infirmière. « Parfois, ils parlent de la maladie entre eux. Nous n’abordons pas le sujet, mais s’ils souhaitent en parler, ils le font très librement. »

Au fil des années, certains rendez-vous sont devenus des incontournables de la croisière. Parmi eux, la visite du parc A Cupulatta, les baignades en rivière ou encore la découverte des tortues. « Cela fait vingt ans que les enfants adorent aller voir les tortues », sourit Serena Lanfranchi. « Ce sont eux qui insistent pour que cette étape reste au programme. » Cette année pourtant, un autre site a remporté tous les suffrages. « À l’unanimité, c’est Roccapina qui leur a le plus plu », souligne-t-elle. Sur les ponts des voiliers, entre deux baignades, une navigation ou un coucher de soleil sur la Méditerranée, les enfants réapprennent simplement à être des enfants. Et parfois, comme Lucas, ils repartent avec un nouveau rêve.