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Pollution sur Ajaccio et sa région : Plus grave qu’on ne le croit !


Rédigé par José Fanchi le Jeudi 28 Décembre 2017 à 18:51 | Modifié le Jeudi 28 Décembre 2017 - 19:08


Fioul lourd. Partout dans le monde, l’industrie maritime a toujours consommé ce genre de produit résiduel et cela dure depuis de nombreuses années. Il y a un peu plus d’une dizaine d’années, bon nombre de scientifiques ont commencé à analyser les effets de consommation de ce carburant, bien entendu dans les régions littorales. Ils ont fini par découvrir que ce fioul résiduel avait une très forte teneur en souffre, en particules et que sa combustion générait en 3000 et 3500 PPM de souffre. C’est ainsi qu’on calcule, en « partie par millions, » le PPM (molécule de gaz).


Plus jamais ça !
Plus jamais ça !

En toile de fond, les deux cheminées du Vazziu
En toile de fond, les deux cheminées du Vazziu
Ce genre de pollution, la Corse en connait la « saveur », notamment dans les ports comme Bastia, où les liaisons maritimes sont les plus importantes de Corse, mais aussi Calvi, l’île Rousse ou Porto-Vecchio à un degré moindre. A Ajaccio en revanche, en plus du maritime et ses nombreux navires de croisière qui accostent à la belle saison, nous avons droit à un complément avec le Vazziu. C’est dire si les « retombées » sont gravissimes pour la santé des gens !
Pour preuve, si l’on s’amuse à calculer, à titre de comparaison : une voiture normale doit émettre selon la loi, moins de 15 PPM de souffre. Les scientifiques ont ainsi calculé et établi des comparaisons entre les voitures et les bateaux. Il en résulte qu’un seul de ces bateaux, émet la même quantité de souffre que 50 millions de voitures.


60 000 navires qui « crachent »
Donc, si un seul de ces cargos émet autant de souffre que 50 millions de voitures, les vingt plus grands navires du monde polluent à eux seuls, plus que toutes les voitures de la planète. Enorme ! En effet, ce n’est pas 20 mais environ 60 000 navires qui sillonnent le globe à longueur d’année et dispersent leur poussière de souffre dans l’atmosphère. Ces particules fines sont produites à une taille telle et dans une quantité si élevée, qu’elles pénètrent très facilement dans nos poumons. Non seulement nous pouvons les inhaler facilement mais aussi peuvent pénétrer facilement dans nos poumons et s’y déposer.
Les bateaux sont  quotidiennement ancrés dans nos ports, le Vazziu brûle et déverse sans arrêt son poison, sans parler du secteur automobile qui est souvent pointé du doigt en matière de pollution et bien sûr le transport maritime, qui brûle le carburant le plus sale du monde.


Que faire face à la pollution ?
 C’est le thème qui est régulièrement évoqué tant les réunions sont nombreuses et les explications peu rassurantes compte tenu du temps que cela demande. En effet, pour tenter d’endiguer le phénomène, on avance des dates mais celles-ci semblent très éloignées par rapport au combat qu’il faut mener au quotidien pour apercevoir une infime amélioration. Des campagnes ont été organisées par nos institutions et chacun est animé des meilleures intentions pour mettre un point final à cette lutte de tous les instants. Tous les élus, sans exception, sont montés au créneau afin de juguler les pics de pollution qui empoisonnent régulièrement la Corse. Des dates ont été avancées, des achats de bateaux « propres » sont également à l’ordre du jour, ainsi que des mesures concrètes. En attendant, les particules continuent inlassablement de poursuivre leurs ravages…
Compagnies maritimes (La méridionale et Corsica Linea), les Chambres de Commerce et d’Industrie, les associations environnementales ainsi que l’organisme qualitair ont répondu favorablement aux institutions de la CTC, à savoir l’office des transports, l’Agence de l’urbanisme et bien sûr l’office de l’environnement. C’est un combat permanent qui manque d’information et inquiète considérablement les associations environnementales autant que les particuliers.


Gaz ou électricité…
Il est vrai que toutes les structures concernées, ont jeté, ensemble, les bases d’un véritable plan d’actions sur le court et le moyen terme. Dans le viseur, les paquebots notamment et leur  moteur au fioul lourd. Raison pour laquelle une grande partie des réunions ont été consacrées au maritime. Objectif affiché : identifier les pistes concrètes qui s’ouvrent à l’île. Et mettre en place une feuille de route opérationnelle allant au-delà des obligations actuelles prévues à l’horizon 2025. C’est en effet à cette date que la législation imposera aux navires de fonctionner au gaz liquéfié. Ou  de manière hybride, c’est-à-dire au gaz et à l’électricité. La CTC a même souhaité anticiper ces mesures, notamment avec le renouvellement de la flotte. Mais la date avancée est très loin et les effets vont encore et toujours continuer dans ce qu’il est convenu d’appeler un véritable fléau.
Personne n’a oublié les propos de Jean-Félix Acquaviva, alors président de l’Office des Transports de la Corse lorsqu’il a évoqué la mise en place d’une charte :
« Nos navires vont fonctionner totalement au gaz ou être hybrides. Il convient de mettre en place une charte avec les compagnies maritimes pour identifier les problèmes d’émissions qui peuvent faire l’objet de résolutions immédiates. D’autre part, l’OTC va aider par le biais d’appel à projets, des compagnies à investir dans des navires fonctionnant au gaz soit hybrides fonctionnant à l’électricité-gaz… »


Sujet prioritaire pour la nouvelle Assemblée ?
Une annonce qui avait grandement sensibilisé les compagnies maritimes présentes à ces réunions. Celles-ci ont déjà, pour la plupart, fait un pas vers la diminution des émissions de polluants en promettant de brancher les moteurs de leurs navires lorsqu’ils sont à l’arrêt, sur des groupes électrogènes plutôt que d’utiliser le fioul. Dans ce droit fil, l’OTC a lancé un appel à projet afin  qu’un filtre soit installé sur les cheminées des ferries.
Qu’en est-il aujourd’hui de ces avancées ? Nul ne le sait. Rien ne filtre, c’est le cas de le dire et l’on attend avec grande impatience qu’un nouveau débat s’établisse dans les semaines à venir. Une fois l’assemblée unique en place, c’est un sujet qui devrait revenir très vite dans les travées de notre nouvelle institution régionale.


L’exemple viendra-t-il des croisières ?
Une ère nouvelle semble s’ouvrir avec les croisières dans la mesure où d’autres armateurs et non  des moindres, ont décidé de miser à fond sur le GNL, à l’image de MSC Cruises que nous avons découvert il y a quelques mois dans la rade d’Ajaccio et dont nous fait l’écho. La dite compagnie nous avait rappelé qu’elle s’apprêtait à acquérir 4 bateaux énormes de 2750 cabines (2022/2026), mais aussi l’Américain Royal Caribbean International qui a commandé deux grosses unités et enfin le groupe Carnival qui a passé commande de deux paquebots de 2600 cabines destinés à Costa et une autre pour P§O.
Ce choix du gaz naturel liquéfié répond comme chacun sait à un enjeu environnemental mais aussi au durcissement logique de la réglementation sur les émissions polluantes en Europe du Nord, aux Etats Unis et très prochainement en Méditerranée ainsi qu’en Asie :
« L’avantage du GNL est qu’il traite une grande partie du problème en ne générant aucune émission atmosphérique d’oxyde de soude ou de particules fines et en permettant de diminuer les émissions de CO2. Pour l’escale d’une journée d’un paquebot comme l’Aida Perla, cela représente une économie équivalente au rejet de 11 000 véhicules diesel, ce qui est important » expliquait alors le directeur général de l’Aida Perla, Nicolas Goelen, à bord du navire accosté à Ajaccio.   


Aucune autre technologie n’apporte de nos jours des avantages équivalents, cela en tenant compte des contraintes des paquebots, notamment de leurs besoins colossaux en énergie pour assurer leur partie hôtelière qui représente 2/3 de la consommation des navires contre 1/3 seulement pour la propulsion. Voilà qui est rassurant pour l’avenir de nos ports, surtout en Corse dont on espère pareilles normes pour les années à venir car aujourd’hui, entre les paquebots et le Vazziu, entre les promesses et sœur Anne, on ne voit pas comment se sortir de cette situation qui nous mine chaque jour davantage et nous promet de vieux jours assez compliqués pour nos poumons…
J. F.




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