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Pierre Savelli : « Nous voulons une aide à l’émancipation, pas une aide à l’assistanat ! »


Rédigé par Nicole Mari le Mardi 2 Juillet 2019 à 20:31

Le Premier ministre, qui arrive mercredi après-midi en Corse, a consenti une brève halte à la mairie de Bastia. Ce qui n’était pas gagné d’avance ! Une halte qui a valeur de symbole pour le maire de la ville, Pierre Savelli, une valeur de « respect ». Il profite de l’occasion pour expliquer, à Corse Net Infos, ce qu’il compte dire à Edouard Philippe, si le temps lui est accordé, concernant son ambition pour sa ville et, plus globalement, les relations entre l’île et l’Etat. L’occasion, aussi, de revenir sur le rassemblement de Femu a Corsica, samedi dernier au boulodrome de Lupinu, et d’évoquer les élections municipales de 2020. A cœur ouvert et sans tabou.




Pierre Savelli, maire de Bastia. Photo Lea Eouzan.
Pierre Savelli, maire de Bastia. Photo Lea Eouzan.
- Le Premier ministre fait finalement une courte halte à la mairie de Bastia pour un accueil républicain. Ce n’était pas gagné d’avance ?
- Nous avons déjà reçu quelques ministres à la mairie, mais pas le président de la République lorsqu’il est venu en février 2018 à Bastia. Nous étions, alors, dans une séquence qui n’était pas vraiment favorable. Le discours d’Ajaccio du 6 février n’avait rien d’agréable. Le lendemain, le président ne venant pas en mairie, il n’y avait pas de raison pour que j’assiste au repas républicain en préfecture. Le discours, qui a suivi à l’Alb’Oru, n’a pas été à la hauteur de ce que l’on attendait, sans même parler de la séquence de la fouille des élus nationalistes. Ce sont des rapports un peu compliqués. Depuis 40 ans, nous pratiquons la politique de la main tendue, nous continuons à tendre la main, même si en retour, nous ne recevons rien, sinon des claques ! Cela ne nous décourage pas, nous sommes là depuis tellement longtemps, nous avons de la patience, et nous réussirons à construire ce pays.
 
- Qu’attendez-vous de cette visite ?
- D’abord qu’il vienne ! Même peu de temps, et même s’il va rester plus longtemps dans d’autres communes. C’est important. Le Premier ministre parle de changement de méthode. Changer la méthode commence par respecter les élus quelqu’ils soient, à fortiori les élus de Bastia et de la Collectivité de Corse, et à les écouter. Tout le monde sait que nous ne nous inscrivons pas dans une dimension d’exclusion, mais dans la construction d’un projet qui doit impliquer le plus grand nombre. Nous en avons fait la preuve à Bastia depuis cinq ans que nous sommes aux responsabilités. Nous travaillons ensemble au quotidien avec beaucoup d’actions, de plaisir et de satisfaction de voir que tous les projets – le social, la réorganisation des services, l’ANRU, les infrastructures comme l’Aldilonda, Mantinum… - toute notre vision urbanistique de la ville de Bastia commencent à prendre forme. Et tout cela dans la diversité parce que tout ce qui nous rassemble est beaucoup plus fort que ce qui nous sépare. Nous partageons les mêmes fondamentaux : la démocratie, l’humain, la terre et la culture au centre. A partir de là, on peut s’entendre avec beaucoup de gens.

Photo Lea Eouzan.
Photo Lea Eouzan.
-  Vous dites que les relations avec l’Etat sont compliquées, pas seulement avec la région, mais aussi au niveau de la ville. Est-ce parce que vous êtes un maire nationaliste ?
- On pensait que non ! Force est de constater que nous avons des difficultés que d’autres n’ont pas ! Ce sont les services qui nous les font remonter. Peut-être est-ce seulement passager ? Il y a eu, dans certains domaines, un durcissement, une crispation après février 2018. L’élection du conseiller départemental José Gandolfi a été annulée en 2015 pour des raisons complètement fallacieuses et qui n’existent pas, ici, à Bastia, ville de la fraude électorale. J’ai tous les éléments qui prouvent que cette élection n’aurait jamais du être annulée. Le dernier exemple est la vente du bâtiment des affaires maritimes : 1,240 million € pour 591 m2 que nous consacrerons à des projets d’utilité publique : une halle aux poissons, une capitainerie, une salle d’armes pour la douane… L’Etat nous le vend à prix fort ! A Ajaccio, il vend la citadelle, 2,6 ha et 6000 m2 de bâti pour 1, 380 million €, soit 140 000 € de plus ! Le fait du prince probablement ! Mais ce n’est pas normal !
 
- Deux poids, deux mesures, selon la couleur politique ?
- Oui ! Quand nous avons négocié le prix, l’Etat nous a même posé des contraintes ! Nous lui avons acheté la poudrière pour faire l’aldilonda, un chemin piéton qui va changer la ville… Il nous l’a quand même vendu 300 000 € pour 3 000 m2 ! On n’a pas contesté, mais il ne faut pas qu’il y ait deux poids, deux mesures. Et je ne parle pas des contrôles de légalité, des permis de construire retoqués, des recours gracieux que nous acceptons hors délais et auxquels nous répondons, nous allons au Tribunal administratif et nous gagnons. Et voilà que la Cour des comptes est en train d’étudier le fonctionnement de la ville en pleine période électorale ! Nous acceptons, mais cela fait beaucoup ! Les mailles du tamis sont bien plus resserrées quand il s’agit de Bastia que lorsque cela concerne d’autres communes et à fortiori quand cela concernait la municipalité antérieure. Sinon, certaines affaires ne seraient jamais passées ! C’est pour cela que le respect de tous est important. On nous regarde d’un œil suspicieux, et ce n’est pas tolérable quand on fait autant d’efforts pour être à la hauteur des enjeux et des ambitions que nous nous sommes fixés en termes de transparence et d’équité !
 
- Que comptez-vous dire à Edouard Philippe ?
- Lui dire en quelques phrases qu’il faut, d’abord, écouter ce que dit le peuple corse, ce qu’il a dit en 2015, revalidé, confirmé et tamponné en 2017. Nous ne voulons pas revenir en arrière. Ensuite, je vais lui expliquer ma vision pour ma ville. L’Etat doit jouer son rôle de partenaire. Parce qu’il a des compétences que nous n’avons pas, il doit nous aider à transformer notre ville – ce que nous sommes en train de faire – et l’agglomération. Je voudrais lui dire ce que représente Bastia dans l’histoire de la Corse et dans le panorama d’aujourd’hui. Bastia, c’est 40 % des logements sociaux de l’île, 77% de gens qui vivent dans les quartiers « Politique de la ville ». Il y en a 12 000 en Corse, dont 10 000 rien qu’à Bastia ! C’est beaucoup ! Bastia est une ville pauvre économiquement, mais riche humainement. Nous nous battons pour conserver notre patrimoine et l’enrichir. Nous avons l’ambition, d’ici 5 à 10 ans, de mettre en place des transports en commun quasi-gratuits pour changer la vie des gens. C’est, pour nous, une dimension importante, mettre le développement durable au coeur de notre action avec des dispositifs de déplacement doux comme Spassimare et Aldilonda.

Projet du Mantinum.
Projet du Mantinum.
- Vous voulez changer la vision de la ville. De quelle manière ?
- Nous sommes fiers de montrer les richesses et les potentialités de Bastia. La ville est belle partout, mais elle n’est pas seulement riche au niveau patrimonial, elle est riche de sa population. Beaucoup de gens souffrent, mais les Bastiais ont une fierté, un côté rebelle. Méritent-ils d’être considérés ? Oui ! Méritent-ils qu’on les aide ? Oui ! Mais l’aide à l’émancipation, pas l’aide à l’assistanat ! Nous avons réussi à être retenus sur le dispositif « Action Cœur de ville », c’est bien, mais il ne faut pas oublier que Bastia a pâti trop longtemps du fait que tout était consacré à Ajaccio. Peut-être que les élus bastiais de cette époque n’ont pas assez défendu leur ville. Je ne sais pas ! Les Bastiais peuvent être certains que nous allons défendre leurs intérêts ! Le siège de la Chambre d’agriculture est un dossier dont je parle souvent avec les préfets, ce n’est pas normal que les choses se passent comme ça ! Pour le reste, nous essayons de penser globalement la ville et même une grande agglomération qui aille jusqu’à Casamozza mais dont le cœur est le centre-ville de Bastia.
 
- C’est-à-dire ?
- La question est : que fait-on pour redynamiser le centre-ville, l’animer, pour que les commerces se portent mieux, pour redynamiser la ZAE, mettre de la mixité sociale dans les quartiers en grande difficulté et partout ailleurs, dans les écoles où des gamins grandissent avec d’autres qui arrivent d’autres horizons ? Nous investissons, sur une durée de 8 ans, 18 millions € pour rénover l’école Gaudin, Desanti, en partie Calloni, construire une école à Cardo, une cantine à Defendini…  Nous allons rénover des logements qui ne l’ont pas été depuis 50 ans. Nos services publics sont de qualité avec des ouvertures entre midi et 2 heures pour répondre aux besoins des gens. Notre politique culturelle peut être enviée même par des villes de plus grande importance… Nous allons faire le parking de la gare et mettre en place le train-tram avec une station de métro au Palais de justice. C’est le moment de le faire parce que le monde a changé : l’essence coûte cher, le tout-voiture n’est plus un modèle ! C’est tout cela notre vision de la ville : une ville où l’on est heureux de vivre, heureux d’aller, une ville où l’on est bien, où les familles ont envie de s’installer où l’on n’a plus besoin de prendre la voiture, comme dans toutes les autres villes, où il y a des animations et des commerces de proximité.

Projet de la gare.
Projet de la gare.
- Qu’entendez-vous par commerce de proximité ?
- On veut dynamiser le centre ville, mais pas seulement : les centres-bourgs aussi. L’idée est de refaire des quartiers pour recréer du lien social, comme cela se fait dans toutes les capitales. Dans la rue Napoléon, il y a 5 ans, il n’y avait rien, aujourd’hui, il y a des bars, des restaurants, des commerces qui ouvrent… On veut construire une ville et l’inscrire dans la construction d’un pays qui ne sera pas forcément indépendant, mais où il y aura du travail, du développement économique qui profitera à tous et où l’on vivra heureux. C’est notre projet, notre ambition.
 
- Côté développement, cela n’inclut pas le projet du port de la Carbonite dont vous ne voulez pas ?
- C’est faux ! Nous ne sommes ni pour, ni contre ! Il faut un grand port à Bastia qui est, sans contestation possible, la ville la plus proche du continent et la ville qui a le plus d’échanges avec Marseille. Le grand port de Corse est à Bastia : 65 % du fret qui rentre en Corse rentre par Bastia. Le fret va, peut-être, augmenter, pas le trafic passagers. Aujourd’hui, la question qui se pose est : faut-il un grand port à la Corse ? S’il en faut un, il faut qu’il soit construit à Bastia. L’autre question est : le port va-t-il impacter au niveau écologique le cordon lagunaire qui part de L’Arinella jusqu’au Golo ? On sait ce qui s’est passé entre le Golo et le Tavignanu avec un port beaucoup moins grand ! Les études disent qu’en prenant certaines dispositions techniques lors de la construction, il n’y aurait pas d’impact. C’est une bonne nouvelle ! On a appelé ce projet alternatif : Portu novu. Il faudrait, à mon sens, le travailler plus en détail. Il va y avoir un débat public, il ne faut pas le confisquer comme cela a été le cas la première fois pour un projet qui était loin d’être fait, qui n’était pas financé et qui aurait eu un impact écologique considérable.

Photo Lea Eouzan.
Photo Lea Eouzan.
- Lors de la réunion de Femu a Corsica au boulodrome de Lupinu ont été évoquées les prochaines municipales et la question de l’union Pè a Corsica. Quelle est votre position ?
- Je dis souvent que tout a commencé à Bastia en 2001 quand nous avons affirmé : la Corse n’appartient pas qu’aux seuls Nationalistes, elle appartient à tous, et que nous nous sommes inscrits dans une logique de projets, notamment aux Municipales. A partir de là, la question est : quels sont les gens qui adhèrent à ce projet ? Qu’est-ce qu’on veut faire – je viens de l’expliquer.  Comment le faire ? Ce sont les fondamentaux : recruter uniquement des gens dont on a besoin sur des critères de compétences, appliquer les critères de transparence sur les marchés publics. Là, la différence est flagrante ! Aujourd’hui, toutes les entreprises et tous les cabinets d’architecture peuvent travailler à Bastia. Sur chaque chantier, les entrepreneurs et les architectes sont différents. Equité et transparence ! C’est notre fierté ! Une élection n’est pas un but en soi. Le but est de faire le travail pour lequel on a été élu. C’est ce que les Corses demandent. Pas avec qui vous allez partir, mais, qu’est-ce que vous allez faire ? On va continuer ce que nous avons commencé, continuer à rassembler : c’est notre vocation.
 
- Et qu’en est-il de vos partenaires naturels ?
- Bien sûr qu’on a des partenaires naturels : ce sont des gens avec qui nous n’avons pas tout partagé, mais avec qui nous partageons une certaine idée de la Corse. Aujourd’hui, cette idée-là dans la voie démocratique, l’équité et la transparence regroupe la grande majorité des Corses. Aux Territoriales, les 56% de gens, qui ont voté pour nous, ne sont pas tous nationalistes. Il y a même des Nationalistes qui n’ont pas voté pour nous au 2nd tour ! Nous allons continuer à rassembler des gens qui veulent travailler avec nous sur ce projet.
 
- Donc, pas de liste unique Pè a Corsica aux municipales à Bastia ?
- Non ! Ça n’aurait aucun sens ! Depuis cinq ans, avec nos partenaires de la majorité municipale, nous travaillons bien ensemble. Pourquoi nous couper un membre ? Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de renouvellement sur la liste. Notre vision au sein de la majorité, qui est partagée par les mouvements qui la composent, est de repartir sur cette même configuration, de reconduire l’expérience et de continuer à rassembler, à enrichir la démarche.
 
- Par exemple avec Corsica Libera ?
- Il y a aussi Core in Fronte ! Je le répète : notre vocation est de rassembler encore plus autour d’un projet qui en vaut la peine. Pas de faire des équilibrages : ce n’est pas comme cela que ça marche ! C’hè un paese da fà ! C’est aussi le slogan de la liste Pè a Corsica, mais ça marche pour tout le monde.
 
- Une dernière précision : serez-vous candidat à votre succession ?
- Aujourd’hui, on n’en est pas là ! Ce n’est pas le sujet ! Il reste encore beaucoup de mois avant les élections et beaucoup de travail à faire.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.



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