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Michel Castellani : « Les mesures sur le pouvoir d’achat ne tiennent pas compte des différences territoriales »


Nicole Mari le Mardi 12 Juillet 2022 à 20:26

Avant l’examen en Commission des finances des deux projets de loi sur la protection du pouvoir d'achat, le groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires (LIOT), dont sont membres les trois députés nationalistes corses, a tenu, mardi matin, à l'Assemblée nationale, à clarifier sa position. Il votera le texte, mais présentera un certain nombre d’amendements, notamment pour la prise en compte de la spécificité des territoires. Michel Castellani, député de la 1ère circonscription de Haute-Corse, défendra les propositions de l’Exécutif corse, issues de la Conférence sociale. Il explique aussi à Corse Net Infos ses réserves quant au financement de ces lois.



Michel Castellani, député de la 1ère circonscription de Haute-Corse, membre du groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires (LIOT).
Michel Castellani, député de la 1ère circonscription de Haute-Corse, membre du groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires (LIOT).
- Quelle est globalement votre position sur les deux projets de loi proposés par le gouvernement concernant la protection du pouvoir d’achat ?
- Le rebond de l’inflation est très important et met à mal le budget d’un certain nombre de personnes les plus fragiles. Il faut essayer d’aider du mieux possible ces gens-là. C’est l’objet de ces deux textes de loi. D’abord le projet de loi de finances rectificative (PLFR) qui propose, par exemple, le prolongement jusqu'à fin 2022 du bouclier tarifaire sur les prix de l'énergie, le financement de la remise à la pompe, l’indemnité exceptionnelle de rentrée et la suppression de la redevance télé. Ensuite, le projet de loi sur le pouvoir d’achat qui prévoit le triplement de la prime Macron, la baisse des cotisations sociales pour les Indépendants, la revalorisation des pensions et la limitation de la hausse des loyers à 3,5 %. Ce sont des mesures que nous allons globalement soutenir, même si l’on peut faire un certain nombre de remarques.
 
- Lesquelles ?
- Ce sont des mesures globales qui ne tiennent pas compte des différences territoriales. Les députés d’Outre-Mer l’ont souligné. Pour notre part, nous reprenons évidemment l’avis unanime de l’Assemblée de Corse qui demande l’adaptation de ces diverses mesures, un certain nombre d’entre elle en tout cas, à la réalité de la Corse. J’ai déposé un certain nombre d’amendement pour cette adaptation, que je présenterai et défendrai en Commission des finances dès ce mardi soir. Cela dit, ces mesures vont dans un sens positif.
 
- Pourquoi dites-vous que la limitation de la hausse des loyers peut être à double tranchant ?
- Parce qu’il n’est pas impossible que le gel des loyers incite un certain nombre de loueurs à retirer leurs biens du marché, ce qui compliquerait encore plus la vie des gens modestes. Cette mesure part d’un bon sentiment puisqu’elle essaye de faire en sorte que des gens modestes ne payent pas un loyer excessif. En même temps, les propriétaires veulent tirer un minimum d’argent du logement qu’ils mettent en location. C’est donc une mesure qui peut se discuter. Les autres mesures posent, à mon avis, moins de problèmes, sauf un problème global qui est celui de leur financement.
 
- Craignez-vous que ces mesures ne soient pas finançables ?
- Au départ, le gouvernement tablait sur 5 ou 6 % de croissance. Si, au final, la croissance atteint 2 %, on pourra s’estimer content. Donc, il y a un ralentissement de la croissance. Le commerce extérieur est très gravement dans le rouge puisque le déficit atteint entre 85 et 100 milliards d’euros. C’est encore une hémorragie financière pour la France. Les taux d’intérêts sont repartis à la hausse. Le passage de 0 à 2 %, ce sont 18 milliards d’euros d’intérêts supplémentaires à payer pour la France. 18 milliards €, c’est le montant du bouclier tarifaire. Et, ce n’est pas fini ! La dette culmine déjà à 112 % du PIB. Le déficit est estimé, pour l’instant, à 134 milliards €, cette année. Sans compter les milliers de milliards d’emprunts souscrits à l’étranger, on arrive à 3 000 milliards d’endettement souscrits à 60% par des étrangers non-résidents. La situation est complètement déséquilibrée. Il faut quand même se poser la question de savoir qui va payer ses nouvelles mesures ?
 
- Le ministre de l’Economie parle de diminuer les dépenses. Qu’en pensez-vous ?
- Tout le monde est d’accord pour diminuer les dépenses mais on ne sait pas où elles vont baisser. On ne peut pas les baisser, ni dans l’enseignement, ni dans la santé, ni dans la sécurité, ni dans le logement, ni dans rien… ! Donc, on ne peut pas baisser les dépenses et on ne peut pas augmenter les recettes par durcissement de la fiscalité qui est déjà trop haute en France. Que reste-t-il ? Il reste à s’interroger sur la question de cibler les paradis fiscaux et l’évitement fiscal, espérer un rebond de croissance comme l’espère le gouvernement afin de dégager des recettes fiscales nouvelles. Quoiqu’en fasse, il y a un très grave problème de financement en France, ça c’est sûr !
 
- Le gouvernement accueillera-t-il favorablement les demandes spécifiques de la Corse ?
- J’ai posé la question, l’autre jour, en Commission des finances au Ministre de l’économie, Bruno le Maire, qui n’a pas fermé la porte. Il a conscience de nos difficultés particulières. Il a aussi conscience qu’il est politiquement obligé d’avoir des appuis dans l’hémicycle. Je ne pense pas obtenir de réponse précise en Commission des finances, ni même dans l’hémicycle. Par contre, je poserai très clairement la question, et je ne serai pas le seul d’ailleurs, place Beauvau le 20 juillet lors de la première réunion du processus de négociation. Et là, il faudra bien qu'on avance un peu ! Le projet de loi sur la protection du pouvoir d’achat sera examiné à partir du lundi 18 juillet à 16h pendant toute la semaine. Le 20 juillet, sera débattu le projet de loi de finances rectificative, pendant que nous serons à Beauvau.
 
- Dans quel état d’esprit, le gouvernement ouvre-t-il les discussions avec la Corse ? Par obligation ou dans une vraie volonté d’avancer ?
- Le gouvernement n’est jamais obligé de discuter, même s’il peut le faire sous la pression. Ouvrir un processus de négociation, c’est d’abord une mesure de justice, au vu du résultat des élections. C’est une mesure démocratique. Les Corses se sont prononcés dans ce sens-là à plusieurs reprises à travers leurs votes, encore une fois lors des législatives. En plus, le gouvernement n’a pas envie de se retrouver face à des émeutes comme en mars dernier. Au-delà de cet aspect des choses, il est certain qu’aucun gouvernement n’a jamais cédé que sur obligation. Il n'a jamais rien lâché spontanément pour la Corse. Il a lâché parce qu'il y avait des manifs et, en d’autres temps, des bombes. Nous essaierons de faire des propositions sensées et pragmatiques. Maintenant, si on veut vraiment faire un gros saut qualitatif pour la Corse, il faut une réforme constitutionnelle et, à mon avis, ce n'est pas pour demain matin !
 
- Que vous inspire le réveil du FLNC qui vient d’annoncer son retour sur la scène politique en revendiquant 16 attentats ?
- On sait très bien que le sentiment général de l’opinion corse, toutes sensibilités politiques confondues, c’est que tout est en train de s’effondrer ! Toutes nos valeurs fondamentales, qui ont fait la Corse pendant des siècles, sans en train d’être balayées. Nous vivons vraiment un tournant avec une accélération de la dégradation, de l'acculturation. L’opinion réagit, y compris pour une frange plus radicale, à travers le FLNC.

- Le communiqué du FLNC met en cause à la fois le président de l’Exécutif corse, Gilles Simeoni, les élus et vous, députés nationalistes. Que répondez-vous !
- Le communiqué nous accuse d’être des valets du système et d’avoir mis genoux à terre. Je réponds que s’il y avait, ici à Paris, des députés directement issus du FLNC, ils poseraient sûrement la question corse de manière plus brutale que nous le faisons, mais ils n’obtiendraient certainement pas plus que nous ! Il y a, à l’Assemblée nationale, un jeu institutionnel qui est ce qu’il est, il est peut-être hésitant, il n’est peut-être pas efficace pour nous, mais nous n’avons jamais rien lâcher sur le fond ! C’est vrai que l’on fait beaucoup de gestion, quand on se bat pour l’hôpital de Bastia, pour les viticulteurs..., mais on ne fait pas que ça. On pose aussi des questions de fond de l’avenir de notre peuple, de ses droits politiques, de notre langue. On donne aussi beaucoup d’explications, c’est un travail indispensable. Il n’y a pas d’autre solution que de faire de la pédagogie, de gagner les élections, de jouer le jeu démocratique et d’essayer d’avancer. Je ne conteste pas l’engagement militant du FLNC et les résultats qu’il a pu avoir. J’ai du respect pour l’engagement militant sous toutes ses formes, qu’il soit culturel, social, politique ou militaire, quand il va dans le bon sens, mais la réalité est ce qu’elle est. Ce n’est quand même pas la faute des députés corses et de Gilles Simeoni si la tradition française est jacobine et centraliste ! On ne peut pas nous le reprocher ! On ne peut pas laisser croire aux gens qu’il suffit de crier ou de hausser le ton pour obtenir !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 













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