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" La violence en Corse " selon Sampiero Sanguinetti


Rédigé par le Jeudi 21 Février 2013 à 22:26

Il y a quelques jours, Sampiero Sanguinetti est venu à la villa Gaspari-Ramelli, (Siscu) est venu entretenir un auditoire attentif de son dernier ouvrage "La violence en Corse - XIXe – XXe siècles – Editions Albiana-2012". Anne Albertini était là. Elle nous donne son sentiment sur l'homme et son ouvrage. Et sur ce qu'elle en a retenu.




" La violence en Corse " selon Sampiero Sanguinetti
Sampiero Sanguinetti, l’auteur de cet ouvrage remarquable, le plus juste de ces dernières années, n’a pas seulement écrit ce livre, il l’a mis en mots pesés un par un, pensés, en recherches, en réflexions, traquant la vérité, la justesse de chaque découverte, énonçant des chiffres, des taux d’élucidation, fouillant pendant des mois dans les statistiques des forces de police, de la gendarmerie, du ministère de l’intérieur, avec une idée, un besoin , une remise en ordre et en question : les Corses naissent-ils avec le gêne héréditaire de la criminalité ?
Sampiero Sanguinetti , brillant journaliste, a été  l’un des pionniers de la télévision locale FR3 et de Via Stella. Il est membre de la ligue des Droits de l’homme. Il a voulu apporter, avec ce livre, un peu d’oxygène dans le marasme ambiant et recadrer nos drames afin que nous les voyons tels qu’ils sont et non tels qu’une presse affolée, avide de sensationnel, nous les montre. « La Corse est une région particulièrement montagneuse échappant largement à la régulation juridique et sociale de la civilisation urbaine et des Etats «  (Laurent Mucchielli : criminalité de sang en Corse du XlXe siècle à nos jours ) L’Historien Antoine-Marie Graziani  remarque que les pays de vendetta sont tous des pas de montagne (populations isolée (la violence dans les campagnes du XVe au XVIII e siècle)


"Trois sortes de violence"
Pour l’auteur il existe trois sortes de violence : 1/  la violence crapuleuse des groupes affairistes.2/ La violence politique, pas seulement des mouvements nationalistes, 3 La violence ordinaire, c’est-à-dire, la violence et la criminalité que l’on retrouve dans toutes les statistiques des services de police.
De 2004 à 2008 les taux de délinquance et criminalité ont baissé en Corse (par région pour 1000 habitants)   - Etonnement du plus grand nombre, quand en 2001, la décision fut prise d’effacer la liste des personnes fichées au grand banditisme : 17 malfaiteurs considérés  comme les piliers du banditisme Corse. Préoccupé avant tout par la lutte contre les nationalistes, les autorités auraient négligé la lutte contre le grand banditisme. Décision dangereuse, on imagine une entente à la clef. La question reste posée.
Les agissements du FLNC : l’analyse de cette violence est relativement compliquée, écrit Sampiero Sanguinetti, dans la mesure où violence politique et violence crapuleuse se superposent et cohabitent. Les attentats sont bien entendu liés dans l’esprit du grand public à la  revendication nationaliste et aux agissements du FLNC. Cette vision est réductrice puisque de très nombreux attentats ne sont pas revendiqués par ce mouvement et qu’ils sont à mettre au compte de la délinquance ordinaire. Toutes les îles ont le même taux de délinquance et de criminalité. Ce n’est pas un phénomène spécialement insulaire. 0,5 et 3 homicides sur le continent, entre 3 et 9 en Corse.
Au XIX e siècle, l’emballement de la violence est grave : 20 et 30 homicides pour 100.000 habitants – Les causes : sociales et économiques. La Corse est très pauvre. Les Corses émigrent. 1934,1935, les Corses se recyclent dans l’armée, l’administration, ils sont gardiens de bagnes, gardiens de prison, douaniers. 1920, 1930, un milieu corse se constitue à Marseille, à Paris : trafics variés, prostitution, jeux. C’est la guerre des maisons de jeux, les Corses se tuent entre eux.
1970 : La Corse est au plus bas dans son économie et sa démographie : 170.000 habitants. La peur de disparaître, d’être remplacés (on parle de génocide par substitution) donne naissance au FLNC. On attend le retour des Corses. C’est la naissance du tourisme. Des voyous reviennent, ni pour le riacquistu, ni pour la romance. L’île de beauté, la plus belle de la Méditerranée, est un Eldorado à vendre et les malfrats veulent en tirer profit : boîtes de nuit, drogue, l’argent rentre facilement, mais autour des boîtes de nuit, on se tue et, selon l’analyse de Dominique Bucchini, président de l’Assemblée de Corse, pour le fric, le fric, le fric. Il faut dire qu’ailleurs, l’apport touristique représente 10 à 15% de fréquentation supplémentaire. En Corse, nous arrivons à 50% et c’est insupportable. Le prix du terrain augmente dans des proportions exorbitantes, un terrain agricole près du bord de mer peut devenir par la magie de menaces, un terrain à bâtir . Les gîtes fleurissent, les paillotes sont en dur.

"Les jeunes fragilisés"
Les jeunes sont fragilisés. Ils quittent trop tôt le milieu scolaire. Pour la plupart, ils n’ont pas de métier, pas de travail, un avenir incertain, mal dessiné. L’angoisse de l’avenir existe. Le nombre de jeunes morts sur les routes, explose. De 1987 à 1990, le taux de suicides est supérieur en Corse, à la moyenne nationale. Les jeunes espèrent trouver des débouchés dans l’économie touristique.  Un pays qui base son économie sur le tourisme est un pays en perdition. Voir ce qui se passe à Calvi au cours du festival «  Calvi on the rock » Drogue, prostitution, alcool, pornographie de plein air, excès en tous genres . Le maire et les pouvoirs publics laissent faire. Vous avez dit tourisme ? Donc de l’argent facilement gagné. Et malgré tout, peu de vols et de cambriolages dans un contexte qui s’y prête : les jeunes corses ne sont pas des cambrioleurs. Ils sont seulement un peu perdus sur une île qui fait partie de la France, qui n’est pas vraiment la France, qui n’offre pas les mêmes possibilités que ce continent lointain. Les jeunes n’attendent pas béatement un avenir meilleur : ils attendent qu’on leur  donne la possibilité de le créer. La culture bio se développe, le pays vivrait mieux si l’on pouvait consommer nos productions, mais beaucoup de propriétaires de terrains préfèrent voir pousser les ronciers plutôt que louer leur terre à des jeunes  «  car la terre est trop basse et ils ne veulent rien faire » disent-ils. Résultat : la Corse importe 90% de ce qui est consommé.

"Il est urgent d’accepter la co-officialité"
La langue : La langue de la loi est le français. La loi n’est dite qu’en français. Si on parle corse on sort de la loi. Ce qui signifie que la langue du pays n’existe pas. C’est un risque énorme. La loi ne peut pas être traduite en corse, mais les lois coutumières restent dans les mémoires. Dans cet ouvrage, les pages sur la langue sont d’une importance capitale pour éclairer nos différences de culture et mieux comprendre les aspérités qui séparent quelquefois les Corses des continentaux. L’auteur nous dit qu’il est urgent d’accepter la co-officialité.
Pour moi, il est urgent de lire ce livre qui traite de tous les sujets qui nous préoccupent, avec clairvoyance, justesse et sobriété.  Les statistiques principales sont regroupées à la fin de l’ouvrage et pour une fois, le lecteur aura une vision précise du climat social et politique de la Corse chiffres à l’appui, car en principe, ceux qui écrivent tout et n’importe quoi sur les évènements en Corse, n’ont aucune références, seulement des clichés.
De colonisations en colonisations, de luttes en luttes, il apparaît que nous n’avons pas eu le temps de développer nos savoirs, de faire connaître notre culture, nous n’avons pas pu nous penser et nous définir car nous avons toujours été définis par les autres. Il serait temps de construire notre avenir nous-mêmes, de nous définir enfin, de ne pas céder à la dernière colonisation : l’argent roi.
Anne ALBERTINI




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