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La revue numérique Robba désormais en édition papier


Philippe Jammes le Samedi 26 Novembre 2022 à 20:45

Alors qu’elle existe depuis 18 mois en ligne sur le web, les Éditions bastiaises Éoliennes viennent de publier un numéro 1 version papier de la revue. Rencontre avec Vannina Bernard-Leoni, Directrice Pôle Innovation & Développement à l’Université de Corse.



La revue numérique Robba désormais en édition papier
- Présentez-nous cette revue ? de quoi traite elle ?
- Robba est une revue qui existe depuis 18 mois. Elle travaille sur la société corse contemporaine. L’objectif est d’abord de la décrire et de l’analyser pour la comprendre mais aussi de lui dessiner des contours nouveaux. Car à nos yeux, il est temps de changer de cap, de penser et de mettre en œuvre un modèle plus équilibré, capable de répondre aux crises écologiques, culturelles et sociales. Entre les mirages du libéralisme qui standardise les modes de vie et les illusions du repli qui nie les nécessaires interdépendances, nous cherchons une voie juste, qui nous permette d’être nous-mêmes et d’échanger. Avec ce titre polysémique – Robba –que l’on pourrait traduire par « choses, affaires ou biens » et qui fait le lien entre le matériel et l’immatériel, nous cherchons en tout cas à rappeler l’importance de nos conditions d’existence concrètes : une société et une culture sont aussi les résultats de choix économiques. Un de nos sujets de prédilection concerne la question de la production locale, dans tous les domaines, pour nous éloigner d’un destin de consumérisme et de tertiarisation à outrance.« Campà, Pensà, Produce » : voilà notre triptyque 

- Son rythme de parution ?
La version numérique paraît chaque mois, et propose généralement 8 articles par numéro. Nous les partageons ensuite sur les différents réseaux sociaux : Twitter, Facebook et Instagram. Nous essayons d’adapter à chaque fois la présentation des articles au lectorat de ces réseaux, car l’objectif est de décloisonner les profils et les tranches d’âge. Une société et à fortiori un peuple, c’est autre chose qu’une addition d’individus ou de milieux qui fonctionnent dans l’entre-soi. Il faut donc refaire du lien, diffuser et partager le plus largement possible.

- Quels sont les intervenants ?
- La revue est portée par un petit noyau dur de 5-6 personnes qui sont aussi auteurs de certains textes publiés*. Mais chaque livraison s’ouvre à des contributeurs qui partagent nos préoccupations et enrichissent la démarche par leur regard, leur conviction ou leur expertise. A ce jour, ce sont plus de 60 contributeurs qui sont venus nourrir la revue. Certains récidivistes, d’autres auteurs d’un seul article. Nous sommes heureux que les profils soient variés : enseignants, chercheurs, écrivains, photographes, producteurs, militants, journalistes… et s’expriment en français, en corse, voire en italien. Même si nous sommes très fiers de nos compagnons d’aventure, nous cherchons à dépersonnaliser le plus possible la revue : plus que les noms, ce sont les productions qui importent – c’est vrai pour l’équipe de la revue comme pour les contributeurs. Nous aimerions que Robba soit synonyme de collectif et même de commun.

- Une version papier après une version numérique, passage obligé ? 
- La version numérique est très vivante, car elle se renouvelle chaque mois et elle est très illustrée, ce qui lui donne une forte dimension sensible. C’est d’ailleurs pour ça que nous avions choisi de créer une revue en ligne : pour pouvoir nous concentrer sur la production, sans avoir à gérer les contraintes économiques de l’édition papier. Grâce au site et aux réseaux sociaux, nous pouvons publier très souvent et diffuser directement. Toutefois, nous avons évidemment été très heureux que les éditions Eoliennes nous proposent d’éditer une anthologie. Dans l’équipe, nous sommes en réalité très attachés au livre papier, et à la matérialité de la lecture qu’il procure. Pour nous c’est idéal de pouvoir combiner les deux modes de publication, et nous espérons travailler prochainement sur une nouvelle édition papier. En plus d’améliorer la diffusion de la revue et des articles, cela nous permet en outre de réfléchir à une sélection de textes que nous thématisons. Pour la première anthologie, nous avons ainsi rassemblé 17 textes* pour essayer de comprendre comment « habiter la Corse dorénavant ».

- Où se la procurer ? 
- La version imprimée se trouve en librairie, sur le site d’Eoliennes  et dans quelques points de vente amis, tels que Robba Paisana à Corte, un magasin de producteurs avec lequel nous partageons beaucoup, notamment la certitude qu’il faut à la fois bien nourrir son corps et son esprit, et que c’est important aussi bien à titre individuel que collectif !  Pour la revue numérique, rendez-vous sur le site  ou sur les réseaux sociaux.

- Le Manifeste Perchè Robba ? 
- Perchè a robba palesa u valore ch’ella cuncede una sucetà à u fruttu di u so travagliu, Perchè u valore cuncessu à sta robba - da a pruduzzione è u cunsummu fin’à u trattamentu di i resti - permette di conduce l’urganisazione d’una sucetà, Eccu chì prupunimu Robba per pensà è per produce. E robba da fà ci valè - chì bisognu ci n’hè. Aujourd’hui, nous souffrons d’un modèle économique tertiarisé à outrance, Nous croulons sous la surconsommation de produits importés, Nos biens communs les plus précieux, paysage et culture, sont marchandisés et suscitent de nouvelles formes de violence prédatrice. Chì serà diventatu u sonniu d’autonomia ? Aujourd’hui, les récits identitaires ne parviennent plus à dissimuler les ravages de cette déterritorialisation : l’heure est venue d’imaginer les contours d’une société corse plus équilibrée, plus juste et plus productive. Robba ne sera pas synonyme de matérialisme étroit, car les grandes oppositions de la Modernité ont vécu, et il est temps de réinvestir les liens indéfectibles entre matériel et immatériel, entre nature et culture, ou pour le dire autrement entre avoir et être.  Basta l’essenzialisimu ! Ici pas plus qu’ailleurs, les fantasmes culturalistes ne peuvent résister aux réalités socio-économiques.Car oui, chaque société humaine se définit par ses dimensions économique, technique et symbolique. Alors quid de la technique en Corse ? Qu’appelle-t-on ici économie ? Que reste-t-il d’une symbolique de plus en plus hors-sol ? La crise sanitaire qui secoue la planète semble réaffirmer la pertinence des échelles territoriales. La faillite des chaînes d’approvisionnement mondialisées a révélé la vulnérabilité des Etats-nations occidentaux, et partout il est question de favoriser la résilience en relocalisant la production. En Corse, cette perspective semble encore peu envisagée. Dans une île où des décennies de mobilisations sociales ont conduit à un consensus politique en matière d’attachement au pays et de préservation de la culture corse, cela semble relever du paradoxe. Mais il ne s’agit pas pour nous de verser dans l’accablement, ni, pire encore, dans le fatalisme.  Nous croyons au contraire qu’une nouvelle société corse peut se dessiner. Ici et maintenant. Pour demain aussi. En puisant parfois dans l’hier et l’ailleurs. Une société qui ne sacrifie nul individu sur l’autel de la communauté, mais qui n’ignore pas davantage les nécessaires interactions entre trajectoires singulières et collectives.















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