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L’autonomie alimentaire de la Corse pour 2020 ? C'est possible !


Rédigé par Stéphanie Faby le Mardi 5 Juin 2018 à 09:33 | Modifié le Mercredi 6 Juin 2018 - 00:24


Il y a quelques jours, l’espace culturel du Lazaret-Ollandini recevait François Rouillay, coordinateur national d’Incroyables Comestibles, un mouvement citoyen d’agriculture urbaine participative pour une conférence. Elle avait pour but de sensibiliser la population locale à l’autosuffisance alimentaire des territoires par la participation citoyenne, l’agro-écologie, la permaculture et l’agriculture urbaine ... Il était accompagné de deux autres intervenants, Sabine Becker, spécialiste en permathérapie et Fabien Tournan, spécialiste en technique de permaculture.


Un public nombreux au Lazaret-Ollandini
Un public nombreux au Lazaret-Ollandini
L’indépendance alimentaire pour la Corse pour 2020 ? Un titre de conférence qui pourrait passer pour utopiste si on ne se penche pas d’un peu plus près sur la démarche de François Rouillay, et de son mouvement national « Incredible Edible France - Les Incroyables Comestibles ».
Un thème dans l’air du temps et pris très au sérieux par les nombreux ajacciens qui ont fait le déplacement pour écouter le représentant d’un mouvement qui se qualifie comme celui de «  la co-création joyeuse et de l’abondance partagée ».

Vers un nouveau mode de vie

François Rouillay au micro, accompagné de Sabine Becker et de Fabien Tournan
François Rouillay au micro, accompagné de Sabine Becker et de Fabien Tournan
Né en Angleterre, ce mouvement a été importé vers la France grâce à la participation active de François Rouillay. A son actif, il a assuré plus d’une quarantaine de conférence en France et à travers le monde.
Le but du mouvement est de promouvoir l’agriculture urbaine participative en invitant les citoyens  « à planter partout là où c’est possible et à mettre les récoltes en partage » avec en filigrane une volonté de tendre vers un idéal : celui de nourrir l’humanité de façon saine, localement, en suffisance, dans la joie et la dignité de chacun ; et par ce biais de reconnecter les gens entre eux et à leur terre nourricière. 
Face aux risques des OGM, face à un modèle industriel à réinventer et qui rend opaque la traçabilité alimentaire, face aux problèmes reliés à l’agriculture intensive, ou encore ceux liés au mode de vie et à l’alimentation, la prise de conscience citoyenne sur le besoin de se nourrir mieux gagne du terrain en France et dans le monde.
« Il y a 50 ans, les territoires avaient des terres agricoles, des zones de maraîchage et nos communes étaient à 90%  en autonomie alimentaire. Aujourd’hui, nous vivons à 98% dans un système mondialisé et nous n’avons plus de stock de nourriture. On a encore quelques productions locales, ici et là, en monoculture, centralisée, segmentée mais si pour une raison économique, sociale ou environnementale, il venait à y avoir une rupture de la chaine mondialisée d’approvisionnement, à combien vous estimez la durabilité de votre territoire ? » Questionne François Rouillay.
Elle serait de trois jours. Le décor est planté. Pour illustrer ses propos, l’intéressé s’appuie sur une science, la collapsologie, qui est l’étude « très sérieuse » de l’effondrement de la civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder…
En tant que mouvement positiviste, « Incroyables Comestibles » apporte des solutions pour réinventer, penser un autre monde autour de nouvelles techniques qui permettent de fabriquer du nouveau sol ou d’agrader la terre quand on la cultive de manière naturelle. Des solutions souvent ingénieuses, peu coûteuses et abordables techniquement avec un peu de curiosité.
Parmi les exemples éloquents, François Rouillay évoque comment ils ont fabriqué du sol nourricier de haute vitalité en 100 jours avec des déchets organiques, sans argent, sur une terrasse en béton avec des enfants âgés de 21 mois à 14 ans. «  Trois ans après, la production  dépasse tout ce qu’on pouvait imaginer » relate-t-il.
Une expérience reproduite aussi sur un ancien terrain de tennis ou dans une cours de prison avec l’utilisation des techniques de permaculture associées au travail sur soi - la permathérapie - qui a donné  des résultats encourageants : une étude met en exergue une baisse de 10 % de récidive chez les prisonniers à la sortie de prison.
 
En Corse-du-Sud, l’association a démarré un chantier de partage d’expérience au col de Vizzavona, en répondant à l’invitation de Jonathan Curti et son association Recycla Corse autour d’un projet multi acteurs. Il a pour ambition de mettre en place un programme pilote pour l’autonomie alimentaire de la Corse. Dans ce cadre, il a été créé une ferme pédagogique chez Marcel Sicurani, exploitant agricole et de nombreux enfants sont sensibilisés à la permaculture et au recyclage.

L’autonomie alimentaire l’affaire de tous

Faire de la Corse un territoire nourricier, c'est possible ! Il suffit d'un changement de regard et de la volonté.
Faire de la Corse un territoire nourricier, c'est possible ! Il suffit d'un changement de regard et de la volonté.
Ce sont dans les plus petits gestes du quotidien et dans la multiplicité de ceux-ci que l’on arrive à l’autonomie alimentaire. « La permaculture œuvre pour une agriculture responsable. Elle permet la mise en œuvre d’un système résilient qui invite à sortir de la compétition pour aller vers la coopération, une démarche inclusive d’entraide intergénérationnelle » explique François Rouillay.
Pour formaliser ce concept, un agenda 21 de l’autonomie alimentaire a été co-créé pendant 4 ans entre des acteurs de divers pays, et présentés aux Nations Unies à Genève en décembre dernier. Cette feuille de route de l’autonomie alimentaire s’adresse aussi bien aux collectivités locales, qu’aux associations, groupes ou individus soucieux de changer les comportements. Il est décliné en 4 grands thèmes et 20 actions: les actions individuelles, la participation citoyenne à l’agriculture urbaine, l’éducation populaire, le jardinage, la permaculture, l’éducation des enfants, la coopération solidaire, l’usage des circuits-courts, le recyclage des déchets ménagers, le compostage des végétaux, la réinsertion, la régénération urbaine.
Pour étayer ses propos, François Rouillay déroule de nombreux exemples chiffres à l’appui. Des récentes études ont démontré qu’aujourd’hui les villes du Nord de l’Angleterre  à l’image de Todmorden dans le Yorkshire, pionnière dans le « food to share »  et l’agriculture urbaine, ont une meilleure qualité de vie que celle du Sud : « Là-bas dans un rayon de 80 km, 83% de la nourriture vient du local. On a assisté à un changement de paradigme où le partage a créé l’abondance et a transformé l’économie des villes concernées. La marge des producteurs remonte. On passe de l’offre mondialisée à la demande localisée ce qui relance l’économie sur le territoire » informe-t-il.
De même, l’île de Cuba, contrainte à cause de son blocus économique à l’autonomie alimentaire est aujourd’hui leader dans le domaine.

L’agriculture urbaine 3e génération

Fabien Tournan a également expliqué son expérience de permaculture au Maroc, dans des sols arides
Fabien Tournan a également expliqué son expérience de permaculture au Maroc, dans des sols arides
De nombreuses villes ont rejoint ce  mouvement en transformant l’espace public en espace nourricier, changeant la physionomie de l’urbanisme local : « L’habitat du futur sera autonome en énergie  et en nourriture. On crée une ville, on ouvre l’espace public aux habitants et des quartiers populaires sont transformés en jardin d’Eden par la participation citoyenne, l’éducation populaire et l’économie circulaire en restaurant dans le cas de territoires comme la Corse l’utilisation de plants endémiques » explique-t-il.
L’initiative la plus symbolique se trouve devant l’Assemblée Nationale de Montréal où les jardins ont été transformés en espace cultivé…
La France n’est pas en reste puisque de nombreuses initiatives ont engagé des villes vers l’autonomie alimentaire comme Albi, Rennes, Le Havre, Paris, Roubaix, Grenoble, Ivry-sur-Seine, Epinay-sur-Seine, Tours … Certaines régions ont suivi comme la Bourgogne, l’Occitanie, le Périgord Limousin, le pays d’Aure, la Normandie …
L’an dernier, 40 villes se positionnaient sur le permis de végétaliser l‘espace public.
Et si la Communauté d’Agglomération du Pays Ajaccien (CAPA) devenait un programme pilote de l’autonomie alimentaire  et, la ville, une cité nourricière et fertile ?
La question était  posée lors de cette conférence très intéressante et c’est à chacun de le décider par de petites actions individuelles mais aussi grâce à l’esprit de solidarité des Corses…




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