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Jean-Félix Acquaviva : « Nous serons des députés de la Corse à Paris et pas des députés d’un parti parisien en Corse »


Nicole Mari le Vendredi 17 Juin 2022 à 20:08

Le député sortant Jean-Félix Acquaviva est arrivé en tête du 1er tour des législatives dans la 2ème circonscription de Haute-Corse avec 33,46 % des suffrages. Un écart de 4,20%, soit un peu plus de 1400 voix, le sépare du second qualifié, le libéral François-Xavier Ceccoli et le place favori pour le 2nd tour. Le candidat de Femu a Corsica, qui fait l’objet d’une guerre intra-nationaliste, explique à Corse Net Infos que le socle de la majorité territoriale est solide, que les électeurs ont validé une démarche et comprennent les enjeux d’envoyer des députés nationalistes à Paris. Avec un objectif clair : peser dans les discussions avec le gouvernement pour arracher toutes les solutions nécessaires à la Corse.



Le député nationaliste sortant Jean-Félix Acquaviva, candidat de Femu a Corsica dans la 2ème circonscription de Haute-Corse. Photo CNI.
Le député nationaliste sortant Jean-Félix Acquaviva, candidat de Femu a Corsica dans la 2ème circonscription de Haute-Corse. Photo CNI.
- Vous êtes arrivé en tête du 1er tour, mais pas avec le score escompté. Comment analysez-vous la faiblesse de l’écart avec le second qualifié ?
- Lorsque je regarde précisément ce 1er tour et le tir groupé contre ma candidature, je constate que nous sortons en tête avec 4,5 % d’avance, 33,5 % des suffrages et 10 670 électeurs. C’est le plus haut nombre d’électeurs de l’ensemble des candidats de cette élection législative, toutes circonscriptions confondues. Dans le contexte de 6 % d’abstention où seulement 48,5 % des électeurs se sont rendus aux urnes contre 54 % en 2017, ce résultat prouve que notre socle est solide. Surtout en présence d’un autre candidat nationaliste, ce qui n’était pas le cas en 2017 où ma candidature s’inscrivait dans le cadre d’une union générale. Ce socle solide démontre que les électeurs ont validé notre bilan et nous mettent en tête dans cette élection. Il valide aussi notre feuille de route et notre stratégie, c’est-à-dire notre volonté, avec mes collègues nationalistes élus par ailleurs, d’être des députés de la Corse à Paris et pas des députés d’un parti parisien en Corse ! Notre groupe Liberté & Territoires, qui rassemble des députés qui nous ressemblent en termes de valeur et de défense des territoires, pèsera de manière beaucoup plus significative au sein du prochain Parlement, à fortiori s’il y a une majorité relative, ce qui semble être le cas, et surtout dans le cadre des discussions avec le gouvernement pour arracher toutes les solutions nécessaires à la Corse.
 
- L’autre candidat nationaliste, Lionel Mortini, s’est dit prêt à discuter avec vous, avant d’annoncer s’abstenir. Avez-vous engagé ces discussions ?
- Des échanges ont eu lieu. Il y en aura encore. Tout d’abord, Lionel Mortini a fait une excellente élection. C’est un point essentiel à souligner. Il a représenté un courant du nationalisme, mais pas que, puisque d’autres électeurs se sont portés sur sa candidature. Ensuite, en démocratie, on entend l’ensemble des voix qui se sont portées sur les autres candidats. Concernant Lionel Mortini, nous avons répondu à ses questionnements avec nos valeurs et nos principes de transparence et de démocratie et avec une volonté de cheminer ensemble et de converger. J’espère évidemment que la convergence et le rassemblement nécessaires feront que tous les députés du nationalisme soient élus dans cette élection, Michel Castellani, Paul-André Colombani, Romain Colonna et moi-même. La convergence se fera jour aussi fortement dans la deuxième circonscription de Haute Corse.
 
- Lionel Mortini tacle de clientélisme le Comité de massif que vous présidez. Qu’en est-il ?
- Il n’y a jamais eu de clientélisme au sein du Comité de massif ! Tout simplement parce qu’il est composé de 107 membres qui sont des élus de l’opposition territoriale, des maires de toutes tendances, des acteurs économiques et sociaux. Les dossiers sont instruits par une Commission permanente qui donne des avis sur le financement, à l’euro près, avant que la décision ne soit prise par le Conseil exécutif de la Collectivité de Corse. Lionel Mortini le sait très bien, puisqu’il a, durant quatre ans, participé aux séances du Conseil exécutif qui, sous la présidence de Gilles Simeoni, a validé les dossiers de financement. Néanmoins, s’il reste des zones d’ombre ou d’incompréhension de la part du président de la Communauté de communes de Lisula, nous sommes tout à fait en capacité d’en parler clairement. Nous n’avons pas peur de la transparence, nous l’avons portée à un degré jamais atteint. Je rappelle que le Comité de massif est ouvert à tout le monde, notamment dans le cadre de ses travaux. Nous proposons, donc, à Lionel Mortini de faire une séance plénière sur sa Communauté de communes, voire même les prochaines Assises de la montagne en fin d’année, pour regarder l’ensemble du secteur concerné et rassurer tout le monde.
 
- Lionel Mortini pointe aussi la question Corse qu’il semble vous accuser de mal poser. Que lui répondez-vous ?
- Je sais très bien que Lionel Mortini sait très bien que nous sommes dans le fil historique du combat nationaliste pour la reconnaissance du peuple Corse, la défense de la langue, la question des prisonniers et l’autonomie législative qui est nécessaire pour changer la vie des Corses au quotidien. Clôturer 50 ans de combat et instaurer une nouvelle relation entre la République et la Corse dans les cinq ans à venir, c’est absolument indispensable pour tout le monde. Evidemment, la Communauté de communes de Lisula, dont il est président, sera un partenaire que l’on renforcera, ce qui est normal, pour ces politiques publiques dans l’avenir.
 
- Si Paul-André Colombani et Core in Fronte ont lancé un appel au vote patriotique et rappelé les enjeux, Corsica Libera s’y refuse. Comment réagissez-vous ?
- Il ne faut pas se tromper de combat ! Nous sommes face à une échéance majeure pour l’avenir de la Corse, du peuple Corse et de sa jeunesse. Il faut avoir des députés en cohésion à Paris, unis dans un même groupe, et qui, en relation avec la collectivité de Corse, son Conseil exécutif, son président, son assemblée territoriale et les forces vives, pèsent pour arracher l’ensemble des moyens nécessaires à l’émancipation de notre pays. C’est-à-dire pour arracher une solution politique institutionnelle et des solutions économiques et sociales afin d’améliorer le pouvoir d’achat des Corses en réglant la question du coût des carburants, de lutter contre la spéculation foncière et immobilière, mais aussi en matière de préservation environnementale et d’émancipation culturelle. Toutes ces questions-là nécessitent un rapport de force démocratique en faveur de la cause que nous défendons, en faveur de députés opiniâtres qui se battent pour la Corse et pas pour défendre des partis parisiens en Corse. Je le répète parce que c’est essentiel ! À partir de là, il ne doit nous manquer aucune voix ! J’appelle à voter pour les quatre candidats nationalistes, comme je vois que le font des militants sincères issus de tous les partis nationalistes. Nous ne sommes pas les députés d’un parti ou d’un camp, nous sommes les députés de la Corse et du peuple corse.
 
- La pluralité de l’offre nationaliste et la désunion compliquent cette élection. Le dialogue avec vos ex-partenaires peut-il se réamorcer ?
- Il y a toujours des sujets de fond qui restent posés dans le cadre de la gestion de la Collectivité de Corse et de ce qui a conduit à des projets différents en 2021. Notre projet a été validé par les Corses puisque que Gilles Simeoni a obtenu, tout seul, la majorité absolue en sièges. Je constate aussi que l’offre plurielle a fait augmenter l’adhésion au nationalisme corse, puisque nous avons atteint, en 2021, des scores cumulés de 70 %, jamais atteints dans l’histoire politique de la Corse. Je constate enfin qu’en nombre de voix, lors de ces législatives, nous progressons globalement fortement par rapport à 2017, y compris dans la deuxième circonscription de Haute Corse. Cela veut dire qu’il faut savoir raison garder. Oui, il y a des divisions ! Oui, il y a des divergences ! Mais il y a un moment historique où il faut converger ! D'autant plus que, dans la prochaine mandature, le gouvernement et la majorité présidentielle auront un contrepoids parlementaire beaucoup plus puissant qu’en 2017, ce qui est absolument indispensable pour la démocratie de manière générale et pour la Corse en particulier. Au lendemain de cette élection, il y aura bien évidemment une poursuite des échanges entre nationalistes pour identifier et régler les problèmes de fonds qui se posent en termes de développement, de vision de la société Corse, de valeurs, d’organisation de la pluralité démocratique... Toutes ces questions-là se posent. Gilles Simeoni, au lendemain du premier tour, puis du deuxième tour des élections territoriales, l’avait déjà posé en ces termes en faisant des offres de discussion et de rassemblement, y compris de participation à certains éléments de gestion, qui n’ont pas été entendues à ce moment-là. Peut-être était-ce trop tôt ! Nous verrons au lendemain de cette élection, mais cela passe d’abord par une victoire politique incontestable, le 19 juin prochain.
 
- Justement, ce contexte national, où le gouvernement n’aura peut-être pas de majorité absolue, revêt-il un enjeu particulier pour la Corse ?
- Il est très clair qu’aujourd’hui, nous vivons peut-être un moment historique. Non seulement des députés nationalistes seraient renouvelés avec un bilan et une méthode de travail validés, une façon de défendre la Corse qui a donné des choses inédites dans le mandat précédent : la création du groupe Liberté & Territoires, l’adoption de lois sur le 5 mai ou sur la lutte contre la spéculation foncière et immobilière, la déconjugalisation de l’allocation adulte handicapé, des amendements importants gagnants… Cela même, dans une situation de défiance avec un gouvernement très centraliste. Nous sommes au seuil de ce renouvellement, nous avons bon espoir que les Corses le confirment, voir le renforce avec l’élection de quatre députés nationalistes. Ceci, dans une circonstance démocratique nationale qui semble s’orienter, soit vers une majorité présidentielle absolue très courte et très nuancée entre trois composantes qui la constitueraient - ce n’était pas le cas en 2017 -, soit l’hypothèse très probable d’une majorité relative. La circonstance, qui cumule le renouvellement de nos forces et une majorité nationale relative, nous donnerait un poids démocratique très important, historique même, puisque nous débuterions le dialogue avec Paris dans ce contexte-là. Avec notre groupe Liberté & Territoires qui est libre et qui défendra les territoires et la Corse, nous serions en capacité de négociation très haute pour le seul intérêt général de l’île.
 
- Ces discussions sur l’autonomie sont-elles clairement l’enjeu de ces législatives ?
- Oui ! L’enjeu de cette élection est de valider un projet de société clair, ascendant, avec des députés qui vont défendre la voix de la Collectivité de Corse pour obtenir d’une part, des résultats immédiats notamment pour adapter à la Corse le chèque carburant et la prime Macron, indexer les retraites sur le coût de la vie, financer le projet, proposé par le président Simeoni, de rénovation énergétique des logements publics avec, à la clé, des gains de pouvoir d’achat... A ses premières actions, s’ajoutent des solutions de moyen terme à travers le statut d’autonomie pour garantir des règles spécifiques, notamment en matière de fiscalité sur les successions. Pouvoir adapter les lois et les règlements avec des dispositifs spécifiques permettrait également d’apporter des solutions aux questions de pouvoir d’achat qui ne peuvent pas être réglés aujourd’hui eu égard aux compétences actuelles de la collectivité de Corse, notamment la régulation des prix des carburant. Cela nous permettrait de mieux lutter contre la spéculation foncière et immobilière qui est un véritable danger et un cancer pour la Corse, notamment pour l’accès à la propriété des jeunes. Demander l’autonomie fiscale pour la collectivité de Corse n’est pas un problème idéologique, mais une nécessité pour la maîtrise de ses budgets et pour mieux investir. Ce sont ces éléments-là de discussion qui renforcent la nécessité démocratique de nous reconfirmer en tant que députés. Aucun autre candidat n’est clair sur la façon d’aborder ces discussions. Nous, nous le sommes !
 
- Vous pensez que vos adversaires ne défendront pas la Corse ?
- Il est clair que les autres forces politiques essayent d’être, soit proches de la majorité présidentielle, soit reviennent à de vieilles recettes pour s’intégrer dans un groupe de droite, même si elles essayent de se cacher dans ce deuxième tour de scrutin. Elles seront, donc, peu enclines à être très opiniâtres pour défendre la Corse parce qu’il faudra négocier et choisir, à un moment donné, entre la majorité présidentielle et la Corse, entre des logiques parisiennes et la Corse. Ce sont de mauvaises recettes et de mauvaises méthodes. Notre méthode a déjà eu des gains réglementaires et législatifs au service de la Corse et serait renforcée dans le contexte d’une majorité relative du président Macron.
 
- Dans ce contexte, comment analysez-vous le fort niveau d’abstention ?
- Il est lié à l’usure de la succession d’élections depuis 2015 : trois élections territoriales, deux élections législatives, une élection municipale, deux élections présidentielles. C’est presque une élection par an qui mobilise et qui met entre parenthèses le temps des politiques publiques. C’est préjudiciable ! Nous rentrons maintenant dans une période de quatre années sans grande élection. C’est la première fois que nous disposons d’une période aussi longue pour nous concentrer sur la négociation avec le gouvernement et l’accélération des politiques publiques sur le terrain. Depuis sept ans, nous avons réussi à sécuriser la question du maritime et à baisser les tarifs, même s’il faut attendre pour la compagnie régionale, alors que nous avons hérité de gouffres financier et juridique en la matière. Nous avons sécurisé le budget de la Collectivité de Corse, alors que nous avons hérité de 100 millions d’euros de déficit. Nous avons relancé des outils comme le Comité de massif qui crée une politique de la montagne et de l’intérieur efficace et qui n’existait pas auparavant. Le président Simeoni a impulsé une hausse des dotations aux communes, notamment pour les petites communes. Dans nos politiques, la transparence est la règle. Quelque soit l’opinion politique du maire ou de l’acteur économique, lorsque on a droit à une subvention, on l’obtient. Cela n’existait pas auparavant. On a cheminé sur la fusion des trois collectivités qui était une œuvre immense et qui devient aujourd’hui une œuvre accomplie. Cela va nous permettre d’accélérer en installant notamment des maisons de territoire dans chaque Pieve di Corsica. Ce sera la nouvelle donne.
 
- C’est-à-dire ?
- Cela nous permettra d’accélérer les politiques d’investissement routier, de mettre en place une politique de santé au plus près des territoires, mais aussi une politique culturelle et linguistique avec e case di a lingua. Cela permettra d’apporter des soutiens aux investissements structurels par exemple dans la filière bois avec des projets issus des Assises de la forêt. Des actions sont en oeuvre, les choses sont en cours de transformation, mais elles ne peuvent être dopées que par la sécurisation d’outils fiscaux et institutionnels attribués à la Collectivité. Cette élection marque la fin d’un cycle et le début d’un nouveau, dans un contexte certes de crises à plusieurs étages, crise sanitaire, crise européenne avec la guerre, crise économique et sociale française qui se répercute sur la Corse, néanmoins avec des outils démocratiques qui nous permettront, j’en suis sûr, d’avancer.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.

















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