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Jean-Félix Acquaviva : « Il ne serait pas responsable que l’on lézarde la maison que nous avons construite à Paris »


Nicole Mari le Mardi 3 Mai 2022 à 07:43

C’est au Palazzu naziunale à Corti que le député sortant de la 2ème circonscription de la Haute-Corse, Jean-Félix Acquaviva, a lancé officiellement sa candidature pour un second mandat lors des élections législatives des 12 et 19 juin prochain. S’appuyant sur un bilan de combat, l’élu de Femu a Corsica, membre de la majorité territoriale à l’Assemblée de Corse et président du comité de massif, est donné favori, mais doit notamment affronter un autre nationaliste, Lionel Mortini. Avec sa suppléante, la balanine Marie Jeanne Andreani, le député sortant entend, à travers son groupe Liberté & Territoires, continuer à mener à bien sa mission, défendre les intérêts de la Corse, œuvrer pour un statut d’autonomie tout en pesant sur des sujets concrets. Il explique, à Corse Net Infos, les perspectives du mandat à-venir et le choix qui s’impose aux Corses.



Jean-Félix Acquaviva, député sortant de la 2ème circonscription de la Haute-Corse, de nouveau candidat aux élections législatives des 12 et 19 juin prochain. Photo CNI.
Jean-Félix Acquaviva, député sortant de la 2ème circonscription de la Haute-Corse, de nouveau candidat aux élections législatives des 12 et 19 juin prochain. Photo CNI.
- Pourquoi avez-vous décidé de briguer un second mandat ?
- Nous avons réussi avec Michel Castellani et Paul-André Colombani à créer un groupe politique qui nous a permis de faire entendre, pour la première fois à l’Assemblée nationale, une vraie voix de la Corse. Une voix ascendante qui défend les intérêts de la Corse et qui a les moyens d’être libre dans l’hémicycle. Contrairement à ce que l’on nous prédisait, nous n’avons pas du tout été isolés ! Loin de là ! Contrairement aussi à d’autres députés avant nous, nous n’étions pas raccrochés à des centrales parisiennes, obligés de suivre la ligne d’un parti politique plutôt que de défendre l’intérêt de la Corse. A travers ce mandat, nous avons réussi à faire un saut important pour faire entendre la voix de la Corse et de son peuple, à la faire admettre dans notre groupe parlementaire, ce qui nous a donné la liberté de convaincre d’autres groupes. C’est la première fois, par exemple, que des groupes se sont joints à nous pour défendre le rapprochement des prisonniers. C’est historique ! Ensuite, nous avons commencé un vrai travail de fond en termes d’amendements et de propositions de loi que nous avons faite adoptés, soit totalement, soit en première lecture, ou que nous avons soutenus et cosignés et qui ont été adoptés. Tout en étant dans l’opposition, nous avons obtenu des résultats concrets. Nous avons construit une maison pour l’intérêt de la Corse qui s’est enracinée à Paris. Nous ne pouvons pas en responsabilité nous arrêter là, surtout à l’aune du dialogue de fond qui va s’instaurer avec le gouvernement pour une solution politique, mais aussi à l’aune du scrutin français avec la possibilité de peser politiquement de manière plus forte, eu égard à la diversité des opinions qui risquent de s’exprimer au niveau national.

- Ce lobbying, que vous avez réussi sur la question Corse, est-ce l’acquis principal de votre mandat ?
- L’acquis principal est, à la fois, en termes d’image et en termes d’idées. Aujourd’hui, l’autonomie de la Corse, l’intérêt de donner des moyens spécifiques à la Corse et aux territoires, ne fait plus peur sur tous les bancs de l’Assemblée nationale, quoi qu’on en dise ! C’est un travail de fond que nous avons réalisé. Même s’il reste quelques verrous idéologiques à faire sauter dans l’administration technocratique centrale et dans le gouvernement, le rapport de force s’est inversé. Cela veut dire que nous pouvons, avec le temps, faire sauter ces verrous pour le bien de la Corse et pour obtenir une solution politique, ce qui est une chose communément admise aujourd'hui. C’est un acquis fondamental ! Il y en a d’autres. Nous avons cheminé sur des mesures concrètes. Par exemple, la loi sur le 5 Mai a été adoptée, ou la loi contre la spéculation foncière et immobilière adoptée en première lecture. Cette loi, si elle est validée par le Sénat et en deuxième lecture, nous donnera, dès 2023, des moyens importants, en attendant la réforme constitutionnelle. Je pense également à l’expérimentation « Territoire zéro chômeurs » que nous avons adaptée à la Corse et qui va être initiée maintenant.

Avec le sénateur Paulu-Santu Parigi. Photo CNI.
Avec le sénateur Paulu-Santu Parigi. Photo CNI.
- Votre mandature a été également marquée par un bras de fer avec le gouvernement. Ce qui a été un frein évident ?
- Il est évident que si nous avions pu avoir un accord initial avec le gouvernement, comme Emmanuel Macron s’était engagé à le faire en 2017 lorsqu’il s’était présenté sur un pacte girondin, nous serions allés beaucoup plus vite, vu le travail que nous avons accompli. Malgré cela, nous avons réussi. Trois exemples : la proposition de loi contre la spéculation foncière et immobilière, que j’arrive à faire adopter à l’unanimité à l’Assemblée nationale contre l’avis de gouvernement. Également la loi sur le 5 mai portée par Michel Castellani, où heureusement une partie d’En Marche et du Modem ont suivi. A l’aune de la commémoration des 30 ans à laquelle je participerai, j’ai une pensée pour les victimes de la tragédie de Furiani. C’est un sujet sur lequel nous nous sommes beaucoup investis pour obtenir, enfin, le gel des matchs le 5 mai. Ce n’était que justice ! Ou encore la loi sur les langues régionales, portée par Paul Molac, que nous avons co-signée et qui était issue de notre groupe Liberté & Territoires. Pour la première fois, nous obtenons un vote historique très large sur les langues régionales en faveur de l’enseignement immersif. C’est inédit par rapport au centralisme idéologique français ! Malgré des réticences très fortes, nous avons mis de l’eau dans le mur et fait tomber des murs, il faut continuer à faire les tomber. C’est l’intérêt du mandat qui s’ouvre.
 
- Que regrettez-vous le plus ?
- Nous regrettons l’ensemble des rendez-vous manqués par le gouvernement pour des raisons idéologiques. Mais ce que nous regrettons le plus, c’est bien évidemment le drame absolu sur lequel a terminé la mandature, c’est-à-dire l’assassinat d’Yvan Colonna. Nous nous sommes beaucoup investis pour la défense des libertés fondamentales, pour la levée du statut de DPS, le rapprochement et une solution politique générale pour nos prisonniers. Malheureusement, si nous pouvons être satisfait du retour de Pierre Alessandri et d’Alain Ferrandi, nous ne pouvons être que très amers qu’il soit consécutif à un drame que nous avions pourtant anticipé. Nous avions averti plusieurs fois, par des questions au gouvernement, au Premier ministre, au ministre de la justice, mais aussi par des initiatives plus informelles, qu’il fallait régler ces questions. Nous regrettons que le gouvernement n’ait pas entendu et ait laissé aller des mécanismes qui ont conduit au drame. C’est un gâchis humain et même politique. Nous allons continuer le combat pour la justice et la vérité pour Yvan Colonna en mettant en place la Commission d’enquête parlementaire, dès le renouvellement du Parlement.

- Si vous êtes réélu, quelles seraient vos priorités ?
- La priorité, dans le dialogue politique qui s’ouvre, est de dessiner un statut d’autonomie de plein droit et de plein d’exercice avec une réforme constitutionnelle, un statut qui mord sur la réalité culturelle, économique et sociale de l’île pour démontrer aux Corses que, grâce à ce statut, on résout des problèmes concrets. Par exemple, la régulation sur le prix des carburants, ou la fiscalité sur le patrimoine. Le statut peut définir des exonérations et une politique fiscale patrimoniale qui permettrait de réinvestir dans les villages, d’éviter la dépossession des insulaires et surtout le retour au droit commun. Avec le statut, nous pourrions prendre des mesures renforcées contre la spéculation foncière et immobilière afin de garantir un droit au logement, mais aussi un droit à l’activité économique et agricole, à une économie de production pour les jeunes. Nous pourrions prendre des mesures particulières pour les déchets et l’économie circulaire, qui permettraient d’oxygéner le budget des intercommunalités en faisant payer plus les pollueurs et les éco-organismes, comme c’est le cas en Outre-Mer. Le modèle de gestion des déchets serait plus viable et moins pénalisant en termes de taxes pour les Corses. Pareil pour la question de l’eau qui est un vrai problème et qu’on ne doit pas transférer automatiquement aux intercommunalités, mais de manière très prudente pour éviter des augmentations du prix dans les territoires de l’intérieur. Il faut également un statut fiscal pour les entreprises. Pendant notre mandature, nous avons réussi à obtenir, grâce à un amendement que j’ai porté, la prolongation du crédit d’impôt corse, à éteindre des mesures notamment sur les meublés de tourisme qui étaient détournés à des fins d’économie spéculative. Nous avons réussi à faire préciser par Bercy que certaines améliorations pouvaient, en termes de dépenses, être éligibles pour les entrepreneurs au crédit d’impôt actuel. Mais, il faut aller plus loin, notamment en termes de taux. Il faut un statut fiscal centré sur l’économie de production et sur une amélioration de la zone de développement prioritaire qu’a pondu Bruno Le Maire, mais qui n’est pas satisfaisante.

- Cela suppose une réforme constitutionnelle qui reste improbable ?
- Non ! Ces questions-là peuvent déjà être abordées dans la prochaine loi de finances. Tout comme les questions concernant la santé et la prise en compte des handicaps de l’insularité qui seront abordées à travers la loi sur la sécurité sociale, ou la question de l’énergie… Des éléments peuvent déjà s’inscrire dans le processus législatif dès la fin de l’année, en attendant une réforme constitutionnelle et un statut d’autonomie qui nécessitent effectivement les trois cinquièmes du Sénat et de l’Assemblée nationale. Il ne faut pas attendre la réforme constitutionnelle pour faire acter des mesures qui mordent sur la réalité économique et sociale de notre île. Nous avons été très présents sur le volet social. Nous sommes battus pour que la TVA soit maintenue à 5,5 %  pour les logements sociaux, le gouvernement l’a malheureusement montée à 10 %. Il faudra revenir dessus. Nous nous sommes également battus pour les statuts et les salaires des personnels du secteur médico-social et pour le pouvoir d’achat dans son ensemble. Sur ces questions sociales et d’employabilité, nous avons besoin d’un statut social et fiscal adapté à la situation corse.

- Concernant la campagne électorale, confirmez-vous l’accord sur le soutien aux députés nationalistes sortants ?
- L’intérêt supérieur de la Corse a toujours prévalu dans nos choix individuels en tant que députés à Paris. Nous avons défendu les thèmes pour lesquels nous avons été missionnés en 2017. Sur ce plan-là, je n’ai pas failli ! Nous n’avons pas failli ! Nous avons été véritablement, dans notre action quotidienne, conformes à tout ce pourquoi nous avons été élus. Sur la question des prisonniers, de la langue corse, de la spéculation immobilière et foncière, de la réforme constitutionnelle et du statut d’autonomie, d’un statut fiscal et social, sur toutes les mesures spécifiques à obtenir sur tous les plans, nous avons combattu pied à pied, conformément à notre projet. Dans ce cadre-là, il y une logique évidente, et je pense que les Corse l’ont compris. Ils se sont aperçus que, pour la première fois, nous avons défendu de manière différente la Corse et son peuple, et nous avons obtenu des résultats. Grâce à notre lobbying, grâce à notre présence constante et à un travail acharné de tous les instants, nous pouvons aborder, le prochain mandat, avec un poids politique encore plus important pour négocier, surtout si la majorité présidentielle est un peu moins monocolore, moins large ou pourquoi pas relative, ou en cas de cohabitation. Nous aurons, à travers notre groupe, une force encore plus considérable pour faire avancer l’intérêt de la Corse et des Corses, et au-delà, pour défendre des valeurs d’humanisme, les libertés fondamentales et les valeurs sociales et économiques qui servent aussi notre territoire.
 
- C’est-à-dire ?
- Nous avons, par exemple, co-signé la proposition de loi sur la déconjugalisation de l’allocation adulte handicapé qui a été adoptée en première lecture et qui fait l’objet d’un consensus pour qu’on puisse l’adopter définitivement dans le prochain mandat. Les handicapés pourront recevoir des allocations sur leurs propres revenus et pas sur le revenu de leur conjoint, c’est une avancée sociale importante qui va bénéficier à toute la France ! Cela fait partie des sujets globaux qui ont des retombées en Corse et qui montrent que nous sommes conformes à des valeurs de société qui sont aussi celles de notre groupe Libertés & Territoires. C’est la raison pour laquelle nous avons voté contre le libre-échange qui nuit à l’économie de production ou pris position pour les fromages fermiers. Nous sommes intervenus à l’international pour défendre les Kurdes et les Catalans. C’est aussi grâce notamment à notre groupe que le Conseil constitutionnel a censuré l’article 24 de la loi sécurité globale qui empêchait les journalistes de filmer les manifestations. Nous avons réussi à faire tomber dans la loi anti-casseurs la possibilité par le préfet d’interdire de manifester. Nous avons œuvré pour les libertés fondamentales. Il faut que les Corses entendent cela. C’est pourquoi il faut aujourd’hui une cohésion des sortants.
 
- Sur votre circonscription, vous devrez néanmoins affronter un nationaliste, Lionel Mortini, qui entend « être présent différemment à Paris ». Comment réagissez-vous ?
- Nous sommes en démocratie et chacun a le droit de se présenter. Je ne crains, ni le débat contradictoire, ni cette compagne que j’aborde sereinement et de manière déterminée. Je suis en mission pour l’intérêt général et l’intérêt de la Corse. Mon action s’inscrit dans la durée. Il ne serait pas responsable que l’on lézarde la maison que nous avons construite à Paris, et que l’on recule par rapport à l’acquis d’un groupe politique que nous avons constitué et par rapport à tous les ponts que nous avons érigés avec tous les groupes de l’assemblée nationale et dans les ministères afin d’arriver à une solution politique. C’est évidemment la détermination qui nous anime. Au vu de tout ce que nous avons fait, je ne comprends pas quelle serait une meilleure voie pour défendre la Corse à Paris ! L’argument ne tient pas ! Et ne tient d’autant pas que nous avons fait progresser les choses beaucoup plus que les députés de la Corse ne l’ont fait précédemment. Il y a deux choix qui s’opposent : soit de continuer sur la lancée pour consolider les acquis et transformer l’essai, soit de se présenter pour essayer de faire perdre avec des réseaux très disparates qui se coagulent et qui, pour parler clairement, sont anti-Acquaviva ou anti-Simeoni. Quand aux autres offres politiques qui vont encore se raccrocher à des partis parisiens en pensant que ce sera mieux que les fois précédentes, nous avons déjà vu leurs échecs. En la matière, par rapport aux enjeux de cette élection et par rapport à l’enracinement qui est le mien dans les territoires ruraux et de montagne, j’attends le jugement du peuple sereinement. C’est à lui de dire s’il préfère casser notre démarche dans son envol, ou au contraire lui donner de la force pour réussir. C’est en tout cas comme ça que je vois les choses.

- Vous êtes, donc, confiant ?
- Je suis confiant parce que nous avons beaucoup travaillé, nous avons donné le meilleur de nous-mêmes. Les bilans, qui sont à disposition dans les mairies, sont conséquents. Il était difficile de pouvoir faire plus avec toute l’énergie que nous avons mise dans ce mandat. Mais, je suis un démocrate et il s’agit de convaincre et de rassembler. Je suis évidemment un candidat issu de la majorité territoriale, de Fa Populu Inseme, de Femu a Corsica et dans la lignée de ce que Gilles Simeoni a présenté en juin aux Corses, mais je suis aussi, depuis 2017, le député de tous les Corses, quelque soit leur origine politique. Nous sommes dans cette démarche de rassemblement parce que le peuple corse, ce n’est pas que des nationalistes.
 

Le député sortant Jean-Félix Acquaviva er sa suppléante, la balanine Marie Jeanne Andrean. Photo CNI.
Le député sortant Jean-Félix Acquaviva er sa suppléante, la balanine Marie Jeanne Andrean. Photo CNI.
- Vous avez choisi Marie-Jeanne Andreani,comme suppléante. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?
- Je suis très heureux et très fier d’avoir comme suppléante, Marie-Jeanne Andreani, qui est élue municipale à Zilia, professeur de corse au collège de Calvi et enracinée en Balagne. C’est une humaniste, investie dans le monde culturel, associatif et éducatif, qui n’est pas encartée. Elle est représentante de notre état d’esprit dans la lignée de l’ouverture à la société Corse qui est la nôtre et dans la démarche de passer du nationalisme au national.
 
- Comment comptez-vous articuler votre campagne ?
- Ma campagne a débuté avec ce lancement dynamique à Corti et va continuer sur tous les territoires. Je mets un point d’honneur à passer partout, comme je l’ai fait durant mon mandat. Je suis un candidat de terrain, j’ai toujours été un militant, et même un militant du développement et du territoire. Cette relation de proximité, j’ai essayé de la préserver pendant tout mon mandat. J’ai prévu quatre meetings et une dizaine de réunions publiques intermédiaires, mais aussi des passages dans toutes les mairies et dans tous les lieux où les Corses se rencontrent. Pendant un mois et 10 jours, je serai comme j’ai toujours été : quelqu’un de proximité qui écoute, prend les avis et essaye de convaincre.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 

















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