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Gilles Simeoni : "le gouvernement doit donner des signes positifs très rapidement sur les dossiers stratégiques"


Nicole Mari le Jeudi 24 Novembre 2022 à 19:56

Le 22 novembre, le président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse, Gilles Simeoni, a rencontré, à Paris, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, en préalable de la reprise du dialogue avec le gouvernement, et, dans la foulée, la Présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun Pivet. Il a rendu compte de ces deux entretiens, jeudi matin, en ouverture de la session de l’Assemblée de Corse. Réaffirmant une volonté inchangée d’avancer dans le processus d’autonomie, Gilles Simeoni estime que le gouvernement doit donner rapidement des signes positifs sur des dossiers en cours, comme l’énergie, les transports maritimes et aériens, la spéculation immobilière ou les infrastructures, notamment par des votes de l’Assemblée nationale d’ici à la fin de l’année.



Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse. photo Michel Luccioni.
Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse. photo Michel Luccioni.
Situation des prisonniers, discussions sur l’autonomie, spéculation immobilière, transports aériens et maritimes, énergie, infrastructures… L’entretien entre Gilles Simeoni et Gérald Darmanin n’a duré, mardi matin, à Beauvau que 45 minutes, mais il fut dense. C’est ce qui ressort du compte-rendu que le président de l’Exécutif a dressé, jeudi en fin de matinée, aux élus de l’Assemblée de Corse réunis pour deux jours en session. Le président Simeoni avait refusé de s’exprimer médiatiquement avant d’avoir informé les présidents des groupes politiques qui font partie de la délégation insulaire qui participe au cycle de négociations avec l’Etat. Le processus, proposé par Paris après la crise de mars dernier liée à l’assassinat d’Yvan Colonna, a été enclenché en juillet dernier et suspendu en octobre après le rejet de la demande de libération conditionnelle de Pierre Alessandri. L’arrêt de la Cour de Cassation du 26 octobre ouvrant la porte à la libération du commando Erignac après 23 ans de détention, la discussion a donc repris par ce premier entretien officiel en tête à tête entre les deux hommes, avant un possible voyage du ministre de l’Intérieur dans l’île les 8 et 9 décembre prochains.
 
Une volonté inchangée
« Il me paraissait important que je puisse exposer de vive voix au ministre en charge du dossier Corse nos interrogations et nos inquiétudes. Cette volonté de le rencontrer, je l’ai trouvée encore plus nécessaire et légitime, eu égard à ce qui s’est passé depuis plusieurs semaines et à la situation de blocage dans laquelle nous sommes aujourd’hui », indique, d’emblée, le président de l’Exécutif. Ceci posé, il a réaffirmé à Gérald Darmanin sa « volonté inchangée de poursuivre le processus et surtout de le réussir. Ce processus vise à construire une solution politique globale qui nous permette de tourner définitivement la page d’un demi-siècle de logique de conflits pour inscrire les relations entre l’État et la Corse dans une nouvelle perspective ». Pour ce faire, il s’est référé au texte de la résolution concernant les prisonniers, votée à l’unanimité par l’Assemblée de Corse lors de la session écourtée du mois d’octobre. Faisant état de l’actuelle « situation de blocage », il a relevé « trois catégories de difficultés qu’il appartient à titre principal au gouvernement et à l’Etat de lever. La première est relative à la situation des prisonniers politiques. La deuxième est de donner des signes publics forts de la volonté du gouvernement et de l’État de placer ce processus au bon niveau des enjeux. C’est une question que nous nous posons en tant que nationalistes et que beaucoup de Corses se posent aussi. La troisième difficulté est la situation d’un certain nombre de dossiers stratégiques qui ont bien avancé et qui doivent aujourd’hui connaître une conclusion positive ».

Réunion dans le cycle de discussions sur l'autonomie.
Réunion dans le cycle de discussions sur l'autonomie.
La question des prisonniers
Concernant la situation des prisonniers, Gilles Simeoni a fait état des trois questions épineuses et récurrentes. D’abord, la situation carcérale de Pierre Alessandri et d’Alain Ferrandi. « Le ministre m’a rappelé le principe de séparation des pouvoirs et le refus du gouvernement de s’immiscer de quelque façon que ce soit dans une position qui relève - ce sont les mots du ministre - de la seule autorité judiciaire. J’ai répondu que nous ne remettions pas en cause ce principe constitutionnel et évoqué la résolution, qui a été votée ici à l’unanimité et en termes quasi-identiques par des dizaines de maires et de présidents d’intercommunalité, et l’affirmation partagée par l’ensemble de la société corse : « Nous considérons que ce sont les maintiens en détention de Pierre Alessandri et Alain Ferrandi qui sont et peuvent être générateurs d’un trouble à l’ordre public et non leur accès à un régime de semi-liberté ». Je lui ai demandé si cette position était également partagée par le gouvernement et l’Etat ». Gilles Simeoni demande aussi à l’État de se positionner par rapport à des « éléments essentiels », notamment le fait que « le trouble à l’ordre public, évoqué par les juges, s’apprécie sur la base d’un document policier qui ne reflète pas la réalité de la situation en Corse. Nous ne demandons pas des documents de complaisance, mais des documents qui restituent la réalité de la situation, à savoir un retour à la paix publique, un renoncement à l’action clandestine armée et surtout une volonté des élus de la Corse de construire un chemin de paix et de démocratie ». Il a également répercuté « notre inquiétude de voir régler la question du FIJAIT et des dommages et intérêts liés aux années de violences que l’île a connues, mais aussi les situations pénales individuelles » et relayé la demande des associations de prisonniers d’avoir un interlocuteur gouvernemental.
 
Des dossiers stratégiques
Concernant les dossiers stratégiques, le président corse estime que le gouvernement doit « se positionner clairement en faveur de décisions pour lesquelles il y a des consensus extrêmement larges ». Il a abordé le dossier des Délégations de service public (DSP) maritime et aérienne. « Nous pouvons être aussi précis que possible, techniquement et juridiquement, et en thèse sur le plan politique avec le corpus doctrinal de la Commission européenne, si notre position n’est pas appuyée et relayée par notre Etat de rattachement, elle risque de ne pas être entendue. Dans la DSP maritime, nous avons fait beaucoup plus que n’importe quel autre territoire européen, notamment insulaire, nous avons besoin du soutien sans réserve du gouvernement ». Les discussions étant toujours en cours avec Bruxelles, il tient « à rendre publiquement hommage » au SGAE (Secrétariat général des affaires européennes) et au ministre des Transports, Clément Beaune, qui y ont activement participé. « J’attends du gouvernement qu’il continue d’expliquer avec nous que notre position est conforme à l’application du droit européen et à ce qu’il fallait faire. Nous aurons la même démarche pour sécuriser le service public aérien qui est tout aussi essentiel à la Corse avec des enjeux sociaux majeurs ». Le deuxième dossier « dans lequel le gouvernement peut donner des signes positifs à très brefs délais » est la lutte contre la spéculation foncière et immobilière. « Dans le cadre de la loi de finances, le gouvernement a la possibilité d’accompagner la demande unanime de la Corse de renforcer les dispositifs qui permettent d’atténuer les effets de la spéculation ». Au passage, Gilles Simeoni fustige l’initiative du sénateur LR Jean-Jacques Panunzi qui s’y oppose, alors que « les quatre députés de la Corse sont sur ce domaine-là sur la même position ».

Gérald Darmanin a reçu les maires corses à déjeuner dans le cadre du congrès des maires. Photo Ministère de l'Intérieur.
Gérald Darmanin a reçu les maires corses à déjeuner dans le cadre du congrès des maires. Photo Ministère de l'Intérieur.
Du positif et du négatif
Autre dossier stratégique : le PTIC et les infrastructures de l’île. « Les communes et intercommunalité attendent la mise en œuvre des pré-engagements contractualisés. Il était hors de question de revenir dessus, même s’ils ont été pris selon une méthode regrettable ». Une allusion aux contrats passés par l’ancien préfet dans le dos de la Collectivité de Corse. « Près de quatre ans après la décision de mettre en œuvre un PTIC, il n’y a pas eu le moindre euro de l’État investi dans le cadre de ce dispositif, il n’y a pas eu le moindre euro investi dans l’économie corse ou dans les infrastructures », déplore le président de l’Exécutif. « Nous avons besoin d’une mise à niveau stratégique des infrastructures. Je pense que dans la discussion avec le préfet et le gouvernement, nous pouvons avancer dans les prochaines semaines ». Autre dossier en grande souffrance : l’énergie et la stratégie d’autonomie énergétique à 2050. « Là aussi, il y a du positif et il y a du négatif », reconnait-il. « Nous avons la nécessité de mettre un terme à l’exploitation du Vazziu et, pour cela, de construire la nouvelle centrale du Ricantu qui a été redimensionnée à la baisse de 250 MW à 112 MW par rapport à notre volonté de monter en puissance sur les énergies renouvelables et la maîtrise de l’énergie ».
 
Une attente de clarification
Pour la nouvelle centrale électrique, l’Etat est revenu sur le choix du gaz naturel validé par l’assemblée de Corse et par un engagement contractualisé avec l’ancien ministre De Rugy. « L’Etat est maitre d’ouvrage dans l’appel d’offres qui a été lancé et selon lequel l’énergie de transition ne pourra pas être le gaz. Nous sommes prêts à envisager cette solution parce que c’est la raison qui nous y incite. Si on repart sur un appel d’offres au gaz qui risque d’être infructueux dans les deux ans, cela veut dire que l’on continue avec le Vazzio et qu’on risque, à chaque instant, le blackout énergétique », déclare Gilles Simeoni. Face à cette crainte, il redit la nécessité de sécuriser SACOI, la ligne électrique Sardaigne-Corse-Italie, mais exige « des garanties écologiques, économiques et environnementales. Cela passe par une révision de la PPE (Programmation pluriannuelle de l’énergie) et par un débat public ». Mais aussi que l’argent promis soit investi dans les énergies renouvelables et la maîtrise de l’énergie : « A priori, on ne ferait pas la barge à Lucciana, ni la structure gravitaire en approvisionnement en gaz dans le golfe d’Aiacciu. Dès lors, on économiserait 800 millions d’euros. Si on évalue, en plus, les coûts en fonctionnement en gaz et en bioliquides, ça va encore laisser un différentiel de 600 ou 700 millions d’euros qui sont contractuellement dus à la Corse. Il faut que ces 700 millions d’euros, qui ont été contractualisés, viennent soutenir la montée en puissance des énergies renouvelables qui doivent être le plus haut possible, le plus vite possible ». De même, il s’agit de lutter contre la précarité énergétique, notamment par la rénovation énergétique des logements sociaux et des collèges et bâtiments de l’enseignement. Des opérations d’un montant de 15 millions d'euros concernant le Campus Agri u Rizzanesi de Sartè, le Lycée Giocante de Casabianca de Bastia et l'Institut National Supérieur du Professorat et de l'Education d'Aiacciu seront adoptées pendant cette session sur un programme total évalué à 40 millions d’euros. « Nous avons besoin aujourd’hui d’une réponse rapide de l’État. J’ai dit au ministre Darmanin que, sur ces différents points, nous attendions dans les semaines, voir dans les jours à venir, des éclaircissements et des décisions sur la prise de la part du gouvernement », poursuit-il.
 
Le rôle du Parlement
Le dernier point évoqué est d’ordre sociétal : « Nous avons eu, la semaine dernière, une session exemplaire sur l’analyse et la lutte contre les dérives mafieuses. La Collectivité de Corse est prête à prendre sa part, un travail important nous attend, à l’Etat aussi d’accepter de venir discuter avec les élus de la Corse et de dire ses intentions en la matière », prévient le président de l’Exécutif. Avant de conclure rapidement sur sa rencontre d’une heure avec la Présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun Pivet, qui a suivie celle de Beauvau. « J’étais content de pouvoir rencontrer la présidente de l’Assemblée nationale qui avait la volonté de s’informer directement de la réalité de la situation en Corse. Dans le contexte politique d’ensemble des mois à-venir qui, j’espère, sera celui de la paix, de la démocratie et du dialogue réel, l’Assemblée nationale a un rôle important à jouer. J’espère que sa présidente aura la volonté de s’impliquer et d’impliquer l’institution qu’elle préside. J’ai, bien sûr, évoqué avec elle la Commission d’enquête qui vient d’être instituée sur les circonstances de l’assassinat d’Yvan Colonna et j’ai redit, là aussi, que notre exigence de vérité et de justice était toujours aussi forte et ardente ». Yaël Braun Pivet a émis le souhait de rencontrer son homologue corse, la présidente Nanette Maupertuis. Ce premier entretien devrait, donc, être suivi d’autres.
 
N.M.














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