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Gilles Simeoni : « Le dialogue avec Paris doit être ouvert sans tabous, ni préalable ! »


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 4 Janvier 2018 à 23:18 | Modifié le Vendredi 5 Janvier 2018 - 01:21


A peine élu, le président du Conseil exécutif de la nouvelle collectivité unie de Corse, le leader des Nationalistes modérés, Gilles Simeoni, rentre de plein pied dans un dialogue avec Paris qu’il appelait, en vain, de ses voeux depuis avril 2017. Il rencontrera, vendredi matin, à 9 heures, à Ajaccio, pendant une heure, la nouvelle Mme Corse du gouvernement, Jacqueline Gourault, qui devrait, également, s’entretenir avec le président de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, Un deuxième rendez-vous est programmé, le 22 janvier, avec le Premier ministre, Edouard Philippe, à Matignon. Fin janvier, les deux leaders nationalistes seront reçus par le président du Sénat pour aborder la question institutionnelle. Enfin, ils devraient rencontrer le président Macron, qui se rendra dans l’île pour commémorer le 20ème anniversaire de l’assassinat du Préfet Erignac, le 6 février prochain.


Gilles Simeoni, président de la Collectivité unie de Corse.
Gilles Simeoni, président de la Collectivité unie de Corse.
- L’actualité immédiate, c’est la rencontre, ce vendredi matin à 9 heures, avec Mme Gourault, la nouvelle Mme Corse, puis avec Edouard Philippe. Qu’en attendez-vous ?
- C’est une prise de contact. Je l’interprète comme une volonté de ne pas perdre de temps. C’est un signe positif, mais il n’est pas suffisant. L’important, d’abord, est de savoir quel mandat politique a été donné par le gouvernement à Mme Gourault, quelle feuille de route. Ensuite, quel mandat politique a été donné à Edouard Philippe. C’est la raison pour laquelle, à mon sens, le la doit être donné par le Président de la République. Dans tous les dossiers importants, aujourd’hui, en France, c’est lui qui fixe le cap. C’est peut-être aussi celui qui connaît le mieux le dossier corse, sa complexité et ses enjeux.
 
- Ses récentes déclarations, par média espagnol ou français interposé, concernant la Corse, ne sont-elles pas bien maigres et inquiétantes ?
- Jusqu’à présent, quand les membres du gouvernement ont parlé de la Corse, leurs positions ont été très en deçà de ce que nous attendons. Ils ont commis des maladresses formelles. Nous avons, par exemple, appris par la presse que Mme Gourault était nommée Mme Corse. Comme je l’ai dit dans mon discours d’investiture, nous ne voulons pas nous arrêter à ces problèmes formels. Je ne vais pas me livrer à l’exégèse d’une interview donnée par le président de la République à un quotidien espagnol. J’espère qu’il parlera, qu’il dira clairement et fortement sa vision de la question corse et ce qu’il propose en termes d’espace et de champ du dialogue entre la Corse et l’Etat.
 
- Son choix de lier sa première visite officielle en Corse à l’anniversaire de l’assassinat du Préfet Erignac n’est-ce pas un signal très négatif à l’encontre des Nationalistes ?
- Le problème, c’est qu’on en est réduit à interpréter des éléments symboliques, comme la visite annoncée du Président Macron au moment du 20ème anniversaire de l’assassinat du Préfet Erignac. J’ai déjà eu l’occasion de dire que 20 ans, c’est une génération ! Il y a, bien sûr, la nécessité pour les services de l’Etat de commémorer les faits et de rendre hommage à la victime. Si le président veut être à la hauteur des enjeux, il doit, aussi, trouver les mots et les façons d’exprimer ce souvenir afin que ce 20ème anniversaire soit le moment de commencer à construire une nouvelle relation qui suppose que les douleurs réciproques, d’un côté et de l’autre, soient prises en compte. Je pense que la lucidité politique, l’importance des enjeux, la perspective de tourner définitivement la page des conflits doivent le conduire à prendre une initiative forte et à dessiner un cadre du dialogue qui soit véritablement propice à la construction partagée d’une solution politique globale.
 
- Qu’allez-vous dire à Mme Gourault ?
- Je vais lui dire que nous avons été largement validés par le scrutin universel. Ce résultat nous donne une légitimité forte. Qu’il y a urgence, que l’heure est enfin venue d’ouvrir un véritable dialogue et qu’il ne faut pas laisser passer l’occasion de sortir définitivement de la logique de conflit et de défiance entre la Corse et l’Etat pour entrer dans une relation apaisée et constructive. Nos demandes, nos attentes, nos revendications sont sur la table. Nous ne sommes pas dans la logique du tout au rien, mais le dialogue doit être ouvert sans tabous, ni préalable !

« Les chantiers sont considérables, mais j’ai confiance en l’avenir »

- Dans quel état d’esprit êtes-vous à l’aube de cette nouvelle mandature de trois ans ?
- Comme tous ceux qui étaient dans l’hémicycle mardi, j’ai été, bien sûr, rattrapé et saisi sur le moment par l’émotion. On pensait qu’émotionnellement, la journée d’investiture serait moins chargée que celle du 17 décembre 2015. Ce n’était pas la même euphorie, mais l’émotion et la joie sont restées très fortes. C’est un moment important d’un point de vue personnel et humain. D’un point de vue politique aussi, puisqu’il marque la naissance d’une nouvelle institution pour laquelle nous nous sommes battus. Je suis heureux, même très fier de la confiance que l’on nous fait, mais, en même temps, je me suis beaucoup interrogé sur l’ampleur du résultat et sur sa signification politique. Il ne faut pas se tromper sur le message qui a été envoyé par les Corses. Cela demande beaucoup d’humilité - c’est nécessaire ! – et de se dire, à chaque instant, que nombre de ceux, qui ont voté pour nous, ne sont pas forcément nationalistes. Il y a un espoir immense, il nous appartient de ne pas le décevoir ! Nous sommes déjà concentrés sur le travail à effectuer avec la conscience aigue qu’il est considérable.
 
- Comment qualifiez-vous ce nouveau Conseil exécutif ?
- Ce nouveau Conseil exécutif - 11 places à pourvoir en incluant la présidence – est une construction qui inclut plusieurs facteurs. D’abord, le principe de parité. C’est évident ! Ensuite, les équilibres politiques entre Femu a Corsica et Corsica Libera avec la ferme volonté d’intégrer des personnalités d’ouverture. Ce qui a été le cas ! Enfin la volonté d’identifier les compétences et les disponibilités, les souhaits des uns et des autres. Au terme de cette construction, j’ai fait, après discussion, des arbitrages quelquefois douloureux. Surtout quand on a la chance d’avoir des femmes et des hommes compétents et motivés, qui ont envie de s’investir, et qu’il y en a plus que de places disponibles. Choisir engendre des déceptions que je peux quelquefois comprendre. Ceci étant, nous avons tellement de travail et d’espace pour nous investir que chacun d’entre nous, qui a la volonté de travailler, pourra le faire sans difficulté. C’est le cas, je pense, de tous nos élus.
 
- Fabienne Giovannini dit qu’elle ne comprend pas son exclusion, qu’elle n’a pas démérité. Pourquoi l’avoir exclue ?
- Elle n’a absolument pas démérité ! Elle a beaucoup travaillé et obtenu des résultats importants. Je lui ai, d’ailleurs, rendu un hommage public. Je ne l’ai pas félicitée par politesse ! Ceci étant, j’ai fait un choix. Je lui ai proposé d’autres fonctions importantes dans lesquelles ses compétences peuvent être optimisées. Elle sort du Conseil exécutif non au titre de sanction, mais au titre d’une réallocation des ressources humaines en vue de les optimiser.
 
- Pourquoi cette valse à l’ODARC ?
- Nous avons intégré dans notre équipe Lionel Mortini qui, en tant qu’agriculteur, a une très bonne connaissance du milieu agricole. Tout en étant dans la continuité de l’action qu’a menée François Sargentini pendant deux ans, nous pensons qu’il peut apporter un regard nouveau qui nous permettra d’être encore plus efficace dans un domaine, pour nous, stratégique : l’agriculture.
 
- Qu’est-ce qui a présidé au choix des deux nouveaux conseillers exécutifs en charge des délégations issues des compétences des départements ?
- Nous avons choisi deux femmes. Bianca Fazi interviendra dans le domaine du social et du sanitaire, même si elle ne récupérera pas dans son portefeuille toutes les compétences relevant de ce champ d’activités. Nous en discuterons ensemble. Le choix de Lauda Guidicelli est un signal politique. Nous disons depuis longtemps que la jeunesse corse doit prendre une part déterminante dans la construction de ce pays. Le moment est venu de donner des signaux concrets de notre volonté de l’impliquer. C’est un signe de cette nature qui est donné à travers l’intégration au Conseil exécutif d’une très jeune femme qui aura à s’occuper notamment de la jeunesse, du sport, de l’égalité entre les hommes et les femmes, et plus généralement de l’innovation sociale. L’idée est de dire à la jeunesse corse : « Imaginez le pays que vous voulez et faisons-le ensemble ! ».
 
- Quelles seront les toutes premières priorités auxquelles vous vous attellerez ?
- De façon globale, nous avons deux chantiers immenses à mener de pair. D’un côté, la mise en œuvre de notre projet politique qui est un projet de transformation profonde, voire radicale, de notre société en termes politique, économique et socio-culturel. Parallèlement, nous avons été mandatés pour ouvrir un véritable dialogue politique avec Paris. Concernant le premier volet, les chantiers sont tellement nombreux et considérables qu’il serait illusoire et dangereux de croire qu’une seule famille politique ou une majorité, fut-elle absolue, ou même une institution, puisse arriver à relever, seule, ces défis ! Nous continuerons dans la logique de recherche d’ouverture et d’implication du plus grand nombre possible de forces dans les démarches et les projets que nous mettrons en œuvre.
 
- Avec l’opposition ?
- Oui ! Au sein de l’Assemblée en essayant, chaque fois que c’est possible, de travailler avec elle. Il lui appartiendra, aussi, de dire comment elle voit son rôle et son action. En dehors de l’hémicycle, notre volonté est de travailler également avec les forces politiques qui n’ont pas pu franchir le seuil du 1er tour des élections territoriales. Dans notre accord stratégique pour le 1er tour, nous avons affirmé notre volonté d’avoir des relations apaisées et constructives avec les autres Nationalistes et de bâtir une cohérence stratégique avec Core in Fronte. C’est inscrit à l’agenda politique. Au-delà des rapports entre Nationalistes, nous avons la volonté d’aller chercher partout, en Corse ou à l’extérieur de l’île, des femmes et des hommes qui se reconnaissent globalement dans notre projet, même s’ils ne partagent pas toutes nos convictions, de les intégrer et de les impliquer.

- Avez-vous peur d’échouer ?
- Non ! Je n’ai absolument pas peur d’échouer ! J’ai confiance dans l’avenir. J’ai envie de réussir, mais je sais que ce sera dur !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.




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