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Furiani : après le drame le temps de la Justice et du symbole


Pierre-Manuel Pescetti le Jeudi 28 Avril 2022 à 18:04

Au soir du 5 mai 1992, les premières investigations débutent pour déterminer les causes d’une catastrophe dont beaucoup de zones d’ombres demeurent encore. Après plusieurs procès en 1995, plusieurs personnes sont condamnées, une seule à de la prison ferme. Après le temps de l’horreur et du deuil, voici venu celui de la Justice.



Après la catastrophe, plusieurs personnes ont été condamnées par la Justice pour leur responsabilité. Archive : Gérard Baldocchi
Après la catastrophe, plusieurs personnes ont été condamnées par la Justice pour leur responsabilité. Archive : Gérard Baldocchi
Le 6 mai 1992, la Corse se réveille après une nuit d’épouvante. La veille au soir, la chute de la tribune Nord Claude Papi du stade de Furiani pendant la demi-finale de la Coupe de France a fait 19 morts et 2 357 blessés. Vient alors le temps du deuil et celui de l’enquête. Pourquoi cette tribune a-t-elle été autorisée à recevoir autant de monde ? À qui la faute ?

Le soir même de la catastrophe, la gendarmerie commence les premières constatations. Pendant huit mois, jusqu’au 4 janvier 1993 et la clôture de l’instruction du procès, les enquêteurs s’intéressent alors au caractère hâtif de l’édification de la tribune et aux zones d’ombres qui entourent les procédures administratives, notamment celles concernant les avis des commissions de sécurité successives. Oubli des réserves émises par les autorités quant à la sécurité de l’installation, usages de faux documents, absence de signature du préfet de Haute-Corse de l’époque Henri Hurand, et de son directeur de cabinet Raymond Le Deun quelques minutes avant le match pour l’ultime commission de sécurité. La légalité de l’homologation de la tribune est remise en cause. Les éléments serviront à établir la vérité lors du premier procès qui s’ouvrira le 4 janvier 1995 devant le tribunal correctionnel de Bastia.

Un procès sous tension

Près de 400 policiers armés supplémentaires sont mobilisés à Bastia, les prévenus sont placés dans des box vitrés et blindés et dans la salle, l’atmosphère est pesante, entre prises de parole des parties et colère du public. Au terme de ce premier procès, l’insatisfaction des différentes parties et les zones d’ombres demeurent. Les avocats de la défense affirment avoir été soumis, de la part du public composé de victimes, à une pression qui les a amenés à s'autocensurer, et donc à ne pas poser certaines questions qui auraient provoqué des remous dans la salle. Selon Francis Zamponi, journaliste de Libération présent au procès en 1995, « les victimes ont ressenti comme indécentes les argumentations juridiques derrière lesquelles se sont retranchés les représentants de l'administration, et ont été indignées par la partie de ping-pong à laquelle se sont livrés les responsables sportifs. Par-dessus tout, elles sont reparties avec l'impression que leur resterait cachée toute une partie du dossier. En particulier, son versant financier, qui alimente abondement les fantasmes et les rumeurs ».

Au terme de ce premier procès, six prévenus sont condamnés à de la prison ferme dont l’ingénieur et constructeur de la tribune Jean-Marie Boimond, directeur technique de l’entreprise Sud-Tribune qui était chargée du chantier, et Michel Lorenzi, l’ancien vice-président du SCB. Tous deux écopent de la plus lourde peine du procès : 24 mois de prison ferme et 30 000 francs d’amende pour homicides, coups et blessures involontaires. Seul Jean-Marie Boimond ne fera pas appel de sa condamnation. Pour le reste, la deuxième manche judiciaire se déroulera quelques mois plus tard lors du procès en appel.

Clémence, colère et sacralisation

Ce n’est qu’en décembre 1995, devant la Cour d’Appel de Bastia que les condamnations définitives tombent. Huit prévenus, dont des responsables du club, de la Ligue corse ou de la Fédération Française de football (FFF) ainsi que l'ancien directeur de cabinet du préfet, sont condamnés à du sursis et à verser des amendes. Seul prévenu condamné à de la prison ferme : Jean-Marie Boimond. Une clémence peu appréciée par le public. Des affrontements avec les forces de l’ordre éclateront à la sortie du Palais de Justice de Bastia.

Les responsables condamnés, le regard des familles de victimes se tourne désormais vers une reconstruction qui passe par un devoir de mémoire. Dès le lendemain du drame, le président de la République de l’époque François Mitterrand, alors en Corse au chevet des victimes, fera la promesse qu’aucun match de football professionnel ne se jouera plus le 5 mai en France. Il faudra attendre 29 ans pour que la promesse soit tenue. Le 14 octobre 2021, le Sénat adoptait une loi interdisant les matchs de football professionnel en France tous les 5 mai. Loi portée à l’Assemblée Nationale par le député insulaire Michel Castellani dont elle porte le nom mais aussi et surtout, supportée à bout de bras depuis 11 ans par les familles de victimes rassemblées dans le collectif du 5 mai 1992.

Loi dont les limites sont celles de la juridiction nationale puisque ce 5 mai 2022, un match professionnel se jouera bien en France, à Marseille, où l’OM recevra le Feyenoord Rotterdam pour les demi-finales retour de la Ligue Europa Conference. Rien, dans la loi, n’interdisant les matchs de compétition internationales.

Les joueurs du Sporting - Burnier, Taberner et Mangione - sur la pelouse avant le drame (Photo Gérard Baldocchi)
Les joueurs du Sporting - Burnier, Taberner et Mangione - sur la pelouse avant le drame (Photo Gérard Baldocchi)
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5 mai : "Quand la tribune s'effondre, il n'y a plus de grands ou petits joueurs on devient tous des secouristes"

















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