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Elle a vécu la tempête à bord d'un voilier à Calvi : la nuit du 12 au 13 août racontée par la comédienne Valentine Dufloo


le Mercredi 17 Août 2022 à 15:57

La comédienne Valentine Dufloo était à bord d'un voilier qui s'est trouvé en difficulté dans la nuit du 12 au 13 août 2022 quand les éléments déchaînés se sont abattus sur Calvi. Dans un courrier à Corse Net Infos elle raconte par le détail tous les sentiments par lesquels elle est passée à bord du voilier Mawatico, mais aussi la solidarité, avec le soutien de la SNSM de la station de Calvi, dont on fait preuve tous ceux qui durant plusieurs heures ont été pris dans la tempête illustrée par une vidéo de l'un de nos lecteurs et cette photographie de René Bicchieray



Eclair entre Calvi et Galeria lors de l'orage du 12 août (René Bicchieray)
Eclair entre Calvi et Galeria lors de l'orage du 12 août (René Bicchieray)
Mawatico parle. Il ne veut pas aller au mouillage.


Jeudi 11 août 19h30 : Nous quittons Porquerolles, cap sur Girolata pour une nuit au mouillage, malgré l’intuition de ma maman qui insiste au téléphone pour que nous nous reposions au port de Calvi en arrivant sur l’Île de Beauté.  


Vendredi 12 août. 16 heures : vent léger, nous décidons d’aider au moteur. Il ne démarre pas. Alexandre tente de le réparer, en vain.

18 heures : nous prenons le cap pour Calvi, où il sera plus aisé de trouver un réparateur  et prévenons le CROSS CORSE

21 heures : Nous arrivons à la voile. Nous passons devant une crique où sont ancrés quelques bateaux. Nous n’aurions pas envie d’y jeter la nôtre, car il n’y a pas de plage. Nicolas de la SNSM récupère Mawatico à l’entrée du port avec son zodiac et l’amarre au quai du commerce sur son flanc tribord, non loin du gros bateau de la SNSM. C’est un quai de secours, non sécure pour Mawatico qui se prend sans cesse les vagues des entrées et sorties.  
Samedi 13 août. 00h00 : Temps calme. Pleine lune. Nous tombons dans le sommeil  après 48 heures de veille (et 10 jours de mal de mer pour moi) .
2h30 : L’averse tombe, un vent violent se lève, d’un coup. L’eau vole sur une hauteur de
50 cm, telle une tempête de sable blanche. Notre grand-voile  (non rangée dans sa housse) tombe sur le pont, d’un côté puis l’autre, malgré les lazy jack. Mawatico est balloté violemment. En une demi-seconde nous voilà sur le pied de guerre. Tout va très vite. Violence inouïe. Un vent de furie hurle. Mawatico est propulsé de son flanc droit sur le quai et poussé vers l’avant. J’ai l’impression d’être au centre d’une tornade. Les amarres arrières sont tendues à bloc, on les double, la priorité. Les pare-barrages sont littéralement écrabouillés. Je saute sur le quai pour les aider en repoussant Mawatico qui fait des bonds d’un mètre. Alexandre ligote la grand-voile avec des boutes de fortune. Nous les sécurisons aux endroits stratégiques.


Dans un vacarme du tonnerre et sous une pluie diluvienne, nous hurlons pour communiquer. Ouf ! Mawatico n’a pas touché le béton. Alexandre a failli perdre une main, écrasée entre le quai et le bateau, moi un pied. Je pense à ces voiliers amarrés aux bouées, et pire encore à ceux ancrés dans les criques à côté, notamment cette fameuse sans plage. L’angoisse me prend pour eux. Nous sommes plus serein.e.s mais restons en vigilance extrême. Le yacht non loin de nous a cogné le quai. Le personnel s’affaire sur le pont pour limiter les dégâts. Un monsieur en parka bleue apparaît, trempé, et nous propose son aide. Il s’appelle Bruno et, réveillé par la tempête, est venu apporter son soutien. Sa présence et sa générosité sont un renfort psychologique appréciable. Nous ne sommes pas seul.e.s.    


La tempête fait rage. Des voiliers arrivent dans l’entrée du port et entament des rond tels des bêtes affolées qui ne savent où aller. L’un d’eux, le foc à moitié ouvert, contrôle très difficilement sa trajectoire. Le plan d’eau est toujours blanc, apocalyptique. Avec Bruno nous leur faisons des signes car il y a deux places à côté de Mawatico. Nous voient-ils ? Serait-ce judicieux de tenter un amarrage? Ne vaudrait-il pas mieux aller au large et attendre ?  
La violence baisse. Bruno nous quitte. Les bateaux continuent leur danse rythmée et nous offrent un ballet nautique chorégraphié complètement impromptu, dans cet espace si réduit ! Une telle poésie dans un pareil moment… Je fonds en larmes. Il est envisageable de dormir. Alexandre me prend dans ses bras : « Allez, repos bien mérité mon bébé ».  


4h14 : Bruit de moteur assourdissant, des cris d’homme et de femme en italien. Mes pensées fusent. De l’épuisement naissent des idées égoïstes. Et si nous n’entendions pas ? J’ai tellement besoin de dormir ! Nous voilà sur le pont de nouveau. Les italien.ne.s sont affolé.e.s : leur moteur vient de lâcher pendant la manœuvre d’accostage, à deux mètres de Mawatico. Avant éventré, ancre et chaîne arrachées. Des cris. Alexandre réussit de justesse à récupérer leurs amarres, parle haut et clair et ferme en annonçant qu’il va les aider. L’italien se calme. Amarrage réussi. Dans la foulée, un bateau à moteur arrive à notre proue. Le capitaine annonce, détendu, une voie d’eau. Sa femme est concentrée et prête pour la manœuvre. Deux ados les accompagnent. Elles étaient ancré.e.s à côté des Italiens dans cette crique. Ancre arrachée. Elles ont été projeté.e.s vers les rochers. Les deux adolescent.e.s sont descendu.e.s sur les rochers, sous des grêlons de deux centimètres de diamètre. François, debout sur les rocs, tentait de repousser le bateau, tandis que Florence remontait l’annexe. Les pieds de François sont lacérés, en sang. Elles débarquent leurs affaires. François veut mettre en route la pompe électrique de cale. On tend la rallonge de Mawatico. Trop courte.


Les Italiens n’en ont pas. François, son fils et Alexandre se relaient à la pompe à main. Clara raconte : elle s’est retrouvée dans le noir sur la colline avec son frère. Ensuite, ils ont rejoint le bateau à la nage à une main, et -miracle- elle a sauvé son téléphone portable ! François voulait extirper son bateau des rochers et se « Beacher ». Mais il n’y avait pas de plage dans cette crique ! Il a réussi à manoeuvrer jusqu’au port en jouant avec la vitesse pour équilibrer l’eau dans les cales.  
À la poupe des Italiens, branle-bas de combat sur le bateau de la SNSM. Sept équipiers sont mobilisés suite à une dizaine d’appels de détresse. À leur tour, ils entament un ballet nocturne, cette fois-ci de bateaux estropiés. Tous ont l’avant arraché. L’un n’a plus de barre de flèche, son mât tient à peine. Il n’y a plus de place, ils s’amarrent à couple. Alexandre et moi accueillons les nouvelles et nouveaux venu.e.s. Nous savons combien un soutien psychologique peut redonner du courage. On fait ce qu’on peut, tout en allant et venant vers François et Florence. A un moment, Alexandre insiste pour trouver l’avarie et essayer de faire quelque chose.  La ligne de flottaison du bateau commence à descendre et à pencher côté bâbord... François ouvre la cale moteur, c’est la fontaine de Trévise ! Les moteurs sont inondés. L’un fonctionne encore. Alexandre sort précipitamment du bateau, passe devant moi et me marmonne : " Il est en train de couler"


Il court vers Mawatico, sort les seaux et écopes, m’en donne une paire et me lance : «   Tu m’as compris ». Le voilà dans la cale moteur à écoper avec François. Je me précipite à l’intérieur, soulève le plancher avec Clara. Les cales sont remplies et débordent ! Nous écopons. Son frère et Florence se joignent à nous, on travaille à la chaîne. Le rythme est infernal, dès que l’on vide un seau, le bateau se remplit à nouveau. Trempé.e.s, de sueur, d’eau, de peur, d’adrénaline, nous ne relâchons pas nos efforts. Je lis bien sur le visage des gars de la SNSM l’effarement face à la quantité d’eau que nous évacuons. Je me dis : « No way, on ne va pas laisser ce bateau couler ! ».


Il est 7 heures du matin. La grue ouvre à 8 heures, il nous reste encore une heure d’efforts. Petit soulagement :le niveau d’eau se stabilise. Nous colmatons des brèche avec les pinoches d’Alexandre. Il se remplit encore, mais moins vite. Les hommes décident de tenter de l’amener à la grue avec un seul moteur et Alex pagaie de l’autre côté pour manœuvrer. Florence me confie qu’ils avaient eu un mauvais pressentiment la veille au soir et qu’elle aurait dû l’écouter.


Je vais à la rencontre des autres rescapé.e.s. Tous ont l’avant détruit. Certains d’entre eux étaient à la bouée.  Un gros yacht de 25 mètres s’est fait arracher. Il a dérivé et percuté cinq voiliers sur son passage, avant de s’échouer sur la plage. Il y est encore. La journée continue : entraide, réparations, accueils de nouveaux arrivants. Parmi eux, Floris et Nick, deux hollandais sur un magnifique voilier fabriqué à la main par Floris, son père et son frère, et heureusement non endommagé. Ils viennent prendre de l’eau 5 minutes, et restent jusqu’au soir. Habitué de la voile depuis tout petit, Floris est pourtant choqué. La pire nuit de sa vie en bateau. Amarrés à la bouée, ils ont vu le yacht de 25 mètres passer à côté d’eux et arracher les autres bateaux. Il a besoin de repos avant de retraverser pour Toulon le lendemain.


La SNSM arrête ses secours en fin d’après-midi seulement. Immense gratitude à ces personnes inspirantes qui donnent leur temps et risquent leur vie pour secourir les autres.  
Il n’y a aucun.e blessés.  
Dernier ballet, celui des techniciens réparateurs. Les bateaux rescapés quittent le quai progressivement. La famille de François repart en ferry à Toulon. Certains sont encore en attente, avec Mawatico, mais cette fois à l’intérieur du port de plaisance. Parmi eux, ce couple d’italien.ne.s en bateau à moteur, amarré.e.s à une bouée. Ils entendaient des cris , des hurlements, des « Attention ! », « Be careful !». Le yacht est passé devant eux également, mais leur avant de bateau s’est arraché aussi et elles sont allé.e.s se « beacher » directement. Le pire pour elles est de n’avoir eu aucun retour sur les canaux de secours, qui étaient saturés.    
Mawatico, quant à lui, reste quatre jours au port, au pied du quai d’honneur, au milieu de ses amis les super yachts, en attendant sereinement la réparation de son moteur. Des orages sont prévus toute la semaine.  


Mawatico a parlé. Il voulait continuer à nous enseigner la Vie.    


Elle a vécu la tempête à bord d'un voilier à Calvi : la nuit du 12 au 13 août racontée par la comédienne Valentine Dufloo













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