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Core in Fronte dénonce un manque total d’ambition et de projets en matière de réserves d’eau


Nicole Mari le Jeudi 2 Septembre 2021 à 19:59

C’est sur la problématique de la pénurie d’eau que le mouvement indépendantiste Core in Fronte a fait sa rentrée politique, jeudi matin, à Bastia avec une question : « Pourquoi ne fait-on rien ? ». Dénonçant un problème conjoncturel et structurel qui, selon lui, n’est pas lié au changement climatique, mais à un manque de travail, d’anticipation et de projets, il fait un comparatif avec la Sardaigne qui, en 30 ans, a multiplié ses capacités de stockage. Renvoyant à des projets datant de la SOMIVAC, il appelle à un doublement de la ressource par la construction de barrages et de retenues d’eau pour développer l’agriculture et atteindre l’autosuffisance alimentaire. Explications, pour Corse Net Infos, de Paul-Félix Benedetti, conseiller territorial et président du groupe Core in Fronte à l’Assemblée de Corse.



Le Golu.
Le Golu.
- Vous imputez la pénurie d’eau, non à la sécheresse, mais au manque de réalisations et de projets en matière de stockage depuis les années 2000. N’est-ce pas un constat très dur ?
- On ne peut pas se cacher derrière le changement climatique et la sécheresse ! On est sur des cycles permanents, sur un climat constant qui a évolué. Aujourd’hui, les moyens hydrauliques, dont disposent la Corse, sont utilisés à 100%. Près de 10 000 hectares (ha) sont irrigués et consomment entre 40 et 45 millions de mètres cubes (m3) d’eau, c’est-à-dire la totalité de la disponibilité de la ressource en eau de la Corse. Cela veut dire que si demain, on veut rentrer dans le cycle vertueux de la reconquête de notre marché alimentaire et produire, par exemple, dans un premier temps, la totalité des granulés et du fourrage dont la Corse a besoin, il faut produire 10 000 tonnes de foin et 30 000 tonnes de granulés ou de céréales concassées. Pour cela, il faut planter 7000 ha et mobiliser 30 millions de m3 d’eau supplémentaires. C’est impossible à faire aujourd’hui ! Il faut, donc, de gros projets structurants.

- Comme en Sardaigne que vous comparez à la Corse et dont la situation s’est inversée ?
- Oui ! A titre de comparaison, la Corse dispose de 75 millions de m3 d’eau utiles, la Sardaigne en a 1950 millions de m3. Certes, la Sardaigne est trois fois plus grande, mais trois fois 75 millions de m3, cela ne fait jamais qu’un peu plus de 200 millions de m3 ! Vous voyez donc l’écart, à îles égales en termes de surface et de climat, même s’il pleut un peu moins en Sardaigne ! Sachant que sur la période d’été qui est la période de sécheresse, nos besoins hydriques sont quasiment les mêmes. Donc, la Corse souffre d’une déficience de projets, d’un manque d’ambition, d’un manque de clairvoyance et d’un manque de travail. Il y a 30 ans en tant que jeune ingénieur, j’ai participé à un projet de schéma directeur où il était question de vendre entre 100 et 150 millions de m3 d’eau à la Sardaigne grâce à des captages sur les grands cours d’eau du Sud de la Corse, notamment le Rizzanese et le Taravo. Aujourd’hui, ce sont les Sardes qui peuvent nous vendre de l’eau. Comment a-t-on pu en arriver là ? On n’a pas été clairvoyant, pas été à la hauteur des enjeux, pas été respectueux de notre ressource et de notre territoire. Quand on a autant de richesses, c’est inadmissible de passer à côté !

- La Corse peut-elle faire de même ?
- Elle peut faire, mais avec plus de difficultés ! La Sardaigne a bénéficié de projets structurants tout de suite après la guerre et entre les années 80 et 2000. Aujourd’hui, le train des grandes mesures fiscales, européennes et françaises, est passé, comme par exemple le PEI. Il y a, actuellement, un PTIC de 500 millions €, mais pas un seul projet hydraulique n'y est déposé !

- Que proposez-vous ? -
Aujourd’hui, nous Core in Fronte, partie prenante de la majorité politique, nous entendons infléchir les politiques d’inertie pour rendre la Corse vertueuse dans la reconquête de nos espaces agricoles. Du jour au lendemain, on peut irriguer 10 000 ha de terres supplémentaires simplement en rouvrant les bornes qui sont déjà implantées sur ces terrains. Mais on ne peut pas le faire, il n’y a pas d’eau ! Et, il n’y a pas de projets opérationnels parce qu’on ne les a pas faits au bon moment !

Le groupe Core in Fronte.
Le groupe Core in Fronte.
- L’inertie, que vous dénoncez, date de deux décennies. Ne croyez-vous pas à la capacité des Nationalistes de changer les choses ?
- Je voudrais surtout qu’on ne soit pas dans un catalogue de bonnes intentions à la Prévert en termes d’aménagement hydraulique, mais qu’on soit dans la volonté de faire des projets, de les déposer, de faire des demandes de financement, de solliciter, éventuellement des financements internationaux auprès de l’Europe ou en faisant un emprunt obligataire auprès de la Banque européenne de développement (BED). Je voudrais qu’on soit nous-mêmes, qu’on est l’ambition de produire, de donner une valeur à la terre, de faire en sorte que les 40 000 ha des meilleurs terres de Corse puissent avoir une capacité de travail. Cela veut dire qu’il faut 120 à 130 millions de m3 supplémentaires d’eau, c’est-à-dire le double de l’eau stockée en Corse. Ce n’est pas le projet d’une décennie, cela doit être au moins le projet d’un quart de siècle, mais il faut le commencer dès demain.

- Le Plan Acqua Nostra 2050, voté à l’unanimité l’an dernier par l’Assemblée de Corse, n’est-il, pour vous, qu’un catalogue de bonnes intentions ?
- Non ! C’est un plan qui a la légitimité et le mérite d’exister. Il a actualisé des anciennes données et des anciens schémas directeurs. Il doit être mis en synergie de manière globale avec l’ensemble des territoires en fonction d’objectifs, à la fois, de maintien des quantités d’eau dont on a besoin quelque soient les années, mais aussi d’augmentation des volumes pour permettre la réappropriation de notre autonomie alimentaire, de gestion de nos espaces et de lutte contre la spéculation immobilière… Tout cela pour donner à la terre une finalité : la production. Aujourd’hui, on ne pourrait pas le faire ! Cela impose des logiques globales. Il y a, ensuite, le problème de la production électrique. La Corse a des ressources hydroélectriques énormes. Il faut coupler les projets pour obtenir une ossature d’ensemble qui soit, à la fois, finançable par les programmes énergétiques liés à la compensation financière Corse-France et par les programmes d’aménagement du territoire en termes de valorisation des espaces et de l’agriculture.

- Concrètement, quels projets pourraient, selon vous, être mis en œuvre rapidement ?
- Déjà des projets simples. Par exemple, sécuriser l’alimentation en eau du Sud-Est de la Corse grâce au barrage de L’Ortolo qui n’est utilisé qu’à 10 % de ses capacités. Une conduite d’une vingtaine de kilomètres, qui partirait de la vallée de l’Ortolo et qui rejoindrait le carrefour principal de Figari, permettrait de résoudre la totalité des besoins en eau de l’Extrême-Sud. Au lieu de cela, on fait des projets à 20 ans d’un barrage sur le Cavu qui va coûter entre 50 et 100 millions €. Il faut être rationnel ! Il faut faire des choses à notre portée dans une logique d’économie circulaire et, si possible, que nos entreprises locales puissent faire. Un autre exemple : la sécurisation de l’alimentation en eau de la région ajaccienne qui n’a qu’une seule ressource, le barrage de Tolla qui a été construit en 1954 et qui est du même type que le barrage de Fréjus qui a eu de gros problèmes. Il faut également sécuriser la Balagne qui n’a qu’une seule ressource : la retenue de Codole. Tout ceci est prévu depuis 30 ans ! À un moment donné, il faut définir des priorités et faire des choix de développement. Chaque fois que l’on veut mettre en culture 1 ha en plus, il faut se dire où est-ce que je prends les 5000 m³ annuels que va demander l’irrigation de cet hectare en plus ? Sachant que l’on a 40 000 ha labourables disponibles et 20 000 ha qui peuvent l’être dès demain puisqu’il y a déjà des bornes sur les terrains.

- Le nouveau président de l’OEHC a annoncé des priorités en termes d’aménagement et de construction de barrages et de retenues collinaires. Cela ne va-t-il pas dans le bon sens ?
- C’est dans la bonne voie, mais encore faudrait-il qu’il y ait le nombre d’ingénieurs suffisant pour engager les projets ! Aujourd’hui, il y a urgence parce qu’il n’y a rien dans les tiroirs, il n’y a pas de dossiers qui ont été pré-étudiés. Cela veut dire qu’il y a besoin d’actionner tous les leviers de l’aménagement du territoire en matière d’hydraulique et d’hydroélectricité pour établir une ossature d’ensemble qui soit cohérente et une vision à long terme.

Propos recueillis par Nicole MARI.















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