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Cathy Cognetti : « Nous ne pouvons pas accepter le projet de centre d’enfouissement de Moltifau »


Nicole Mari le Lundi 11 Janvier 2021 à 21:03

C’est un Non unanime ! L’intégralité des communes de la Com-Com Pasquale Paoli a réaffirmé, samedi à Francardu, son opposition au projet de centre d’enfouissement, de stockage et de compostage des déchets inertes sur la commune de Moltifau. Le site retenu, une ancienne carrière au confluent de trois rivières, est censé recueillir 50 000 tonnes/an. Ce ne sont pas les études géotechniques et hydrauliques faites par le Syvadec qui ont levé les doutes et les oppositions. Comme l’explique, à Corse Net Infos, Catherine Cognetti-Turchini, 1ère vice-présidente de la ComCom Pasquale Paoli, conseillère municipale de Merusaglia et conseillère territoriale du groupe Andà per Dumane.



Le site choisi pour le projet de centre d'enfouissement des déchets sur la commune de Moltifau.
Le site choisi pour le projet de centre d'enfouissement des déchets sur la commune de Moltifau.
- Quel est le problème ?
- Le président Sargentini (OEC) a souhaité que nous soient exposées la première étude et l’étude complémentaire faites par le Syvadec sur le projet de centre d’enfouissement. L’ensemble des élus communautaires était présent et la population, qui est très concernée par ce problème et les risques sanitaires qu’il comporte, a, aussi voulu se joindre à la réunion. Nous avions mis la réunion en direct sur les réseaux sociaux, mais il n’a pas été possible de contenir les gens. Cela se comprend ! Le bureau d’études du Syvadec a exposé le projet qui, au départ, devait concerner seulement les déchets ultimes. La peur des gens est qu’avec les deux sites de stockage de la Corse arrivant à saturation, se profile le risque que tous les déchets de l’île finissent sur le site de Moltifau. Ce qui pose aussi problème, c’est la localisation du site choisi qui est une aberration environnementale.
 
- C’était votre première grande inquiétude. Que disent les études ?
- Les études sont sommaires ou non faites ! Le site correspond à une ancienne carrière située à proximité de la rivière Tartajine qui est un affluent du Golu. C’est là où se trouvent tous les captages d’eau qui alimentent les villages de Castifau, Moltifau, Canavaghja et Ponte-Leccia et, aux portes de la Balagne, la vallée d’U Canale avec les villages de Lama, Pietralba, Urtaca, dont les maires ont aussi assisté à la réunion. Nous craignons des infiltrations dans les nappes phréatiques. Les études, qu’on nous a présentées, ont montré différents points, sans les examiner en profondeur. Mais les conclusions de l’étude complète, que j’ai lue, sous-entendent une pollution de la nappe phréatique, même en basse couche. Paul-Félix Benedetti, qui avait mis en place les captages quand il était ingénieur à l’Office hydraulique, a bien expliqué que la nappe phréatique est plus haute que ne dit l’étude, qu’il y a une faille, que le sol du site a été fragilisé par l’exploitation de la carrière et que, donc, l’eau s’infiltre naturellement par la faille. En plus aucune modélisation de la Tartajine n’a été effectuée au point du site. Or, il y a un ruisseau qui se déverse totalement dans la carrière, suit son cours, s’infiltre et est rejeté dans la Tartajine. Les risques d’inondation et le ruissellement des eaux n’ont pas été pris en compte alors qu’il y a 250 kms de versants. En cas de forte pluie, sachant que les nuages s’accumulent près des montagnes, il pourrait y avoir un débordement qui polluerait la Tartajine et le Golu par la suite. Enfin, rien n’a été fait concernant la biodiversité et le maintien des zones humides.

Catherine Cognetti-Turchini, 1ère vice-présidente de la ComCom Pasquale Paoli, conseillère municipale de Merusaglia et conseillère territoriale du groupe Andà per Dumane. Photo d'archives CNI.
Catherine Cognetti-Turchini, 1ère vice-présidente de la ComCom Pasquale Paoli, conseillère municipale de Merusaglia et conseillère territoriale du groupe Andà per Dumane. Photo d'archives CNI.
- Du coup, vous n’êtes pas plus rassurés, vous êtes même complètement inquiets ?
- Oui ! Nous voulions la certitude que l’emplacement choisi ne comporterait aucun risque. Mais, bon nombre de questions sont restées sans réponses et nous n’avons pas eu les garanties que nous attendions. Nous n’avons pas eu non plus de garanties sur le type de déchets qui seraient stockés. Ce qui pose aussi problème, au-delà du choix du site proche d’habitations, de cours d’eau, sur des nappes alimentant jusqu’à 20 000 habitants en saison estivale, c’est le tonnage annuel de 50 000 tonnes par an, alors que les besoins actuels de la Comcom ne sont que de 1 700 t/an, avec un taux du tri sélectif qui peut et va être nettement amélioré au cours de cette nouvelle mandature. Toutes ces fragilités sont une épée de Damoclès qui pèserait sur toute la vallée du Golu. L’ensemble des élus communautaires, à l’unanimité, y compris le maire de Moltifau, ont dit que les études n’apportaient aucune sécurité à la microégion et, que, dans ces conditions, il nous était impossible d’avaliser ce projet. Des maires des communes environnantes, Castirla, Campia, Erone, ont déjà pris des arrêtés disant qu’ils étaient contre le projet de site d’enfouissement à Moltifau.
 
- C’est donc un sentiment majoritaire d’opposition au projet ?
- Oui ! Les délégués de la Com-Com sont des élus responsables. Ils sont conscients de la problématique et ont la volonté d’agir efficacement pour trouver une solution au traitement des déchets. Mais, personne ne peut se satisfaire de ce site. Traiter ses ordures ménagères sur son territoire est une idée évidemment logique et comprise, mais certainement pas au point de reproduire à Moltifau les erreurs et les échecs des projets existants. Cette terre est peut-être pauvre, mais elle est celle où nous souhaitons vivre, et elle mérite, par respect pour nos anciens et pour l’avenir de nos enfants, que nous la défendions. Il est de notre devoir d’agir pour l’environnement afin de laisser une terre saine aux générations futures. La mise en place de ce centre briserait tant de destins, tant de chances. Face aux défis essentiels de notre micro région, les communes proches du site jouent un rôle majeur de centralité en matière d’éducation, de santé, de commerces... Le Centre Corse mérite un tout autre développement !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.

La vue du site.
La vue du site.