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Caroline Corticchiato : "Repérer, lutter et intervenir sur l'invisibilité sociale est une priorité"


Marie MAURIZI le Samedi 6 Avril 2019 à 07:15

L'invisibilité sociale, une injustice sociale qui touche des hommes et des femmes dont les revenus sont à peine supérieurs aux minimas sociaux et échappent ainsi aux barèmes des radars sociaux. Le colloque « L’invisibilité sociale : l’affaire de tous » organisé par le CIAS du pays Ajaccien et le dispositif régional d’observation sociale ce 5 avril à l’Espace Diamant, a réuni les acteurs locaux et régionaux qui se sont penchés sur les outils qui permettront de détecter, d’aider et d’accompagner cette catégorie émergente.




Caroline Corticchiato :  "Repérer, lutter et intervenir sur l'invisibilité sociale est une priorité"
Pour Caroline Corticchiato adjointe au maire, conseillère déléguée en charge du développement social, Vice-Présidente du CIAS, il faut trouver les moyens de mettre un terme à l'invisibilité sociale: « Il me semble que cela passe par la médiatisation de ces problématiques. Cette journée doit justement nous permettre, en mobilisant bien au-delà du champ social et de nos frontières régionales, de sensibiliser, d’alerter sur l’invisibilité sociale et sur l’inadaptation de nos politiques publiques, aux mutations de notre Société.
C’est pourquoi nous avons décidé d’agir sur 3 axes : le repérage de ces publics, la lutte contre le non recours aux droits et enfin repenser le travail social et nos modes d’intervention.
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Caroline Corticchiato adjointe au maire, conseillère déléguée en charge du développement social, Vice-Présidente du CIAS
Caroline Corticchiato adjointe au maire, conseillère déléguée en charge du développement social, Vice-Présidente du CIAS
Qui sont les personnes appelées « Les invisibles », quels critères permettent de les identifier ?
On parle d’invisibles, car ces personnes échappent aux radars des barèmes sociaux. Leurs revenus se situent juste au-dessus des minimas sociaux et par conséquent, elles ne sont pas considérées comme pauvres statistiquement. Par ailleurs « Les invisibles » ne représentent pas une catégorie socio professionnelle en particulier. Il peut s’agir aussi bien de personnes retraitées, d’actifs, de personnes isolées ou bien de familles avec ou sans enfant. Ils sont cette classe moyenne dite basse, avec des revenus au-dessus du seuil de pauvreté mais n’arrivant pas à vivre décemment, à joindre les « deux bouts ».
 
Pourquoi dit-on qu’ils sont oubliés des politiques sociales ?
Je dirais plutôt que nos politiques sociales sont devenues obsolètes et donc inadaptées aux mutations de notre société. L’accès à la majorité des aides et des dispositifs sociaux est souvent conditionné à des critères de ressources. Ce qui exclut, de fait, ces publics. Et quand cela n’est pas le cas, ils répugnent à solliciter les services sociaux parce que les démarches nécessaires peuvent être vécues comme invasives.
Il existe également un problème de repérage. Nos interventions sont encore aujourd’hui, trop centrées sur la prise en charge de l’urgence, même si elle est indispensable. Or l’action sociale ne peut plus être seulement protectrice, réparatrice ou curatrice. Il faut que le champ de la prévention soit plus exploré. C’est, entre autres, ce qui nous a conduit, avec Laurent Marcangeli, à initier plusieurs chantiers : d’une part la prise de compétence sociale intercommunale et la création d’un échelon d’intervention de proximité indispensable et d’autre part à repenser nos modes d’intervention.
 
Combien faut-il pour véritablement joindre « les deux bouts » et satisfaire les besoins dits primaires ?
L’ONPES (observatoire de la pauvreté et de l’exclusion sociale) a mené une remarquable étude à ce sujet. Elle a permis de déterminer que, pour une personne seule, il fallait au moins disposer de 1575€/mois pour vivre décemment. Cela questionne lorsque l’on sait que le SMIC net est à moins de 1200€/mois.
 
Connaît-on les chiffres qui représentent cette population ?
Sur notre territoire intercommunal plus du quart des personnes vivent des minimas sociaux sont dans une zone préoccupante alliant précarité, fragilité voire exclusion. Plus nombreuse encore sont les personnes qui ne peuvent joindre les deux bouts et qui échappent à nos radars. Cette zone de vulnérabilité dans laquelle vivent près de 40% de nos citoyens doit être mieux appréhendée afin que des situations encore guérissables ne nous s’échappent pas et ne deviennent désespérées. Il faut savoir, par exemple, que la médiane des revenus à Ajaccio est de 1 686€/mois et de 1 729€/mois pour l’ensemble de la CAPA.
 
De l’invisibilité à l’exclusion il y a peu, comment répondre de manière adaptée aux problématiques soulevées par cette population et éviter le pire ?
En effet, ces populations sont sur le fil du rasoir et le moindre accident de la vie : maladie, séparation, peut les faire basculer vers la pauvreté. Eviter le pire c’est avant tout prévenir l’exclusion. Je suis convaincue qu’il nous faut pour cela modifier nos modes d’accompagnement et d’interventions, en intégrant d’une part plus de souplesse, plus de rapidité dans les prises en charges et d’autre part en imaginant des dispositifs innovants qui s’extrairont des carcans administratifs et allieront traitement de l’urgence et prévention. Innovants, parce que l’accompagnement proposé sera personnalisé et qu’il pourra s’appuyer sur une concertation et une coordination de l’ensemble des acteurs du champ social et des champs liés comme l’éducation, la santé, l’insertion…etc.
 
Quelles sont les actions de la CAPA via le CIAS mises en œuvre pour (re)connaître, accompagner ces personnes et ces familles dans la détresse ?
Dans un premier temps, il m’a semblé indispensable d’affiner la connaissance de notre territoire et des besoins de nos concitoyens et notamment de ces publics. Les travaux conduits dans ce cadre, nous ont permis de définir des axes d’actions et de proposer une soixantaine de mesures. Certaines de ces mesures ont été reprises dans notre projet social de territoire et sont donc mises en œuvre par notre CIAS.
Pour ne citer que quelques exemples :
-Nos procédures d’accueil et d’accès ont été revues (révision des règlements d’attribution des aides pour plus de souplesse, gratuité de la majorité de nos actions d’animation quel que soit le niveau de ressources des familles, mise en place de formation dédiée pour les personnels d’accueil, …etc.).
-Nous avons développé nos coopérations notamment avec nos partenaires associatifs mais également avec des opérateurs de la sphère économique (producteurs locaux, entreprises de transport, grands enseignes de l’alimentaires…).
-Enfin nous avons initié une expérimentation sociale, qui propose une nouvelle forme d’accompagnement très souple et avec pour seuls critères d’accès le lieu de résidence et un niveau de revenu supérieur aux minimas sociaux.
Sur quoi repose cette expérimentation ? Sur une véritable démarche de développement social dans laquelle les travailleurs sociaux ont une large autonomie pour établir en concertation avec la famille et l’ensemble des partenaires un plan d’aide. Ils sont aussi force de propositions.
 
Vous parlez de démarche à venir avant gardiste. Pouvez-vous la détailler ?
L’une des interrogations posées lors de cette journée c’est aussi celle de l’efficacité de nos outils. Sont-ils suffisants, opérants ? Il semblerait que non, et que nous ayons en effet besoin de nouvelles références, de nouveaux critères d’accessibilités. Que nous ayons besoin de nous extraire de ces seuils qui écrasent la réalité sociale.
La démarche que nous proposons n’a rien de révolutionnaire. J’ai envie de dire qu’au contraire elle ne fait qu’énoncer un lieu commun. Celui qui veut que l’on soit plus efficace unis que seul.
Or, aujourd’hui on ne peut plus se permettre de faire seul, sans coopération entre partenaires et sans concertation des publics, sans mise en commun de nos pratiques, sans coordination de nos interventions. C’est pour moi l’un des pré requis pour répondre aux attentes de nos concitoyens et gagner en efficacité. Enfin il faut oser. Oser aller au-delà des cadres préconçus, que ce soit dans la construction de partenariats privé/publics, que par le décloisonnement de nos politiques publiques. Il faut travailler en transversalité, prendre conscience que la question sociale doit être partagée par toutes les autres politiques : sportive, culturelle, économiques, éducative .... etc. Nous avons ceci de spécifique à notre région : une collectivité unique, seul chef de file de l’action sociale. Une région par ailleurs avec des spécificités et des contraintes sociales fortes. Et finalement un parfait territoire d’expérimentation. En effet, les initiatives locales sont à l’origine des dynamiques d’innovation, qui nourrissent par la suite les dispositifs nationaux. Cela doit nous inviter au plus vite à la coopération institutionnelle avec la CDC et l’Etat pour mobiliser des moyens à la hauteur des enjeux.




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