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Assemblée de Corse : Vraie ou fausse rentrée scolaire du 22 juin, la polémique s’enlise !


Nicole Mari le Vendredi 19 Juin 2020 à 20:42

Session extraordinaire de l’Assemblée de Corse concentrée sur le déconfinement et les annonces du président de la République, Emmanuel Macron. En première ligne, le retour à l’école obligatoire avec un protocole sanitaire allégé pour tous les élèves du primaire et du secondaire à partir du 22 juin. L’Assemblée de Corse, qui s’était prononcée pour le report de l’ouverture en septembre, a débattu, vendredi après-midi, des modalités de ce retour à un fonctionnement normal. Majorité et opposition ont poursuivi la polémique et campé sur des positions irréconciliables.




Retour partiel des élus dans l'hémicycle de la Collectivité de Corse à Aiacciu. Photo Michel Luccioni.
Retour partiel des élus dans l'hémicycle de la Collectivité de Corse à Aiacciu. Photo Michel Luccioni.
Déconfinement oblige, c’est par un retour partiel dans l’hémicycle pour tenter de retrouver progressivement un fonctionnement normal, avec un quart des conseillers présents dûment masqués et distancés et d’autres toujours en visio-conférence, que l’Assemblée de Corse a débattu, encore une fois, du sujet très controversé du retour à l’école dès le 22 juin dans le primaire et le secondaire. Un débat pour la forme puisque, sur le fond, le président de la République, Emmanuel Macron, a tranché. Estimant que l’épidémie paraissait maîtrisée, il a opté pour une réouverture générale des établissements avec un protocole allégé, et réaffirmé le caractère obligatoire de la présence des élèves jusqu’à la fin de l’année scolaire, le 3 juillet. Son objectif avoué est de renvoyer les parents au travail en réglant ainsi le problème de la garde des enfants. La plupart des maires insulaires, qui, rebutés par le protocole sanitaire à mettre en place, mais aussi sous la pression des parents et des enseignants, avaient gardé close la porte des écoles, se voient contraints, sous la pression des mêmes parents, d’ouvrir les centres aérés pour les plus jeunes. D'autres voix s’élèvent pour émettre des doutes sur la pertinence de la date de réouverture du secondaire, - qui survient bien tard, en début d’été, date où en Corse, en temps ordinaire, les adolescents ont déjà quitté les bancs des collèges et lycées - et sur son bénéfice réel.
 

Josépha Giacometti. Photo Michel Luccioni.
Josépha Giacometti. Photo Michel Luccioni.
De l’affichage !
Le Conseil exécutif de la Collectivité de Corse (CdC) prend acte et surtout soin de rappeler que cette décision relève de la responsabilité de l’Etat et qu’il ne lui appartient pas de se substituer à lui pour fixer les règles sanitaires relatives à la lutte contre l’épidémie. « Nous veillerons, avec l’ensemble de la communauté éducative, à ce que les conditions sanitaires de rentrée soient optimales. Pour autant, nous ne disons pas que la crise est derrière nous. Cependant, il faut être clair, ce ne sera pas une rentrée le 22 juin : c’est de l’affichage ! Là encore, nous avions raison, la rentrée générale se fera bien en septembre », assène Josépha Giacometti, conseillère exécutive en charge de l’éducation, présente dans l’hémicycle. Revenant sur la longue polémique avec l’opposition qui dure depuis le 11 mai, elle entend « rétablir la vérité » sur l’action de la CDC, « fruit d’une collaboration avec l’ensemble de la communauté éducative » pour être à la hauteur des enjeux : « L’enjeu est ce droit à l’éducation qui doit être toujours garanti et dont certains se sont fait les gardiens de façon parfois un peu abusive puisqu’il n’y avait pas d’assaillants ! ». Elle estime que la décision de l’Assemblée de Corse a été « enveloppée d’un écran de fumée qui a été celui d’une instrumentalisation. On a voulu réduire cette position à ce qu’elle n’était pas, c’est-à-dire les méchants obscurantistes qui prenaient en otage l’école de la République qu’il allait falloir défendre. On s’est trompé de cible ! Les faits nous donnent très largement raison. Nous avons entendu les inquiétudes de ceux qui ne partageaient pas notre avis ».
 
Des leçons à tirer
Regrettant que l’approche de l’Exécutif corse, « plus qualitative, au cas par cas, établissement par établissement, n’a pas été possible », elle déplore le manque de pragmatisme des services de l’Etat : « Il était intéressant de pouvoir mettre à profit ce temps particulier où tout a reposé sur le travail et l’engagement des enseignants. Il aurait fallu donner un véritable sens à la communauté éducative. Nous le devons à notre jeunesse. On nous a renvoyé à nos compétences, mais on ne doit pas s’interdire de poser les problèmes. Nous aurions pu faire autrement ». Taclant un ministère de l’Education nationale « un peu hors sol », elle plaide pour une préparation de la rentrée de septembre à l’instar de ce que font d’autres pays. « C’est à ce moment-là, lorsque tous les élèves reviendront que les enseignants pourront mesurer les conséquences du confinement et les besoins qui s’expriment. Et nous voulons être prêts à y répondre. Il n’a jamais été question pour nous de nier, ni l’importance du lieu Ecole, ni l’importance du lien direct avec l’enseignant. Nous n’avons pas attendu cette crise pour mettre l’éducation au centre des projets, nous attaquer au décrochage scolaire, et pour savoir que le système éducatif est en panne et reproducteur d’inégalités ». Pour Josépha Giacometti, il faut tirer les leçons de la crise : « Si cette crise ne devait rien laisser, seulement des masques et de la prévention sanitaire, nous aurions manqué le coche. Fort de notre spécificité et de notre petit nombre, nous pouvons innover et proposer un autre modèle éducatif en fédérant autour de ce défi. J’espère que, cette fois, nous serons tous au rendez-vous à la hauteur des enjeux et sans polémique ».

Photo Michel Luccioni.
Photo Michel Luccioni.
Sept fois Non !
Sans surprise, l’opposition n’apprécie pas du tout et ouvre le feu avec Jean-Martin Mondoloni, président du groupe Per L’Avvene : « A écouter, la conseillère exécutive qui, par 7 fois, a indiqué que l’Exécutif avait raison, je me pinçais ! Cette forme d’autosatisfaction masque un certain nombre de failles et une difficulté que vous n’avez pas su lever, celle du droit d’abord, de la méthode ensuite et d’un point de vue politique enfin. Ce n’est pas créer de la polémique de dire que nous ne sommes pas d’accord du tout sur le sujet ! ». Pour lui, la divergence fondamentale touche, donc, sur un problème de droit : « Vous n’êtes pas fondés à décréter la fermeture ou l’ouverture des établissements scolaires. Vous n’êtes pas fondés à prendre une telle décision puisqu’elle s’adosse sur l’autorité que vous avez sur vos agents ». En termes de méthode : « Vous ne prenez pas l’initiative de consulter les chefs d’établissement qui, eux, sont responsables, y compris pénalement, vous faites un usage abusif des compétences de la collectivité. Il y a un défaut manifeste de concertation de votre part ». En termes politiques : « Vous laissez penser que l’Éducation nationale est davantage entre vos mains qu’entre celles de l’État. Or, c’est faux ! Des enseignants ont été choqués de ne pas avoir pu exercer leurs missions à cause de votre blocage de principe et de votre bras de fer politique. Non ! Sept fois non ! Le président de l’Exécutif n’est pas le patron de l’éducation nationale en Corse ! ».
 
Une douce utopie
Une décision unilatérale fustigée également par François-Xavier Ceccoli, élu du groupe La Corse dans la République qui enfonce le clou : « Nous sommes sur un désaccord fondamental. En obligeant les établissements à fermer, vous êtes allés trop loin. Il aurait fallu laisser la main aux chefs d’établissement. Cette déscolarisation laissera des traces très fortes sur les élèves, penser qu’en rattrapera ce retard en septembre est une douce utopie. L’impact le plus fort a été sur les familles les plus en difficulté. Pour nous, il y avait urgence à reprendre l’école. D’où mon cri, peut-être un peu excessif ! ». Pour lui, il est temps de clore les polémiques : « L’important sur un sujet aussi prégnant est de voir ensemble que faire. En reprenant 15 jours, les personnels vont devoir se frotter au protocole sanitaire, c’est une bonne chose parce qu’on ne peut pas imaginer qu’en septembre, on rentrera normalement ».
 
Au bar ou à la plage
Des critiques totalement partagées par Jean-Charles Orsucci, président macroniste du groupe Andà per Dumane et porte-drapeau du gouvernement : « Les faits vous ont donné tort, ce n’est pas parce que vous le répétez 7 fois que vous avez raison ! La polémique, c’est vous qui l’entretenez en mettant toujours l’Etat en accusation ». Pour lui, le choix de garder les écoles fermées « que vous avez fait, est une erreur en matière d’éducation. Les faits montrent que vous vous êtes trompés. ». Il se dit satisfait de la réouverture « même si on sait que nos enfants ne vont pas retourner à l’école pour les deux semaines qui arrivent. Je reproche à l’Etat de ne pas avoir rendu plus tôt obligatoire le retour à l’école. J’aurai préféré que nous insistions ensemble dessus, mais vous avez préféré envoyer les enfants dans les bars ou sur la plage ! ».

Photo Michel Luccioni.
Photo Michel Luccioni.
Une discrimination sociale
Ces derniers propos provoquent une riposte brève, mais cinglante de Pierre Poli, élu du groupe PNC et maire d’Eccica-Suarella : « Je suis choqué ! Des propos pareils, c’est inacceptable ! Vous oubliez de dire que le gouvernement a, d’abord, décidé de rouvrir les écoles de manière facultative, et ça, ça ne vous a pas choqué ! Pourtant, c’est de la discrimination sociale horrible dans des moments compliqués ! Les parents ne voulaient pas, ils étaient inquiets pour leurs enfants, mais ceux, qui n’ont pas eu les moyens de les garder chez eux, ont été obligés de les renvoyer à l’école. Vous trouvez que c’est une décision gouvernementale juste ! Vous nous reprochez quoi aujourd’hui ? D’avoir voulu protéger nos enfants ! Je trouve cela déplorable ! ». Romain Colonna, élu de Femu a Corsica, enchaîne : « Nous avons fait des choix et nous les assumons. Le courage politique, c’est de faire des choix en amont ou pendant la crise. C’est facile de dire à postériori, deux mois après, qu’il aurait fallu faire ça ou ça ! C’est de la blague ! Sans cesse, nous avons mis le curseur sur la santé publique et l’intérêt collectif des Corses, et cela dans un flot incessant d’injonctions paradoxales de la part du gouvernement. L’onction présidentielle est intervenue le 14 juin, jusque là, nous n’avions pas d’éléments concrets pour dire quoi faire. Nous avons toujours dit que notre position était susceptible d’évoluer en fonction de la situation, elle a évolué ».
 
Une décision lourde
Entendant « rétablir » un certain nombre de choses, Josepha Giacometti avoue : « C’est certainement la décision la plus lourde et la plus désagréable que nous avons eu à prendre, je n’aurais jamais voulu le faire. Nous l’avons fait en conscience parce que nous avions la conviction qu’il fallait faire primer la sécurité sanitaire et que les conditions de sécurité n’étaient pas garanties. Nous n’avons pas porté atteinte à l’exercice de l’autorité des chefs d’établissements. Nous avons trouvé le juste équilibre, c’était difficile. On a feint de l’oublier, on a balayé une partie de nos propositions parce qu’elles ne se basaient pas sur ce qui était déroulé sur tout le territoire français. Il n’y a pas eu d’abandon des élèves, ce serait faire peu de cas de l’engagement des enseignements ! ».
 
Une clause de conscience
Cette décision, le président du Conseil exécutif, Gilles Simeoni, l’assume totalement, invoquant : « une clause de conscience. Le principe central, que nous avons appliqué dans la crise du COVID, a été d’essayer de faire les meilleurs choix pour défendre la santé des Corses. Sans exclure pour autant un autre principe fondamental, le droit à l’éducation, nous avons considéré qu’il était inopportun et dangereux de faire rentrer les enfants à l’école. Mais, nous ne pouvons pas laisser dire que nous avons fermé les établissements entre le 7 mai et aujourd’hui. Nous en avons exclu le principe ». Il rappelle qu’il a interrogé 130 maires, 90 ont refusé d’ouvrir les écoles : « Nous avons écouté les syndicats, les parents d’élèves, le Conseil scientifique du président Macron qui a préconisé  la rentrée en septembre. Nous avons maintenu un cap, qui a eu le mérite de la cohérence en laissant la discussion ouverte. Le gouvernement a pris des décisions totalement contradictoires. Nous n’avons jamais empêché personne de rentrer à l’école. D’ailleurs, un établissement privé a ouvert : 600 enfants inscrits, 3 présents ! ». Et de conclure : « Lundi, les conditions seront créées pour que ceux qui veulent retourner à l’école le fassent et nous verrons combien iront… ».
Le rapport est adopté sans les voix de l’opposition qui n’a pas participé au vote.
 
N.M.
 




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