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Après la Présidentielle, l’enjeu relatif des élections législatives en Corse


Nicole Mari le Lundi 25 Avril 2022 à 20:58

Dans la foulée du scrutin présidentiel se tiendront, les 12 et 19 juin, les élections législatives pour désigner 577 députés dont quatre députés corses. Les déclarations de candidature doivent être déposées en préfecture, du 16 au 20 mai à 18 heures. Si les grandes manœuvres pour la bataille des investitures et des alliances ont déjà débuté au niveau national, peu de surprise dans l’île avec la reconduction automatique des sortants. Et, si le résultat des présidentielles ne change guère la donne pour les Nationalistes, l’équation est nettement plus compliquée pour la droite et les Macronistes qui viennent d’essuyer un sérieux revers des électeurs corses.



Le Palais Bourbon, siège de l'Assemblée nationale à Paris.
Le Palais Bourbon, siège de l'Assemblée nationale à Paris.
Le résultat de l’élection présidentielle à peine connu, sans même prendre le temps de savourer la victoire ou de digérer la défaite, les candidats, des vainqueurs aux recalés, ont mis, d’emblée, le cap sur les Législatives. Une célérité tout à fait inédite pour un scrutin que tout le monde affirme crucial pour l’avenir du quinquennat et qui alimente désormais tous les espoirs, les doutes, voire les fantasmes d’une potentielle cohabitation. Ce troisième tour pose le casse-tête des investitures pour les Etats-majors politiques, contraints de départager les ambitions personnelles des alliés présents ou futurs. Les grandes manœuvres ont déjà commencé du côté des trois grands blocs nationaux qui ont résisté aux présidentielles – les Macronistes, l’Extrême-droite et la gauche rassemblée autour de la France Insoumise. Côté majorité nationale, les places sont chères et convoitées. Des accords nouveaux avec d'autres forces politiques, comme le parti Horizons d’Edouard Philippe, ou une partie des LR, sont en pourparlers. Les négociations s’annoncent serrées, on apprend que le Chef de l’Etat entend valider, lui-même, les investitures. C’est du moins le schéma qui se dessine de l’autre côté de la mer. Dans l’île, le scénario est, comme à son habitude, bien plus atypique. La question est exactement inverse : il ne s’agit pas ici de courir ou pas pour attraper l’investiture macroniste, mais de voir comment s’en passer sans froisser Paris.
 
Du rejet et du courage
Dans une Corse sous tension après l’assassinat d’Yvan Colonna, la séquence présidentielle n’a pas passionné les foules, elle est même quasiment passée au second plan. Le taux d’abstention et de votes nuls ou blancs représente la moitié du corps électoral, ce qui en soi est déjà problématique. La suprématie de Marine Le Pen au 1er comme au 2nd tour marque l’intensité de la détestation d’Emmanuel Macron et le rejet très ferme de sa politique, ou plutôt de sa non-politique, et du mépris total dans lequel il a englué l’île et son pouvoir nationaliste depuis cinq ans. Ce résultat sans surprise a été, pourtant, vécu comme un coup de massue par la droite locale, déjà tétanisée par le misérable score de Valérie Pécresse et par le délitement des LR, le dernier parti traditionnel qui avait, jusque-là, réussi à résister aux coups de boutoirs nationalistes. Une droite d’autant plus choquée qu’elle a, déjà, en partie fait allégeance au président sortant et qu’elle comptait bien utiliser sa réélection pour rebattre, dans la foulée, les cartes du jeu local aux législatives. C’est plutôt mal parti ! « La Corse a exprimé un vote sanction contre Emmanuel Macron. Il faudra bien du courage à ceux qui vont se présenter pour défendre les idées de Macron en Corse », commente tranquillement le député nationaliste de la 2ème circonscription de Corse du Sud, Paul-André Colombani, qui lancera sa campagne, mercredi soir à Portivechju. Il y a effectivement fort peu de chances que l’on assiste à la même course aux investitures macronistes qui a déchiré la gauche locale en 2017.
 
La prime aux sortants
Avec trois députés nationalistes et un député LR, l’enjeu de ces législatives est assez relatif en Corse et est circonscrit à une prime aux sortants, qui sont, tous, candidats à leur propre succession. Comme chacun d’eux est issu d’un fief tenu par son parti ou sa sensibilité politique, leur reconduction est apparue automatique et indiscutable. Elle l’est, chez les Nationalistes avec un consensus qui se dessine au-delà des partis modérés pour soutenir, dans les trois circonscriptions arrachées en 2017, les députés dont tout le monde salue le travail accompli à Paris. Michel Castellani dans la 1ère circonscription de Haute-Corse, Jean-Félix Acquaviva dans la 2ème, candidats de Femu a Corsica, et Paul-André Colombani dans la 2ème de Corse du Sud, candidat du PNC, ne devraient pas affronter d’adversaire nationaliste, ou tout au moins autonomiste. Même si la ligne de non-participation à ce type d’élection est majoritaire chez Core in Fronte, le débat reste, pour l’instant, ouvert. Chez Corsica Libera, le président de la ComCom de Lisula, maire de Belgodère et ex-président de l’ODARC, Lionel Mortini n’a toujours pas tranché sur sa candidature dans la 2ème nordiste. S’il se décidait à partir, ce serait dans une position délicate d’affrontement fratricide avec la majorité territoriale, mais aussi avec l’ensemble des Modérés, si le consensus sur les sortants est finalisé.
 
Un siège à prendre
Reste la question de la 1ère circonscription de Corse du Sud, détenu par le LR Jean-Jacques Ferrara, où, faute d’entente, l’on s’achemine vers un duel intra-nationaliste au 1er tour avec deux candidats. Le candidat de l'ex-union Pè a Corsica en 2017, Jean-Paul Carrolaggi, repart sous la bannière de Corsica Libera avec un appui très probable du PNC qui ne présente pas de candidat. Chez Femu a Corsica, une procédure interne de désignation d’un candidat est en cours. Des militants se sont positionnés, des noms circulent déjà, comme celui du conseiller territorial Romain Colonna, ou de sa colistière, Muriel Fagni. Mais rien de définitif. Un cunsigliu naziunale est prévu, à cet effet, dans les prochains jours. « On n’est pas en état de s’entendre au 1er tour, alors l’idée est de se mettre en ordre de marche, de voir ensuite les résultats et comment se retrouver pour remporter ensemble ce 4ème siège au 2nd tour. Au vu des résultats des territoriales et des présidentielles, c’est un siège qui est prenable à la droite », explique un élu nationaliste du cru. Les Nationalistes, qui se sont tenus à distance de l’élection présidentielle et qui estiment que le résultat ne les concerne en rien, abordent les législatives avec une certaine sérénité. Avec un objectif affiché : ravir les quatre sièges pour un retour renforcé à Paris.
 
Le choix d’un parti
La séquence législative est bien plus incertaine pour les autres partis. La droite en tête, qui, en plus du coup de massue de la présidentielle, est fragilisée autant par ses prises de positions que par des dissensions internes. L’enjeu premier de ces législatives sera de ne pas se fracasser sur les ruines de LR et les fonds baptismaux d’Horizons, le nouveau parti créé par Edouard Philippe et dont le maire d’Aiacciu, Laurent Marcangeli, est le principal référent en Corse. Le leader de la droite régionale et président du groupe U Soffiu Novu à l’Assemblée de Corse a annoncé qu’il soutiendrait les candidats de sa sensibilité qui se présenteraient dans les quatre circonscriptions. D’où la question subséquente : continuera-t-il à soutenir le député LR de la 1ère circonscription de Corse du Sud, Jean-Jacques Ferrara, candidat à sa propre succession ? A moins que ce dernier ne rejoigne le parti Horizons et, donc, de fait, la mouvance présidentielle. Une option apparemment déjà sur la table : « Nous verrons ce que LR va devenir et si la nouvelle gouvernance correspond à la ligne que je défends. En tout état de cause, ce sont les partis qui sont au service des élus, et non le contraire. Je pense qu'il ne faut pas se priver d'avancer. Mon engagement politique ne tient qu'à ça, faire avancer les choses, apporter modestement ma contribution », précise Jean-Jacques Ferrara, résolument sibyllin. Aura-t-il vraiment le choix dans une course aux investitures qui pourraient se décider dans les Etats-majors parisiens ?
 
Des duels fratricides ?
D’autres LR seraient aussi prêts à sauter le pas, mais pas tous, et l’on pourrait assister à des duels fratricides dans les autres circonscriptions où les chances de la droite de l’emporter sont déjà étiques. Dans la 2nde circonscription de Corse du Sud, on annonce un ticket Valérie Bozzi/Georges Mela, tous deux colistiers du groupe U Soffiu Novu, et soutenus par Laurent Marcangeli. Ce qui ne serait pas du goût de l’ancien député portovechiais Camille de Rocca Serra qui serait, selon des indiscrétions, prêt à repartir sous la bannière LR. S’y ajoute la candidature potentielle du maire de Bunifaziu, Jean-Charles Orsucci, macroniste de la première heure, qui est sorti, lui aussi, groggy des présidentielles, malgré le succès de son champion,, et qui réfléchit à se présenter une nouvelle fois à la députation. Avec une question en filigrane : obtiendra-t-il l’investiture d’En Marche ? Qui aura la préférence présidentielle ? Si l’on en croit la rumeur, le scénario pourrait bien se répliquer dans la 2nde circonscription de Haute-Corse avec un duel possible, mais non certain, entre le président de la fédération locale des LR et maire de San Giuliano, François-Xavier Ceccoli, et le conseiller territorial d’U Soffiu Novu, Jean-Martin Mondoloni, tenant de la droite régionaliste poussé par Laurent Marcangeli. Le temps, pour chacun des deux, est toujours à la réflexion, et la déroute insulaire commune des LR et d’EN Marche devrait inciter à rebattre les cartes. Du côté de la 1ère circonscription nordiste, là aussi, devraient s’affronter deux candidats de la mouvance présidentielle : Julien Morganti, adoubé par Horizons, et Jean-François Paoli pour LREM.
 
La stratégie des alliances
Pour les autres formations, l’heure est plutôt à la recherche de candidats. Le RN, grand vainqueur du scrutin corse, entend bien surfer sur la vague Marine pour tenter de décrocher une circonscription. « Les gens, aujourd'hui, pour se faire protéger, votent Marine Le Pen en Corse. Ils ne vont pas voter nationalistes. Nous allons demander de la cohérence pour les législatives. Nous y allons pour gagner, pas pour faire de la figuration », déclare avec optimisme son porte-parole local, François Filoni, qui sera candidat dans la deuxième circonscription de Corse-du-Sud. Nataly Antona est déjà pressentie dans la 1ère, ainsi que deux candidats dans les deux circonscriptions du Nord. D’un point de vue national, Marine Le Pen a rejeté l’alliance proposée par le parti Reconquête d’Eric Zemmour. Pas sûr que, dans l’île, l’Extrême-droite puisse se permettre ce genre de division dans un scrutin où elle n’a encore jamais brillé. D’autant que l’historien, Olivier Battistini, chef de file des soutiens d'Eric Zemmour, pourrait également faire acte de candidature. Chez les communistes, le secrétaire régional, Michel Stefani, sera une nouvelle fois candidat dans la circonscription bastiaise. Le PCF devrait, comme à son habitude, investir les trois autres territoires. Pour autant se pose la question du choix de la France Insoumise de présenter ou non des candidats ou de s’allier avec d’autres forces de gauche, comme cela semble prendre forme sur le plan national. Mais l’équation, pour Jean-Luc Mélenchon, passe aussi par la case nationaliste et par les bons rapports qu’il entretient avec les trois députés corses, notamment ceux de Femu a Corsica qui lui ont fourni des parrainages et fait glisser des voix dans certaines communes. La stratégie des Modérés est de s’assurer des soutiens, voire des accords de convergence dans les discussions qui pourraient être engagées sur l’autonomie pendant la prochaine mandature Macron. On voit mal le nouveau leader de la gauche, qui lorgne Matignon, fâcher des députés amis, grands favoris du scrutin, et leur préférer des candidats aux chances pour le moins hypothétiques. Réponse possible dans une quinzaine de jours.
 
N.M.