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Réforme des retraites : Que vont voter les quatre députés corses ?


le Samedi 4 Février 2023 à 19:51

C’est à partir de lundi que l’Assemblée Nationale se penchera sur le projet de réforme des retraites. Un texte clivant face auquel les députés insulaires affichent une approche opposée.



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Allongement de la durée de cotisation à 43 ans, suppression des avantages de certains régimes spéciaux, l’annonce de la plupart des grandes lignes du projet de réforme des retraites, qui sera étudié par l’Assemblée Nationale à compter de ce 6 février, n’a pas manqué de susciter l’ire d’une grande partie du pays qui s’est mobilisée à travers deux grandes journées de grève. Mais c’est surtout le report de l’âge de départ de 62 à 64 ans qui cristallise nombre d’inquiétudes. 
 
Un point que regrette le député de la 1ère circonscription de Corse-du-Sud, Laurent Marcangeli. « Cette réforme est tombée dans un piège : celui de la focalisation sur l’âge de départ uniquement. Alors que ce qui a été proposé par la Première Ministre ce n’est pas que cela. Cette réforme mise sur la justice et l’équité. Le problème de notre système de retraite, c’est qu’il est parfois injuste pour des millions de Français », expliquait-il il y a quelques jours en abondant : « Il n’y a pas dans ce texte qu’une volonté de casse sociale comme je l’entends parfois chez certains contestataires politiques ou syndicaux. Si nous maintenions le départ à la retraite à 62 ans, d’ici quelques années le système ne se financera plus parce que nous n’aurons plus assez de personnes qui cotisent par rapport à nos retraités. Si nous voulons garder notre système par répartition, qui est un système de solidarité entre les générations qui permet également à ceux qui ont le moins de partir avec un minimum décent quand ils arrivent à la retraite, nous ne serons pas en capacité de maintenir ». Ainsi, c’est sans surprise que Laurent Marcangeli a d’ores et déjà annoncé que le groupe Horizons, dont il est le président, soutiendra la réforme des retraites. 

LIOT opposé à la réforme dans sa version actuelle

Pas le même son de cloche en revanche du côté des trois députés nationalistes, dont le groupe Libertés, Indépendants, Outre-Mer et Territoires (LIOT) a marqué son opposition au texte dans sa version actuelle. Le député de la deuxième circonscription de Corse-du-Sud, Paul-André Colombani, a d’ailleurs récemment taclé le projet de loi sur les réseaux sociaux : « Cette réforme n’a pas pour objectif d’améliorer le système de retraites, mais simplement de réduire le déficit public français et ce au détriment des plus fragiles. Une fois de plus, une fois de trop, les classes moyennes et les personnes précaires paieront l’addition : pas de prise en compte suffisante de la pénibilité, pas d’amélioration des modes de calculs des carrières hachées, régime désavantageux pour les femmes en congé maternité, faible revalorisation des petites pensions… », écrivait-il en ajoutant de surcroît : « C’est d’autant plus vrai en Corse, région la plus précaire, marquée par une forte saisonnalité des emplois et donc des carrières irrégulières, une part de séniors plus élevée et un coût de la vie plus important que sur le continent ».
 
De son côté, le 8 janvier à l’occasion d’un entretien accordé à CNI, Jean-Félix Acquaviva, le député de la deuxième circonscription de Haute-Corse, soulignait lui aussi la nécessité de « préserver les petites pensions », mais aussi de « raisonner en termes de pénibilité en fonction des secteurs de travaux », ainsi qu’« en termes d’annuités et pas en termes d’allongement de durée de travail » et rappelait dans ce droit fil que LIOT a déjà marqué son refus de l’augmentation de l’âge de la retraite.
 
« C’est un projet de réforme qu’il va falloir impérativement amender. Il est pour le moment dans une formule que je ne peux pas soutenir », fait pour sa part valoir Michel Castellani, le député de la première circonscription de Haute-Corse, en soulignant qu’il travaillera avec son groupe parlementaire « à essayer d’améliorer ce texte ». « J’ai proposé 15 amendements qui visent à limiter la durée de cotisation, à travailler sur l’âge de sortie, à taxer les dividendes pour assurer le financement, à mieux intégrer les femmes et à mieux prendre en compte la situation particulière des personnes handicapées », détaille-t-il.

Le spectre de l’article 47-1

Alors que, déterminé à faire barrage au texte, le Rassemblement National présentera dès l’ouverture des débats une motion référendaire, afin de tenter de suspendre l’examen des travaux, le parlementaire de Haute-Corse annonce par ailleurs qu’il ne soutiendra pas ce texte. « Je ne crois pas que ce soit une solution. Il y a un problème politique qu’il faut traiter, c’est celui des retraites. En proposant un rejet préalable, ce qu’on veut faire c’est autre chose : c’est à la fois rejeter le texte, mais aussi pousser le Gouvernement et le Président de la République à la dissolution de l’Assemblée Nationale. Nous devons travailler sur le texte des retraites, tout le reste c’est une approche qui me semble trop politicienne », souffle-t-il.
 
Même logique face aux plus de 20 000 amendements qui ont été déposés pour tenter de faire obstruction. « Je pense que c’est une erreur, que l’idée des dépositaires, et en particulier de la NUPES, c’est de bloquer toute la machine, et d’empêcher le texte de prospérer. Ce n’est pas une solution, surtout que le Gouvernement est charmé de cette affaire, puisqu’il s’apprête à bloquer la machine au bout de 20 jours, c’est la Constitution qui veut cela, et donc de jouer sur l’article 47-1 en renvoyant le ballon directement au Sénat et donc en mettant la Chambre des députés hors-jeu. Je ne comprends pas cette stratégie », martèle encore Michel Castellani.
 
Les députés ont jusqu’au 17 février avant que le texte ne soit transmis au Sénat.