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Pollution du fleuve Fium’Orbu : Une réunion de crise pour des solutions pérennes


Nicole Mari le Samedi 31 Août 2019 à 20:27

Réunion de crise samedi matin à la mairie de Prunelli-di-Fium’Orbu pour tenter de trouver des solutions de court, moyen et long terme à la pollution du fleuve Fium’Orbu. Lundi dernier, le maire de la comme, le Dr André Rocchi, avait tiré la sonnette d’alarme sur le degré de pollution du fleuve générée en amont par les rejets de la station d’épuration située sur la commune de Ghisunaccia et gérée par la société Kyrnolia. Dénonçant « un saccage et un danger bactériologiques », il a interdit la baignade et les activités de prêche et obtenu l’aide des services de l’Etat et de la région pour la mise en place de mesures qui devraient devenir un cas école.



Le fleuve Fium'Orbu.
Le fleuve Fium'Orbu.
Comment sauver le fleuve Fium’Orbu et résilier la pollution qui s’aggrave d’année en année et menace la pérennité du fleuve, la biodiversité autour et la santé de la population ? C’est l’objet de la réunion de crise qui s’est tenue, samedi matin, à la mairie de Prunelli après le cri d’alarme lancé par le maire, le Dr André Rocchi, dans nos colonnes, lundi dernier. Il dénonçait, à l’appui d’analyses réalisées de façon indépendantes : « Un scandale bactériologique et un danger immédiat tant pour l’homme que pour la faune ! ». Ces analyses révèlent une pollution majeure avec des scores bactériologiques « scandaleux » au niveau de la station d’épuration située sur la commune de Ghisunaccia : 523 301 bactéries quand la normale est à 1000 ! Soit 500 000 fois supérieures aux normales prévues ! Le maire a alerté les autorités sanitaires, interdit la baignade, la pêche et la consommation des poissons prélevés dans le fleuve. Répondant à son appel, tous les acteurs concernés, les services de l’Etat – Préfecture, ARS, DDTM… -, de la région – Exécutif et Office hydraulique –, les élus locaux - la mairie de Ghisunaccia, la communauté des communes Fiumorbu-Castellu -, et la société Kyrnolia, gestionnaire de la station d’épuration, ont tenté de traiter le problème et de s’accorder sur des solutions. La réunion, qui s’annonçait tendue, a été, au final, apaisée et constructive.
 
Une urgence sanitaire
« Le constat a été partagé par tout le monde. La pollution de la rivière est indubitable. Tout le monde a reconnu que le problème était récurrent. Je le dénonce depuis 2014 avec insistance. Le fleuve garde encore une capacité à digérer cette pollution, mais cette capacité ne cesse de diminuer au fil des années », commente André Rocchi. En appui de ce combat, le Dr Antoine Grisoni, président de l’URPS-ML (Union régionale des professionnels de santé-médecins libéraux) de Corse, a listé toutes les pathologies de l’eau qui provoquent 10 millions de morts par an sur la planète. Il a brossé un tableau noir de l’urgence sanitaire liée au réchauffement climatique et à l’ensemble des pathologies émergentes qui pourraient en découler - dysentrie, typhoïde, dyphtérie… ainsi que du risque vectoriel - chikungunya, dengue et zika - dans les zones où la faune n’arrive plus à être prédatrice des moustiques. Un risque qui ne cesse d’augmenter. «  Les solutions à court terme sont limitées, mais j’ai déjà fait entériner certaines mesures. La première est la mise en place d’un programme indépendant d’analyse de l’eau par les services de l’Etat et l’ARS (Agence régionale de santé) bien que la rivière ne soit pas classée « zone de baignade ». Ce n’est pas parce qu’on ne s’y baigne pas que la rivière n’est pas d’une grande utilité pour la population », annonce André Rocchi. Une mesure d’autant plus indispensable que les résultats des analyses indépendantes prennent, depuis des années, violemment le contre-pied de celles officielles et rassurantes publiées par la société Kyrnolia.

André Rocchi et Saveriu Luciani.
André Rocchi et Saveriu Luciani.
Des solutions coûteuses
Si les trois représentants de Kyrnolia ne contestent pas ce constat, ni le fait que la station d’épuration peut générer ce type de problèmes, ils estiment que la responsabilité de leur société n’est pas engagée. Leur mission, selon eux, est d’effectuer un traitement physico-chimique de l’eau à la sortie de la station, pas un traitement bactériologique du fleuve qui n’est pas de leur ressort. Le maire de Prunelli, pour qui l’heure n’est pas au procès, mais à la recherche de solutions et de consensus, a soulevé, néanmoins, la question de l’équité et de l’équilibre qualité de l’eau/coût : « La population paye cher son eau, paye cher le traitement des eaux. Dans quel but ? Jusqu’où peut-on lui demander un effort financier pour quels résultats minimum en attendre ? ». Diverses pistes ont été examinées pour épurer les rejets de la station d’épuration. « A court-moyen terme, nous avons envisagé un traitement par ultraviolet de ce qui sortait des stations, tout en sachant que ce serait insuffisant pour supprimer le risque biologique. Nous avons évoqué le traitement par l’ozone qui donne de meilleurs résultats, mais est extrêmement cher, hors de portée des moyens de nos communes », précise André Rocchi. L’Etat a accepté de lever certaines tracasseries administratives au curage du fleuve qui se bouche toutes les semaines, ce qui empêche le mouvement normal de l’eau, provoque sa stagnation et, donc, la prolifération des bactéries.
 
Une nouvelle station
La pollution du fleuve a remis en lumière le besoin d’actualiser les équipements. « La STEP de Ghisunaccia, mise en service en 1994, a 25 ans, une capacité de traitement de 15000 équivalent habitants, avec une filière physico-chimique suivie d’une biofiltration. Elle traite les effluents des communes de Ghisunaccia et de Prunelli di Fium’orbu et est située en zone inondable. Elle est confrontée à une pression démographique importante et à des flux touristiques toujours croissants. Concernant les eaux parasites, nous attendons les études complémentaires lancées sur Ghisunaccia pour les industriels et les villages de vacances avec des financements au titre de la convention tripartite en 2017 », résume Saveriu Luciani, présent avec ses trois casquettes de Conseiller exécutif ayant la délégation Mission Eau, de vice-président du Comité de Bassin de Corse et Président de l’OEHC (Office d’équipement hydraulique de la Corse). « Il nous faut accélérer le processus de construction d’une station d’épuration unique pour les deux communes. L’avant-projet envisageait une capacité de 27000 EH avec un objectif de niveau de rejet de qualité supérieure aux limites fixées dans l’actuelle autorisation. Une des filières proposées comportait une station à membrane réalisée en plusieurs modules, suivie d’une REUT (réutilisation des eaux usées). Une étude de faisabilité sur ce sujet, d’un montant de 42000 € HT, a aussi été financée à la commune d’A Ghisunaccia en 2017. On attend impatiemment la restitution ».
 
Un enjeu stratégique
Dans un contexte de dérèglement climatique, de raréfaction à terme de la ressource hydraulique, la mise en place de la REUT est un axe majeur pour tout développement agricole. « Des dossiers sont instruits ou en cours d’étude, sur Bonifaziu, en Plaine Orientale, dans le Canale, et ce, à diverses échelles. La particularité de la plaine du Fium’Orbu, incite à favoriser cette option, en y associant l’Agence de l’Eau, les services de l’Etat, l’ODARC, l’OEC et la chambre d’agriculture », rappelle Saveriu Luciani. Tous les participants se sont accordés pour traiter le problème dans sa globalité en prenant en compte l’ensemble du bassin versant, l’articulation des diverses problématiques et l’évolution des milieux naturels afin d’établir un diagnostic complet et élaborer un plan d’action. « Nous avons convenu de l’organisation d’une réunion technique avec l’ensemble des partenaires, sans oublier EDF et l’Agence française de la biodiversité, pour faire le point sur les actions menées et à poursuivre. Certaines sont d’ores et déjà programmées sur le très court terme. Mais il est clair que l’échéancier s’étalera sur le temps long, au regard de l’ampleur des démarches nécessaires à l’aboutissement des projets », poursuit le président de l’OEHC. Il propose une assistance technique et un modèle de cahier des charges permettant notamment de disposer d’un diagnostic pré-opérationnel du Fium’Orbu. « L’idée sera de déterminer, puis de planifier les actions nécessaires à sa préservation et à sa valorisation ».
 
Un cas d’école
La réunion s’est, enfin, cristallisée, sur l’eau comme enjeu de demain. « L’eau est l’enjeu majeur de la région Fium’Orbu. Avec cinq fleuves, nous sommes l’une des régions les plus riches en eau et en fleuve en termes de linéaire côtier. Ce qui arrive sur le Fium’Orbu, nous nous en rendons compte parce que nous sommes penchés dessus. Si nous nous penchons sur tous les estuaires de l’île et sur tous les fleuves qui reçoivent une station d’épuration, nous rencontrerons à peu près le même type de mauvaises surprises. La pollution du fleuve Fium’Orbu est un cas d’école. La façon dont nous réussirons à la traiter rejaillira sans doute sur la façon dont nous traiterons celle des autres régions de Corse », assure André Rocchi. Cela passe, pour lui, par des solutions nouvelles : « Notre région se rapprochant de plus en plus du climat subtropical, les technologies employées dans ces pays doivent faire l’objet d’une analyse pour voir s’il n’est pas plus intéressant pour nous d’utiliser de nouvelles méthodes. Notre commune participe avec Kyrnolia à faire de la Recherche & Développement dans ce domaine pour trouver des solutions spécifiques, adaptées à notre problématique locale et à notre bassin. Dans ce cas, il serait intéressant de voir si on peut appliquer le même modèle ailleurs ». Dans cet esprit, il a demandé une certaine réorganisation des services de la région « pour que le Fium’Orbu, dans sa quête de Recherche & développement pour traiter les problématiques liées à l’eau, soit privilégié puisqu’il s’y est engagé depuis de nombreuses années ». Affaire à suivre…
 
N.M.


















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