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Livres - «Fifty Dollars» de Denis Filippi


Philippe Jammes le Jeudi 3 Décembre 2020 à 17:40

Denis Filippi, 39 ans, originaire de Cervioni, vient de publier son second roman: «Fifty Dollars»*. Dans celui-ci on explore le monde, sa violence, son absurdité. CNI a rencontré l’auteur.



Livres - «Fifty Dollars» de Denis Filippi

- Denis Filippi, en quelques mots?
- Je suis né à Bastia en 1981, mais je suis originaire de Cervioni. Je suis allé au lycée Jeanne d'Arc à Bastia et suis titulaire d'une Licence Lettres et Linguistique obtenue à l'université de Corse.

- Le thème de ce 2ème roman?
- L’histoire de Serge, un trentenaire, cadre célibataire dans une entreprise orléanaise. Un homme meurtri par un amour d’adolescence et qui mène une existence en marge. Il s’exile plusieurs fois par an en Thaïlande pour y trouver l’amour et fuit la société sur laquelle il porte un regard acerbe. Quand Sandra est embauchée, ce sont toutes ses frustrations et ses humiliations de jeunesse qui rejaillissent et le poussent vers une révolte vindicative. De son coté, hôtesse de caisse à Metz, Johanna élève seule son fils. Elle tente de s’éloigner d’un passé aussi douloureux que trouble et de fonder une famille. Elle essaie de refaire le chemin à l’envers afin de se rapprocher de sa mère, longtemps absente. Entre combativité et perdition, servilité et marginalité, les personnages vont aller au bout de leurs inclinations pour trouver la force de vivre. Fifty Dollars est un roman qui mélange vraiment les genres. J’avais envie de voyager entre les styles. Si je devais le décrire, ce serait un roman naturaliste et existentialiste avec un soupçon de polar. Le lecteur plonge à la fois dans des univers précis comme le milieu de l’entreprise ou de la nuit mais fait également face à une prise de conscience, à l’absurdité du quotidien, à la souffrance ordinaire. Serge, le personnage principal n’arrive pas à s’intégrer dans la société. Il a des difficultés avec ses collègues de travail, s’éloigne de ses amis et entre peu à peu dans la marginalité. Il est hanté pour un amour malheureux et ne trouve refuge que dans des bars de nuit de Thaïlande. Il va perdre pied et quitter le monde réel pour renaître dans un monde onirique où il est du bon côté. L’autre personnage important, Johanna va, quant à elle s’accrocher à son fils pour offrir le meilleur d’elle-même, s’extraire de sa condition et oublier ses erreurs de jeunesse.

- Comment l’idée de ce roman vous est-elle venue ?
- L’idée du roman m’est venue au début des années 2000 lors d’un voyage à Bali. Un touriste s’est installé à côté de moi au bar de l’hôtel et sans savoir pourquoi il m’a inspiré le personnage de Serge. Maladroit, grassouillet, introverti, solitaire. J’ai vu cet homme arpenter les trottoirs de Bangkok et entrer au hasard des bars et des néons rouges. J’ai gardé cette idée en moi plusieurs années avant d’avoir un jour l’étincelle qui m’a permis d’écrire ce roman. Le cinéma a aussi influencé le roman dans sa forme avec une omniprésence de la musique. L'idée d'une BO me plaisait comme dans Pulp Fiction surtout où la musique rythme vraiment le film. L'histoire n'étant pas construite de façon chronologique, ça rappelle aussi le 7ème Art où personnages et époques se mêlent pour maintenir le spectateur en haleine

- Vous vivez en Corse, mais vos personnages habitent l'Orléanais et Metz ...
- Le choix de ces villes, Metz et Orléans, vient du rapport qu’entretiennent les personnages avec leur environnement. Ce sont des villes continentales, à l’intérieur des terres et dont le climat est assez rude. Les installer en Corse ou dans le Sud n’aurait pas donné le même effet. La mer se mérite, la plage est un rêve, une trêve dans leur existence. Johanna pense souvent à s’offrir de vraies vacances au bord de la mer, tandis que Serge l’associe à son paradis asiatique. Même si mes histoires ne se déroulent pas en Corse, je pense que l'importance que j'attache au rapport personnage-territoire vient de mon propre attachement à ma terre. J'aime la précision du lieu, le souvenir de l'origine, l'héritage culturel. Nos racines restent en nous quel que soit le chemin.

- Un rappel de votre premier roman …
- J’ai publié l’an dernier, chez Maïa également, Le Banquet des Phéaciens. Dans celui-ci j'emmène mes lecteurs entre le Niger et la Lybie sur les traces de Rolilhalha et Sarhaan, deux jeunes nigériens embarqués pour l’Europe. J’y décris surtout l’exploitation de «ces ombres errantes» par tous les passeurs et les esclavagistes du nord de l’Afrique. En parallèle, nous suivons Assia, la femme de Rolilhalha qui travaille dans une exploitation aurifère de Dirkou et fait face à tous les dangers et toutes les souffrances. Là encore ce sont mes voyages en Afrique qui m’avaient donné envie de décrire l’aridité de la terre, la chaleur écrasante et le désespoir absolu.

- Comment êtes-vous venu à l’écriture?
- L’écriture est un exercice que je pratique depuis l’enfance. J’ai écrit tous les soirs ou presque de 11 à 25 ans. Ma vie professionnelle et mes engagements familiaux ont bien entendu ralenti le rythme. J’ai commencé par de la bande-dessinée, j’en ai toujours dans mes cartons. Ensuite je suis passé aux matchs de foot que nous faisions à la récréation, puis les histoires de catéchisme m’inspiraient et je mettais en scène des bergers aux abords de Jérusalem. Peu à peu l’inspiration s’est étoffée, le voyage géographique et surtout, le voyage initiatique ont toujours eu une importance dans mon écriture. Mes personnages sont perpétuellement en quête d’un idéal, d’une meilleure vie. Pendant longtemps je me suis contenté de textes courts et me voyais plus comme parolier. Le roman est venu plus tard avec la lecture de Houellebecq très certainement et « Les particules élémentaires » qui a été un tournant. 99 Francs de Beigbeider m’a aussi donné envie de créer des personnages. Il y a également le naturalisme de Zola et très différemment Claire Castillon ou Michel Tournier. Camus évidement, Kafka et Conrad. On ne peut pas parler de voyage en littérature sans évoquer «Voyage au cœur des ténèbres».

- Un autre livre en projet?
- En ce qui concerne les projets, j’en ai plein en tête, il manque parfois l’opportunité, parfois la rencontre, parfois le temps pour les travailler. Le confinement de mars m’a permis d’écrire beaucoup plus. J’ai bien évidemment des idées de romans qui se dérouleraient en Corse même si pour des raisons que je qualifierais de «pudeur», il m’est plus difficile de créer des personnages qui vivent dans le même environnement que moi. Je préfère quand il y a un réel détachement entre l’auteur et le personnage et laisser complètement place à la fiction.
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 * «Fifty dollars» aux éditions Maia.





















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