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Les chantiers d’Acqua Nostra en 2021 : La construction de l’autoroute de l’eau entre Casamozza et le Fium’Orbu


Nicole Mari le Samedi 2 Janvier 2021 à 18:35

Près de 36 millions d’euros seront investis au Sud de la Plaine Orientale pour sécuriser l’approvisionnement en eau brute. L’Office d’équipement hydraulique de Corse (OEHC) poursuit pas à pas la mise en place des étapes stratégiques du Plan Acqua Nostra 2050, élaboré et développé en interne par le Service Ingénierie, et adopté à l’unanimité par l’Assemblée de Corse en juillet dernier. Ce schéma d’aménagement entend sécuriser la ressource en eau et doubler l’irrigation des espaces agricoles d’ici à 2050. Des chantiers sont d’ores et déjà engagés, d’autres débuteront dès janvier. D’autres encore sont en passe d’être validés par les derniers financements du PEI, puis du futur PTIC. Explications, pour Corse Net infos, de Saveriu Luciani, conseiller exécutif en charge de la "Mission Eau", Président de l’OEHC et Vice-Président du Comité de Bassin de Corse.



Le barrage d'Alzitone. Photo OEHC.
Le barrage d'Alzitone. Photo OEHC.
- Le Sud de la Plaine Orientale, est-ce un nouveau pas franchi dans la mise en œuvre d’Acqua Nostra ?
- Oui. Acqua Nostra a déjà commencé, notamment à travers des réalisations notoires : le surpresseur de Tagliu en est un bon exemple. Désormais, il s’agit d’exposer et de confirmer les grands choix, région par région. C’est dans cet esprit que, dernièrement, nous avons tenu à présenter cette ambition à Ghisunaccia, pour tout le dispositif du Sud de la Plaine Orientale. Acqua Nostra, c’est l’indispensable construction de l’autoroute de l’eau entre Casamozza et le Fium’Orbu. Grands ouvrages structurants et interconnexions vont ainsi optimiser la distribution de l’eau brute sur tout un territoire qu’il nous faut solidariser hydrauliquement. C’est une écriture à l’encre bleue que l’OEHC propose à l’agriculture corse, inédite parce qu’elle offre enfin une vision cohérente de l’action menée depuis la prise sur le  Golu - à Prunelli di Casacconi - jusqu’aux portes de Sulinzara.
 
- Quels chantiers sont prévus pour 2021 ?
- La liste est longue, bienheureusement. Longue, mais différente d’un passé certes actif, mais adepte du « coup par coup ». Acqua Nostra 2050 a fait la double démonstration, d’abord de notre volonté politique de tracer, enfin, une feuille de route anticipatrice, ensuite de placer l’OEHC au cœur de l’aménagement du territoire, sans oublier l’engagement extraordinaire de ses ingénieurs dans l’élaboration de ce projet que l’on peut qualifier désormais d’historique. À ce stade, tous les chantiers ont leur propre déclinaison. Certains viennent de loin, d’autres sont déjà réalisés ou en train de démarrer. Dès janvier 2021 se poursuivra celui du nouveau Feeder du Fium’Orbu. Il remplacera une canalisation obsolescente et permettra à l’OEHC de prélever 2 m3/ seconde, là où, jusqu’à aujourd’hui, ne pouvaient être prélevés que 900 litres/seconde. En clair, cette capacité de doubler le captage instantané de la ressource à Trevadine, dans les périodes de fort débit du fleuve, favorisera un remplissage beaucoup plus rapide de nos réserves basses de la Plaine, notamment celle d’Alzitone. Au-delà des possibilités nouvelles offertes en matière de développement de ce stockage, c’est l’affirmation incontestable de notre démarche d’adaptation de la Corse aux effets du changement climatique. 
 
- Sur le Sud de la Plaine, quels autres chantiers sont programmés ?
- C’est, comme je l’ai dit, tout un ensemble de chantiers majeurs en totale corrélation avec ceux projetés plus au Nord. Il y aura, donc, bientôt, la construction de la nouvelle station de pompage de Peri au pied du barrage éponyme. Elle sera l’un des pendants du réseau des équipements récents d’Alzitone et de Tagliu è Isulacciu. L’un de nos objectifs majeurs, c’est bien d’accélérer le transport de volumes plus importants de cette ressource hydrique entre le Nord et le Sud. Ces opérations impliquent la rénovation et l’ajout de plusieurs dizaines de kilomètres de canalisations proprement dimensionnées à cet enjeu. Sans compter tous les aspects d’entretien et de rénovation induits pour remplacer des tronçons vieillissants et vétustes datant souvent de l’époque SOMIVAC. Par ailleurs, sur cette même zone, la station de pompage de Cianfinosa sera réhabilitée et le réseau autour de Ghisunaccia jusqu’au Tavignanu renforcé. N’oublions pas que nous sommes dans l’une des régions à fort enjeu de production agricole. 
 
- Vous évoquez aussi un nouveau barrage ?
- Oui, comme je l’ai précisé, il y a une cohérence dans cette construction patiente. Elle prépare l’adjonction d’un nouveau stockage de 5 millions de m3, une future retenue collinaire à Vadina. Cet ouvrage structurant répondra aux besoins estivaux grandissants en matière d’eau brute sur ce grand secteur. En tout, ce sont donc près de 36 millions € qui seront investis sur la Plaine Orientale Sud. Il apparait essentiel de sécuriser l’alimentation du monde agricole, très dynamique dans cet espace, où l’irrigation de la vigne constitue à présent une donnée primordiale, mais où il convient d’abord d’étendre la surface exploitée à des fins productives. Cela commande évidemment un renforcement de la production et une distribution qui assurent, à terme, l’équilibre, le partage et une bonne répartition de la ressource à destination de tous les abonnés.

Surpresseur de Tagliu.
Surpresseur de Tagliu.
- La plupart de ces travaux sont déjà financés, pourtant vous exprimez des inquiétudes. Pourquoi ?
- L’inquiétude ne porte pas sur les travaux que je viens d’exposer, mais sur les projets postérieurs qui sont déjà techniquement bouclés et, j’insiste sur ce point, tous votés à l’unanimité par l’Assemblée de Corse. À cet égard, l’apport du PEI (Plan exceptionnel d’investissements) est essentiel et apporte quelques éléments de réponse satisfaisants. C’est en ce sens que j’ai dit aux élus et aux agriculteurs réunis à Ghisunaccia que trois points essentiels du phasage d’Acqua Nostra méritaient notre attention et leur soutien. Le premier point se situe carrément au Nord de la Plaine et concerne la mise en place de canalisations partant de la station de pompage de Casamozza vers le surpresseur stratégique de Tagliu è Isulacciu qui favorisera une circulation de l’eau à double sens. C’est essentiel en termes d’augmentation de transfert de volume du Nord vers le Sud pour compenser les besoins éventuels en eau de certains territoires et sécuriser ainsi l’irrigation de dizaines de milieu d’hectares en Plaine Orientale.  
 
- Mais pour les autres, qu’en est-il des décisions du récent COREPA ?
- Le dernier COREPA (Comité régional de programmation des aides) semble répondre favorablement à mes interrogations, notamment pour le dossier qui regarde le Grand Sud, région très vulnérable du point de vue climatique. Il s’agit de la construction d’un grand surpresseur près de Portivechju, à l’instar de celui de Tagliu, pour assurer un transfert plus dense de la ressource entre le barrage de Figari et la côte Est. Là encore, il importe de gérer au mieux un double enjeu, d’abord d’une demande d’eau brute, mais surtout d’eau potable en période estivale, au moment du pic de la saison touristique. Reste une interrogation plus qu’une inquiétude, sur le court terme, qui nous renvoie au cœur du dispositif de la Plaine Sud. Dans le droit fil de la stratégie mise en œuvre sur le fleuve Fium’Orbu, nous espérons compléter l’étude de la phase 3 du Feeder afin d’éviter un malencontreux ralentissement du projet global. En effet, si les travaux de la phase 1 débuteront bien en janvier, ils ne constituent que la première étape d’un aménagement qui sera finalement abouti lorsqu’il arrivera au barrage d’Alzitone. Au bout du bout, c’est, et je le répète volontiers, le besoin impérieux d’un remplissage beaucoup plus rapide de nos réserves basses au cours des périodes hivernale et printanière.
 
- Que craigniez-vous exactement ?
- Rien, si ce n’est le temps qui court ! La Corse s’est engagée dans une course contre la montre, une course à l’aménagement hydraulique qui nous impose d’avancer encore et toujours, sans discontinuer, à cause des incertitudes liées au dérèglement du climat. En fait, la véritable question, pour le Mouvement National aux responsabilités, c’est, forts des choix unanimes de l’Assemblée de Corse, d’amener l’Etat à reconnaitre la pertinence et la légitimité de nos objectifs dans ce domaine comme dans d’autres. Ce rapport à l’Etat doit être sans cesse réaffirmé. Face à une possible incompréhension, mieux vaut guérir que prévenir, et sensibiliser le monde agricole et les élus des territoires concernés. C’est d’ailleurs l’un des buts recherchés lorsque nous visitons les territoires, comme en décembre à Ghisunaccia.
 
- À votre avis, les acteurs locaux ont-ils compris ce message ?
- Incontestablement ! Je les trouve même extrêmement déterminés à accompagner le projet de l’OEHC. Chacun comprend qu’il faut militer collectivement face aux effets de l’injustice climatique. La pédagogie développée depuis des mois par l’Office sur le terrain porte ses fruits. Tous les acteurs ont pris conscience de l’intérêt de ce plan pour garantir l’interconnexion des régions entre elles. Ce qui assurera, à la fois, la sécurisation de l’alimentation en eau sur l’ensemble des exploitations, mais aussi tracera la perspective d’un développement de l’agriculture de production grâce à l’irrigation croissante des espaces stratégiques agricoles (ESA). En conséquence, sans préjuger des plans de financement futurs, les fonds de cette fin de PEI doivent confirmer, en tant que priorité, l’urgence de poursuivre notre autoroute de l’eau. Point n’est plus besoin de rappeler ici, à l’ensemble des décisionnaires concernés, l’importance du plan Acqua Nostra 2050 !

Saveriu Luciani. Photo OEHC.
Saveriu Luciani. Photo OEHC.
- Vos propos semblent illustrer un enjeu beaucoup plus vaste que la plaine Sud, celui de l’aménagement du territoire ?
- Notre aménagement n’est pas un manteau d’Arlequin, en Plaine Orientale Sud comme ailleurs. Il ne peut se résumer à la seule problématique hydraulique. Les aspirations développées dans Acqua Nostra dépassent largement ce défi, certes spécifique, puisqu’à travers ce plan, l’eau écrit le territoire avec sa fonction radiale. Elle est au cœur d’un développement qu’elle conditionne, aussi bien au service de l’agriculture que de l’industrie touristique. Mais j’entends redire que notre stratégie d’un pays à construire s’adresse d’abord au peuple corse, et ce, par l’alimentation en eau potable des communautés, été comme hiver, et en posant fondamentalement les questions de la maitrise du « bien commun » de sa production, de sa distribution et de sa gestion. Beaucoup parlent de « l’eau valeur marchande », très bien ! Je réponds très clairement : « Nous ne sommes pas des vendeurs d’eau ou des poseurs de tuyaux ! », telle l’image héritée de l’histoire ancienne.
 
- Dès lors, à vous écouter, l’OEHC est un office qui n’est plus seulement hydraulique ?
- La question mérite d’être enfin posée ! En effet, « Equipement hydraulique » me parait une expression bien réductrice au regard des objectifs d’Acqua Nostra, surtout si l’on connecte l’OEHC au travail de fond mené par le Comité de Bassin de Corse, que je préside, et plus encore, à l’action efficace de la Mission Eau de notre Collectivité, dont j’assume également la délégation. Qui peut encore croire que l’on va laisser perdurer ce saucissonnage à loisir, et cloisonner ainsi la dynamique de nos institutions dans le domaine de l’eau ! L’OEHC se situe en rupture radicale d’avec l’épisode colonial des années 60 que la Corse a très mal vécu, car subi. Lorsqu’on évoque une nation à construire, il faut inscrire l’enjeu dans un changement de paradigme qui dépasse objectivement les thématiques agricole et hydraulique puisqu’il assure des DSP (Délégations de service public) en matière d’alimentation en eau potable des communautés, en Balagna ou dans le Sud de l’île, et entend même appréhender très vite le domaine de la valorisation énergétique par la Corse elle-même.
 
- Ce sont là plusieurs pistes développées par Acqua Nostra ?
- Très exactement ! Le Conseil Exécutif l’a bien compris, et l’OEHC réfléchit dorénavant à sa part, qui me paraît prépondérante, dans la construction du projet de société. Parce que si cela signifie, bien entendu, de valoriser la ressource hydrique, il nous faudra, sans équivoque, vite franchir le pas, pour être en capacité de produire massivement de l’énergie à partir de nos propres installations. Que ce soit par l’installation de panneaux photovoltaïques sur nos plans d’eau par exemple - une étude est en cours –, voire le turbinage dans les canalisations ou dans les microcentrales, ou encore la réalisation de STEP (Station de transfert d’énergie par pompage) et la production d’hydrogène. Dès lors, on comprend mieux pourquoi je considère que le sigle actuel « OEHC » n’est plus éternel. Ces pistes démontrent l’immense potentiel de notre capacité de production. Avec une feuille de route aussi dense, nous voici placés devant une perspective stratégique insoupçonnée jusqu’il y a peu de temps.
 
- C’est-à-dire ?
- Cela signifie en clair que notre mandature pose enfin, hic et nunc, une réflexion de fond qui veut redéfinir et redéployer de manière fondamentale notre action et nos outils – agences et offices - à horizon des 30 ans à venir. L’avènement de la Collectivité unique n’a pas eu encore le temps de poser cette équation, héritage des divers statuts de la Corse. C’est un pari, autant qu’un chantier d’une toute autre dimension qui s’ouvre, étroitement liés à la montée en puissance de la revendication institutionnelle historique. Une Corse qui prône l’adaptation au changement climatique et s’inscrit dans le mouvement du développement durable, c’est, à mes yeux, une Corse qui, parce qu’elle change, doit reconstruire sans tarder ses propres outils d’émancipation à l’aune des enjeux économique, démographique et climatique.
 
- Vous avez évoqué une coopération avec d’autres pays méditerranéens. De quoi s’agit-il exactement ?
- Elle situe parfaitement la portée de ce que je viens de dire, car elle conforte la vocation méditerranéenne de notre île. Un rapport du Conseil Exécutif est en préparation en ce sens, et sera présenté en début d’année à l’Assemblée de Corse. Comprenons-nous bien : la Corse n’est pas une zone périphérique vouée à ne développer qu’une démographie galopante et incertaine ! Cette vision  postcoloniale nous détourne d’une histoire millénaire qui nous a placés au cœur de la Méditerranée et qu’il faut revisiter à tous les points de vue. Cette Méditerranée est en proie aux effets très significatifs du changement climatique et doit impulser une réflexion de fond commune, de part et d’autre de ses rivages. Si Acqua Nostra 2050 n’a pas encore dépassé les frontières de l’insularité, la Corse doit participer, contribuer, se nourrir et partager les grandes problématiques hydriques, la technologie, la recherche et l’innovation en ligne ou en perspective, avec des pays comme Israël ou le Maroc, avec les îles, en priorité la Sardaigne et les Baléares. Chacun de ces pays mesure l’extrême utilité de la démarche d’écogestes visant à « consommer moins mais consommer mieux », et prône déjà une révolution culturelle et culturale. Ce sera, là encore en 2021, le début d’une autre route, entre Acqua Nostra et Mare Nostrum, que le Peuple Corse, avec d’autres, a l’impérieux devoir d’imaginer et de construire.    
 
Propos recueillis par Nicole MARI.

L'équipe de l'OEHC à la présentation d'Acqua Nostra à la session de l'Assemblée de Corse en juillet 2020 à Aiacciu. Photo OEHC.
L'équipe de l'OEHC à la présentation d'Acqua Nostra à la session de l'Assemblée de Corse en juillet 2020 à Aiacciu. Photo OEHC.




















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