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Langue corse : La chasse au coq gaulois


Rédigé par J Chiorboli le Dimanche 2 Septembre 2012 à 01:59 | Modifié le Samedi 27 Octobre 2012 - 02:01


Certains États ont recours à des dispositifs législatifs pour limiter le nombre d'emprunts aux langues étrangères. C'est le cas de la France qui a promulgué la loi Toubon (en 1994), dont l'efficacité s'est révélée assez faible. Ainsi, par exemple, le mot "vacancelle" qui a été proposé pour remplacer le mot "week-end", ne semble pas très employé. La Corse n'est pas (encore?) un État, et il n'existe pas (encore?) de terminologie officielle corse qui proposerait des termes plus adaptés pour remplacer certains gallicismes comme aviò ("avion").


Langue corse : La chasse au coq gaulois

Bien sûr il y a eu (et il y aura) des tentatives visant à introduire des néologismes (pas toujours déclarés comme tels). Certaines ont réussi et font aujourd'hui partie de la langue corse usuelle (on oublie alors qu'il s'agit de mots inventés de toutes pièces), mais on se souvient surtout des échecs (personne n'emploie spichjafonu pour "télévision").

Nous sommes ici dans le domaine du lexique, très exposé à l'influence des langues dominantes, aujourd'hui le français, hier le toscan. Et donc ce sont les "gallicismes" qui sont l'objet de critiques les plus virulentes. Depuis toujours les mots voyagent, de même que les populations ("nous sommes tous des immigrés; seule notre date d'arrivée change" disait un ancien ministre). Mais même si on sait que dans la langue (toutes les langues) tout est emprunt, ce sont les "invasions" récentes qui sont les moins supportables.

Haro sur le français

Parmi les activités les plus populaires, il y a la chasse au gallicisme. Il suffit de parcourir les divers forums:

"I Gallicismi: Salute a tutti [...] Facciu stu suggettu abbastanza impurtante per mè, e per tutti quelli (pensu) chi volenu amparà un Corsu "veru", per parlà d'una manera schietta. Oghje u francese è assai rientratu ind'a lingua Corsa, dapertuttu si sente parolle francese cursizate o ancu peghju, in francese stessu "http://appuntamentu-corsu.forums-actifs.net/t446-i-gallicismi )

Il est évident que le corse est truffé de gallicismes ou d'italianismes plus ou moins récents. Ces derniers cependant sont rarement relevés; notamment parce qu'aujourd'hui en Corse l'italien n'est plus qu'un "écho" comme a observé une linguiste italienne (Nesi). La langue des (rares) conférences de la "società Dante Alighieri à Bastia" est toujours le français (Marchetti, A viva voce)

Contrairement à l'italien, le français est connu de tous les Corses: c'est donc le "francisume" qui cristallise toutes les indignations. Même si la solution ne consiste pas toujours à se tourner vers l'italien:

"de peur de nous noyer dans la Seine faut-il que nous nous jetions dans l'Arno et le Tibre?" (De Zerbi 1992).

Revenons à la langue corse. Dans le domaine qui nous intéresse, celui des influences linguistiques (les langues pures n'existent pas plus que les races pures), une des difficultés consiste à caractériser les divers éléments de l'usage (oral et écrit). Depuis quand tel mot est-il employé en corse, s'agit-il d'un emprunt au français, à l'italien, ou d'un vocable appartenant au "latin de corse"? Entre parenthèses on notera que, selon le cas, la "découverte" sera plus ou moins bien accueillie, en fonction des diverses orientations idéologiques.

Une question concrète: l'emploi de "QUALCHÌ" en corse
Je voudrais évoquer ici une question de grammaire corse concernant les règles d'emploi de QUALCHÌ ("quelques") en corse. QUALCHÌ peut-il être suivi d'un pluriel?

 Par exemple:

"Qualchì mesi fà, avemu lampatu sta chjama" (www.apiazzetta.com/ )

• L'article (Estate 2008 : rancichi, avà ci vole à pagà !) provoque une réaction immédiate, non pas sur le fond mais sur la forme:

Attenti: "qualchì mesi fà": qualchì hè seguitatu da un singulare; unipochi di mesi fà pare più "currettu"

Le même sujet a fait naître une discussion dans un autre forum (www.forucorsu.com/t757-Qualchi-favule.htm ) où un commentaire va dans la même direction:

Eiu aghju sempre capitu chì dopu à "qualchì" ci vole à mette u singulare, "qualchì favula".
Avant d'approfondir la question dans notre prochaine rubrique, il serait bon que les lecteurs de Corse Net Infos s'expriment sur le sujet. A moins que ce type de discussion ne soit jugé trop futile en ces temps de crise…





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