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Jean-Christophe Angelini : « Nous avons ouvert le dialogue avec Georges Mela. Il est trop tôt pour dire s’il débouchera »


Nicole Mari le Mercredi 2 Octobre 2019 à 21:46

Candidat à Portivechju pour les élections municipales de mars 2020, le leader du PNC, conseiller exécutif et président de l’ADEC, Jean-Christophe Angelini, mènera, avec Michel Giraschi de Corsica Libera, une liste d’ouverture. Son appel à l’union de la majorité territoriale n’ayant pas été entendu, il règle ses comptes avec Femu a Corsica dont il accuse les leaders de stratégie hégémonique. Il s’exprime sur la candidature de Don-Mathieu Santini soutenu par Femu, et n’exclut pas une alliance avec le maire actuel, d’obédience de droite, Georges Mela. Il confirme même, à Corse Net Infos, que des discussions ont eu lieu et en explique le contexte.




Jean-Christophe Angelini, leader du PNC, conseiller exécutif à la Collectivité de Corse et président de l’ADEC (Agence de développement économique de la Corse), est candidat à Portivechju pour les élections municipales de mars 2020. Photo Michel Luccioni.
Jean-Christophe Angelini, leader du PNC, conseiller exécutif à la Collectivité de Corse et président de l’ADEC (Agence de développement économique de la Corse), est candidat à Portivechju pour les élections municipales de mars 2020. Photo Michel Luccioni.
- Vous présentez-vous comme le candidat de l’union PNC - Corsica Libera ?
- Je suis candidat dans le cadre d’un large rassemblement qui inclut le PNC, Corsica Libera et va au-delà. Je suis candidat aux Municipales depuis 2001. J’ai créé, à l’époque, un groupement d’action municipale (GAM) pour rassembler au-delà des mouvements nationalistes. Je l’ai pérennisé et élargi en 2008 où nous avons manqué de 200 voix à peine la victoire au 2nd tour en agrégeant des éléments de gauche et du Centre droit qui avaient quitté Denis de Rocca Serra. En 2014, j’ai encore élargi considérablement avec une offre plurielle dès le 1er tour. Donc, aujourd’hui, conformément à ce qu’il s’est passé depuis 2014 – l’arrêt de la violence, l’accession des Nationalistes aux responsabilités, l’élection de trois députés en juin 2017 et la gestion de la Collectivité unie par une majorité absolue – , je continue dans la même voie, sans rien renier de mes engagements locaux et généraux depuis plus de 20 ans. Je conserve ma volonté d’ouverture, qui a été ma marque de fabrique, et le souci de l’union avec une démarche autour de Michel Giraschi et de beaucoup d’autres que soutiennent notamment le député Paul-André Colombani et de très nombreux acteurs locaux.
 
- Il manque un partenaire Femu a Corsica. Négociez-vous toujours ou la rupture est-elle consommée ?
- Il ne faut pas faire de langue de bois ! Je continue d’espérer une union, au moins dans les grandes villes que sont Bastia, Aiacciu, Portivechju et Corti, tout en constatant qu’elle aura le plus grand mal à intervenir. Femu a Corsica entend continuer dans sa stratégie des primaires et imposer des offres différentes, dès le 1er tour, dans ces villes, voir dans d’autres. C’est une erreur grave au plan politique ! Les Municipales sont les élections où l’on a le moins intérêt à être divisés. Nous ne l’avons été, ni aux Législatives, ni aux Territoriales, alors que nous aurions pu décider de converger au 2nd tour comme en 2015. Je ne comprends pas pourquoi on veut le faire aux Municipales ! Ceci étant dit, j’en prends acte, mais qu’on ne dise pas que c’est au nom d’une vision différente qui consiste à opposer ceux qui seraient pour des listes de la majorité territoriale à ceux qui seraient pour une large ouverture !
 
- N’est-ce pas le cas ?
- Non ! J’ai mis l’ouverture en œuvre avant beaucoup de ceux qui, aujourd’hui, la revendiquent. Et je pensais – à tort manifestement – que l’ouverture n’était pas incompatible avec l’union de la majorité. On sait que les Municipales obéissent à une sociologie particulière qui repose davantage sur les gens qui s’engagent et sur les projets que sur les étiquettes ou les partis. Je proposais que les trois composantes de la majorité soient unies partout, principalement dans les grandes villes, mais sur des contrats municipaux et communautaires très ouverts. Cela n’a pas été le cas. Encore une fois, j’en prends acte, mais de grâce, sur des bases de vérité ! Pas des bases mensongères qui consisteraient à opposer les tenants de l’union aux tenants de l’ouverture. On aurait très bien pu concilier les deux ! Je ne désespère pas que nous y arrivions au 2nd tour.

Jean-Christophe Angelini et Gilles Simeoni au temps de l'unon. Photo Michel Luccioni.
Jean-Christophe Angelini et Gilles Simeoni au temps de l'unon. Photo Michel Luccioni.
- Continuez-vous quand même de discuter ensemble ?
- Tant que nous n’avons pas obtenu de réponse définitive, nous pouvons considérer qu’il existe encore des marges de manœuvre. Mais elles sont très faibles, compte tenu du fait que nous sommes en octobre, que le 1er tour aura lieu dans moins de six mois et que Femu, à maintes reprises, a affirmé vouloir partir aux Municipales dans cette configuration. Cela ne remet rien en cause de ce que nous faisons au cœur des institutions de la Corse. Cela ne remet pas en cause l’accord Pè a Corsica. Cela ne dégrade pas la loyauté que nous nous devons les uns aux autres. Mais cela ne sera pas sans conséquence.
 
- Cela crée des tensions vives au sein de la majorité ?
- Oui ! Cela crée inévitablement une ambiance générale et des tensions qui inquiètent. De très nombreux Nationalistes et, au-delà, de très nombreux Corses me disent : « Que faites-vous ? Que se passe-t-il ? Pourquoi l’union, qui nous a permis de gagner en 2015 et de confirmer en 2017, est-elle aujourd’hui abandonnée ? Qu’est-ce qui, dans l’intervalle, a pu se passer pour que vous en arriviez là ? ». J’avoue ne pas toujours savoir expliquer pourquoi. Mais il ne faut pas non plus dramatiser, ni exagérer la portée politique de ces tensions. Toutes les majorités en connaissent. La nôtre n’échappe pas à la règle. Je le regrette. Nous devons dépasser les tensions par l’intelligence et le dialogue. Mais, j’alerte les Nationalistes - élu, dirigeant, militant - : le problème n’est pas d’avoir des stratégies différentes, ni d’être opposés au 1er tour des Municipales - même si c’est une faute -, mais que telle composante ait une stratégie d’hégémonie qui consiste à vouloir écraser l’autre. Cela ne peut pas fonctionner ! Cela a même été source de trouble et de conflits au sein du mouvement national. Il faut renoncer immédiatement à pareille velléité !
 
- Etes-vous en train de dire que Femu a une stratégie hégémonique ?
- Non ! Je dis simplement que certains propos ou certaines attitudes donnent à penser que c’est le cas. Il n’y a rien d’irréversible. Le temps est encore au dialogue et le sera, j’espère, longtemps. Mais soyons prudents ! On sait d’expérience que lorsqu’une tendance politique cherche, non à s’opposer, mais à isoler ou à marginaliser une autre tendance, c’est, dans une microsociété comme la nôtre, au plan humain avant de l’être au plan politique, un élément de trouble. Ne tombons pas dans ces travers ! Nous les avons assez dénoncés.
 
- Prenez-vous la candidature de Don-Mathieu Santini comme une opération dirigée contre vous, une volonté de vous isoler ?
- Pas du tout ! Ce n’est pas possible ! A Portivechju, avec Michel, Paul-André et beaucoup d’autres, nous bénéficions d’un ancrage connu et que nous avons à cœur de démontrer. Je pense que ce qui motive la candidature de Don-Mathieu Santini, c’est peut-être la crainte d’une union entre la majorité municipale actuelle et l’opposition plus qu’une volonté de dissidence. Cette rumeur, qui court depuis des mois, détermine des positionnements. Je lui en ai déjà parlé. Nous en reparlerons prochainement. Même si des militants de Femu soutiennent localement sa candidature, je ne pense pas qu’elle soit dirigée contre nous. Je ne veux pas croire que mes partenaires en soient arrivés là ! J’espère que le dialogue prévaudra et que la raison l’emportera. L’équation est simple : quand nous avons été unis, nous avons tout gagné, y compris à Portivecchju. Quand nous avons été divisés, nous avons tout perdus !

Georges Mela, maire de Portivechju.
Georges Mela, maire de Portivechju.
- Justement, cette rumeur d’union avec Georges Mela est-elle vraie ou fausse ?
- A en croire certains, l’union serait scellée, les postes distribués et l’ensemble des dispositions arrêtées. Il n’y a rien de plus faux ! Qu’y a-t-il de vrai ? Deux ou trois rencontres ont eu lieu entre Michel, le maire actuel et moi-même. Nous avons débattu, non des places qui n’ont que peu d’intérêt, mais de la vision que nous pouvons construire pour Portivechju. Dans quel contexte ? Nous avons été sollicités par des acteurs importants de la société civile et du monde économique qui nous ont dit : « L’Extrême-Sud est en voie de déclassement. La commande publique, l’effort infrastructurel de la collectivité, le désengagement de l’Etat… nous obligent à réagir parce que nous risquons d’être écartelés ou pris en étau entre une CAB (Communauté d’agglomération de Bastia) et une CAPA (Communauté d’agglomération du pays ajaccien) à 100 000 habitants chacune. Si nous sommes divisés et en conflit, que pouvons-nous faire ? ». Nous avons entendu cet appel et nous avons dialogué.
 
- Cette union est-elle, pour vous, envisageable ?
- Nous avons construit à Paris un groupe commun avec Charles-Amédée De Courson. Partout en Corse, pour les Municipales, des discussions s’organisent et des majorités potentielles se construisent. On ne peut quand même pas nous reprocher à Portivechju de discuter aujourd’hui avec Georges Mela ! Donc, nous avons ouvert le dialogue. Il est trop tôt pour dire s’il débouchera sur un projet ou une plateforme commune. Nous discutons avec des Portovecchiais qui considèrent que notre accession aux responsabilités et notre gestion de la Collectivité unie nous donnent des prérogatives politiques et morales supplémentaires. Cela ne vaut pas quitus, ni liste commune, mais ce dialogue nous permet d’envisager une perspective d’apaisement.
 
- S’agira-t-il d’une perspective de regroupement ?
- Nous le dirons dans quelques jours. Dès que le débat sur le projet aura été vidé. On ne peut pas aujourd’hui préjuger de l’issue, mais une chose est certaine : nous répondons à cet appel du monde économique et de la société civile. Nous entendons ces Portovecchiais qui nous demandent de trouver les moyens d’une convergence pour notre commune et notre territoire. La réponse n’est pas le marchandage ou la distribution des places, mais la construction d’un projet qui soit en cohérence avec notre action à la région et avec nos engagements locaux, réitérés depuis des décennies. Il n’y aura jamais, ni de ma part, ni de Michel, de reniement ou de trahison. Il y aura peut-être une évolution, mais qui sera conforme à ce que nous sommes : des Nationalistes convaincus que le salut de leur territoire, autant que de leur pays passe, non par le repli, mais par le dialogue et l’ouverture.

Jean-Christophe Angelini et Michel Giraschi.
Jean-Christophe Angelini et Michel Giraschi.
- Le face à face droite/ nationaliste a été dur à Portivechju. Ne craigniez-vous pas la réaction de vos militants, comme Georges Mela, celle d’une partie de la droite ?
- Nous pouvons craindre, l’un et l’autre, une forme d’incompréhension. Mais, à ce stade, nous ne nous sommes pas encore expliqués parce que nous continuons à débattre. Au moment où je parle, aucun accord n’est intervenu. Pour le reste, je rappelle que l’essentiel du face à face a concerné Camille de Rocca Serra et moi-même. J’ai affronté Georges Mela à deux reprises aux Municipales, cela a été tendu, mais jamais au point de nous opposer définitivement. La mandature 2014-2020 a été, dès son entame et jusqu’à aujourd’hui, plutôt constructive, alors même que nous n’envisagions à aucun moment de discuter ensemble pour les Municipales. Mais dans l’intérêt de Portivechju, étant au Conseil exécutif, soutien des députés et président de l’ADEC, je ne pouvais pas m’opposer par principe au maire de ma ville. Donc, nous avons spontanément trouvé un terrain d’entente pour notre commune. Camille de Rocca Serra était porteur d’une vision totalement différente.
 
- C’est-à-dire ?
- Une vision plus idéologique, ultra libérale, très alignée sur celle des Républicains et qui est de moins en moins partagée dans l’Extrême-Sud, notamment depuis son échec aux Législatives. Cela n’a jamais été le cas de Georges Mela qui, en début de mandature, à la demande de Sulidarità, a fait voté une délibération sur le rapprochement des prisonniers politiques et l’amnistie. Il a, à maintes reprises, pris des positions assez ouvertes sur un certain nombre de sujets. Il reste porteur d’une vision qui n’est pas la nôtre, mais dont on peut débattre. Si les conditions ne sont pas aujourd’hui réunies pour parler d’un accord, elles sont réunies pour envisager un dialogue.
 
- Avez-vous, avec Georges Mela, une vision commune de la ville ?
- C’est encore tôt pour le dire ! Il va de soi que nous partons de loin. Sur des sujets cruciaux pour les Portovecchiais - le PLU, l’extension du port de plaisance, le devenir des infrastructures, la politique touristique, la gestion de l’intercommunalité -, nous avons historiquement des différences très importantes. Nous essayerons de discuter avec beaucoup de sincérité pour approcher nos points de vue. Je ne peux pas dire que ce sera à 100 % le cas, mais cela me paraît, d’un point de vue strictement démocratique, une avancée importante.
 
- Cela veut-il dire que l’essentiel, pour vous, n’est plus forcément de gagner, mais d’intégrer la gestion de la ville ?
- Non ! Je ne me situe en aucun cas dans cette perspective ! Dès 2001, Camille de Rocca Serra nous avait proposé d’intégrer la gestion municipale, nous avions refusé parce que nous estimions que le désaccord sur le projet était trop important. D’autres contacts ont eu lieu au début de la décennie 2010. Après la création de Femu, nous avons débattu, y compris avec Georges Mela. Le dialogue n’est, donc, pas nouveau en son principe, il change juste de proportion. Nous ne voulons pas intégrer l’équipe actuelle. Portivechju a besoin d’une équipe nouvelle qui ne soit pas construite sur les cendres de l’actuelle, pas plus que sur celles de l’opposition. L’idée est de bâtir un nouveau contrat politique et social qui intègre des gens nouveaux que la perspective d’un affrontement entre deux blocs éloignent peut-être d’un engagement citoyen. Nous essayons d’intégrer dans le strict respect de nos fondamentaux et d’une vision à construire, équilibrée et respectueuse. Je pars du principe que personne n’a raison contre le reste du monde et que la politique, comme la vie d’ailleurs, est faite de compromis et de concessions respectives. C’est mon identité politique. Je ne vais pas en changer en cours de route !
 
- Cette union se ferait au 1er ou au 2nd tour ?
- Honnêtement, nous n’en avons même pas parlé ! Nous ne sommes pas dans des questions de liste ou de candidature, mais dans des questions de projet. Y-a-t-il une plateforme possible pour rassembler trois Portovecchiais sur quatre ? Je ne sais pas ! On y travaille. Allons-nous y arriver ? Peut-être ! Mais, quand j’entends dire que tout est réglé avec des caricatures, pour ne pas dire des mensonges sur fond d’AOT ou d’intérêts particuliers, je me pince ! A Portivechju, nous avons cultivé une opposition féroce pendant 20 ans. Depuis que nous sommes aux responsabilités à la région, nous avons réajusté le tir. Toute la Corse discute. On assiste à des combinaisons beaucoup plus improbables que celle qui pourrait se dessiner dans l’Extrême-Sud ! Peu importe les critiques ! Elles ne sont pas fondées dès lors que mon engagement et celui de mes amis sont sincères et désintéressés. C’est le cas ! J’assume ma volonté de dialoguer.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.



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