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« Dans dix ans, il sera trop tard » : Des maires corses veulent unir leurs forces pour enfin obtenir des avancées sur le statut de résident


le Lundi 7 Septembre 2026 à 19:37

Quelques jours après le lancement d'une pétition pour réclamer la mise en place d'un statut de résident, plusieurs maires corses veulent désormais élargir la mobilisation. Alors que 34 communes ont déjà délibéré en ce sens, ils appellent élus et citoyens à se retrouver samedi à Corte pour constituer une association et tenter de faire avancer concrètement cette revendication, dont le principe avait déjà été adopté par l’Assemblée de Corse il y a plus d’une décennie.



« Dans dix ans, ou même cinq, je pense qu'il sera trop tard ». Pour Alain Nebbia, le temps presse. Face à la spéculation immobilière et l'envolée des prix de l’immobilier et des loyers qui en découlent et qui rendent l'accès au logement de plus en plus difficile pour les personnes qui vivent à l'année en Corse, le maire de Lopigna estime qu'il est désormais de la responsabilité des élus de tenter de trouver des solutions.
 
La semaine dernière, avec Marcel Torracinta, maire de Santa-Reparata-di-Balagna, il avait déjà lancé une pétition afin de réclamer la mise en place d'un statut de résident, tout en adressant un courrier à l'ensemble des maires de l'île pour les inviter à rejoindre la démarche. Depuis plusieurs mois, celle-ci gagne en effet du terrain dans les conseils municipaux. D’Osani à Coggia, en passant par Grossa, Luri, Eccica Suarella, Tox, Canari ou encore Sainte-Lucie-de-Tallano, les conseils municipaux de 34 communes corses ont désormais adopté une délibération en faveur d'un statut de résident. D'autres devraient encore suivre dans les prochaines semaines. Or cette démarche qui vise à réserver l'accès à la propriété aux personnes vivant en Corse depuis plus de cinq ans, et qui s'inscrit dans le prolongement de la délibération adoptée par l'Assemblée de Corse en 2014, se heurte pour l'heure au droit en vigueur. Plusieurs des textes votés ces derniers mois ont ainsi été contestés par les services de l'État et déférés devant le tribunal administratif.
 
Une commune connaît toutefois un sort différent. À Alzi, une délibération a en effet adoptée il y a plusieurs années sans qu’elle n’ait été contestée par l’État à ce jour. « Alzi est passée entre les mailles du filet », relève Alain Nebbia en notant une formulation plus souple dans la rédaction de la délibération qui aurait permis à la commune de passer sous les radars. Une situation dont se sont inspirés d’autres élus partout en Corse, même si le maire de Lopigna reconnaît qu'elle ne saurait faire jurisprudence et que les délibérations adoptées ailleurs restent susceptibles d'être déférées par le préfet. 
 
Une association pour soutenir les communes 
 
Mais alors que les recours de l’État se multiplient, certains maires ont décidé de ne plus avancer chacun de leur côté et d’unir leurs forces. Ce lundi matin à Ajaccio, aux côtés du maire de Lopigna, François Alfonsi, et Mathieu Ceccaldi, respectivement maires d’Osani de Marignana, ont ainsi appelé élus et citoyens à se retrouver samedi à 10 heures sur le campus Mariani à Corte afin de constituer une association. Celle-ci aura d'abord vocation à soutenir les communes déférées devant la juridiction administrative et à mutualiser leur défense. « Il n'y aura qu'un seul interlocuteur qui représentera toutes les communes », explique Alain Nebbia. Mais l'ambition est surtout de porter la réflexion beaucoup plus loin. « On ne se soumettra pas à une décision d'un simple tribunal administratif. L'enjeu, c'est de faire en sorte que cette revendication aboutisse », insiste-t-il. Car derrière la multiplication de ces délibérations, les élus disent avant tout vouloir apporter une réponse à une situation foncière et immobilière qu'ils jugent de plus en plus préoccupante. « Le foncier a pris des proportions sans aucune mesure et, de ce fait, les loyers augmentent. Si bien que les gens d'ici n'ont plus accès au logement, n'ont plus accès à l'espoir de construire quelque chose », déplore Alain Nebbia en posant : « Il nous semble donc que c'est de notre responsabilité, d'abord en tant qu'élus, de poser le problème et d'essayer de trouver une solution au niveau du foncier ». 
 
De son côté, François Alfonsi rappelle que la revendication est loin d'être nouvelle et que, dès 2014, l'Assemblée de Corse avait adopté une délibération proposant d'instaurer un statut de résident conditionné à cinq années de résidence principale dans l'île, alors même que les nationalistes n'étaient pas encore aux responsabilités. Ainsi, si le statut de résident est historiquement l'une des revendications du mouvement national, les trois maires insistent aujourd'hui sur la nécessité de faire sortir le sujet de ce seul cadre politique. Ils assurent d’ailleurs que tous les élus municipaux qui ont rejoint la démarche actuelle ne sont pas issus de cette famille politique.
 
Une démarche qui se veut transpartisane
 
« C'est une démarche transpartisane et je pense que c'est une cause qui doit être partagée par tout le monde », pose Alain Nebbia. Dans ce droit fil, le maire d'Osani souligne que la multiplication des délibérations communales doit justement permettre de montrer que la revendication ne vient plus seulement des formations politiques, mais d'élus directement confrontés aux difficultés de logement sur leur territoire« Il faut que les gens comprennent que c'est une demande de la base. C'est une demande concrète d'élus qui sont confrontés à des problèmes », explique-t-il.  « La vérité, c'est qu'il faut que nos résidents puissent vivre », appuie François Alfonsi, en prenant notamment l'exemple d'un employé communal dont le salaire est identique à celui de son homologue sur le continent, mais qui doit faire face à des loyers de plus en plus importants. « Avec sa faible paie, s'il doit payer des loyers qui sont de plus en plus importants, il ne peut pas vivre ».  À ce titre, aux yeux de ces trois maires du rural, les conséquences de cette pression foncière dépassent largement la seule accession à la propriété, car au-delà de compliquer l'installation des jeunes actifs, elle restreint aussi la possibilité pour les communes de maintenir des services et une population permanente dans les villages. À cela vient en outre s'ajouter le développement de la location saisonnière qui soustrait des logements au marché locatif classique pendant une partie de l'année, avec des répercussions qui se font sentir jusque sur les commerces et les services. Pour les élus, la priorité est donc de redonner une marge de manœuvre aux personnes qui vivent à l'année dans l'île. « Il faut protéger la capacité d'accès au marché immobilier afin qu'elles puissent se loger sans payer les prix exorbitants que la spéculation touristique génère », insiste François Alfonsi. 
 
 
Un statut encore à construire
 
Les élus ne cachent toutefois pas que le dispositif qu'ils défendent doit encore être précisé pour pouvoir dépasser le stade des délibérations de principe. C'est même l'une des raisons pour lesquelles ils souhaitent désormais se structurer. La future association ne sera donc pas uniquement chargée d'organiser une défense commune devant le tribunal administratif, mais devra également permettre de réunir les compétences nécessaires pour travailler sur le fond du dispositif. « Il faut s'entourer des compétences d’avocats, notaires, constitutionnalistes, … pour élaborer une vraie solution au niveau du foncier », détaille Alain Nebbia. Les élus entendent notamment s’appuyer sur l’exemple de dispositifs déjà existants en Polynésie française ou en Europe pour nourrir leur réflexion. Mais leur volonté est surtout de parvenir à faire émerger une réponse adaptée à la Corse et portée depuis les communes. « Il faut trouver une solution grâce à une démarche qui vienne du terrain », résument-ils. 
 
À travers la création de cette association, les maires espèrent désormais donner davantage de poids à une mobilisation jusqu'ici dispersée. La pétition lancée la semaine dernière doit elle aussi permettre d'associer directement la population à la démarche et de montrer, au-delà du nombre de communes engagées, qu'une demande existe dans la société. « Il faut que tous les gens se sentent concernés », insiste Alain Nebbia. Car pour les élus, cette mobilisation populaire doit aussi leur apporter la légitimité nécessaire pour continuer à porter le sujet. « C'est tout aussi important que des maires qui essayent d'unir leurs forces, parce que sans les suffrages des uns et des autres, ça n'aura pas de légitimité ». Samedi, à Corte, ils espèrent donc voir se retrouver des maires ayant déjà délibéré, d'autres qui envisagent de le faire, mais aussi de simples citoyens. « Plus nous serons nombreux, plus ce sera un succès », lance le maire de Lopigna avant de conclure : « J'espère que les gens prendront conscience que le problème est beaucoup plus grave que ce que l'on croit ».