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Affaire Pierre Alessandri : L’Assemblée de Corse fait bloc et lève la séance pour protester contre la décision de justice


Nicole Mari le Jeudi 29 Septembre 2022 à 20:40

L’Assemblée de Corse a pris, jeudi soir, la décision de clore prématurément la session de septembre, qui devait se dérouler, sur deux jours, aprè l’annonce du refus de la semi-liberté conditionnelle de Pierre Alessandri. La nouvelle a causé une émotion générale sur tous les bancs de l’hémicycle, et c’est à l’unanimité que tous les groupes ont pris une position commune de protestation, estimant que cela remet en cause le processus de discussions en cours avec Paris.



L’Assemblée de Corse avant la levée de séance. Photo CNI.
L’Assemblée de Corse avant la levée de séance. Photo CNI.
« La séance est levée ». La présidente de l’Assemblée de Corse, Nanette Maupertuis, a clos ainsi un après-midi d’attente après la vague d’émotion et de colère qui a secoué tous les bancs de l’hémicycle suite à l’annonce du refus de la énième demande de liberté conditionnelle de Pierre Alessandri. Après une conférence des présidents qui aura duré un peu plus d’une heure, les élus ont regagné l’hémicycle pour la lecture d’une déclaration commune avec le Conseil exécutif, lue solennellement par la présidente Maupertuis. Une déclaration brève, concise, forte, qui condamne le jugement rendu et demande au gouvernement de réagir rapidement.

Le communiqué commun de la Conférence des présidents de l’Assemblée de Corse


Un processus troublé

La déclaration lue, les élus quittent l’hémicycle. Les réactions sont unanimes.« La Conférence des présidents a pris la décision de mettre un terme à la session en cours parce que nous avons tous été indignés par la décision qui a été prise. Une décision lourde de signification qui fait peser une hypothèque forte sur le processus en cours. Il paraissait quand même complètement incohérent et peu acceptable de continuer à examiner des dossiers de gestion courante alors même qu’une décision est à nouveau appliquée à l’endroit de Pierre Alessandri. Une décision totalement injuste. Je rappelle que Pierre Alessandri a effectué sa peine, qu’il formule une demande de semi-liberté qui ne lui a pas été accordée. Cela jette le trouble sur le processus engagé avec l’Etat. Au-delà des modèles économiques et des questions de transfert de compétences, ce processus doit absolument reposer sur un processus de paix et pour cela, il faut qu’à un moment donné, sans rien oublier, la page soit tournée et surtout que la justice s’applique comme il se doit. Nous attendons du gouvernement qu’il éclaircisse le jeu, que l’on connaisse sa position vis-à-vis de la décision qui a été prise, et puis, nous verrons comment les choses vont se passer », déclare la présidente Maupertuis.

 

Des conditions non réunies

 « L’indignation, quand au sort d’un homme, n’a pas de camp, elle est partagée de façon unanime sur tous les bancs de l’assemblée. S’il est toujours difficile de commenter une décision de justice, c’est la motivation du juge qui est particulièrement choquante. Motiver une décision en disant qu’en libérant cet homme, il y a une menace à l’ordre public, c’est choquant ! On sait très bien ici que c’est précisément en ne le libérant pas qu’il y aura trouble, et hélas, les faits vont nous donner raison. Enfin, le processus, qui est en cours, ne peut se dérouler dans de bonnes conditions que s’il y a des conditions d’apaisement. Avec une telle décision de justice, les conditions d’apaisement ne sont pas réunies. Quand on discute en bonne intelligence, il faut discuter dans un environnement serein et apaisé. Cette séquence vient troubler et contrevient à l’esprit qui a prévalu jusqu’à maintenant et qui était plutôt un esprit pacifié. Si on monte à Paris avec un climat insurrectionnel en Corse, ça ne peut pas fonctionner », commente Jean-Martin Mondoloni, co-président du groupe de droite U Soffiu Novu. 

 

« Aucun processus de sortir de conflit au monde n’a pu se dérouler, mieux encore se conclure, sans que la question des prisonniers politiques ait été abordée. Nulle part ! On sait tous que cette question-là, qu’on le veuille ou pas, conditionne, pour partie, le déroulement du processus et sa conclusion. Donc, la décision unanime de l’Assemblée est fondée, légitime et logique », réagit Jean-Christophe Angelini. Le leader du PNC-Avanzemu estime qu’il est trop tôt pour décider de la suite des événements : « la décision d’aujourd’hui crée un trouble majeur au sein de l’opinion, du mouvement national et à l’unanimité des composantes de l’assemblée de Corse. Je crois qu’il faut d’abord manifester notre soutien à Pierre Alessandri et à sa famille, penser à Alain Ferrandi et à tous les siens, continuer à demander vérité et justice dans le cadre de l’affaire du regretté Yvan Colonna, et bien sûr, politiquement prendre le temps de nous réunir de nouveau au cours des prochaines heures et d’aviser sereinement ». 

 

L’appel au gouvernement

« C’est une situation préoccupante et qui a été appréciée comme telle par l’Assemblée de Corse à l’unanimité. Cette décision est incompréhensible, elle est injuste aussi bien dans son principe que dans sa motivation, elle est contraire à la lettre et à l’esprit du processus du dialogue engagé. La balle est dans le camp du gouvernement et c’est à lui d’avoir les mots et les actes qui permettront de recréer la confiance et les conditions d’un dialogue serein que nous continuons à souhaiter », explique le président de l’Exécutif, Gilles Simeoni, au micro de CNI :


« Les termes de la déclaration solennelle, portée par la Conférence des présidents, sont clairs : nous demandons au gouvernement d’avoir une parole politique et des actes qui permettent de créer les fond d’un dialogue apaisé et serein, les conditions de poursuite dans un climat de confiance réciproque, le processus engagé. La décision d’aujourd’hui, en son principe et en sa motivation, est totalement contraire à l’esprit du processus. Cela crée une situation inquiétante et qu’il appartient désormais au gouvernement de dénouer. Au-delà de cette décision et en son motif incompréhensible, la motivation l’est tout autant puisque les juges disent, et c’est pratiquement leur seule motivation, que la libération de Pierre Alessandri constituerait un trouble à l’ordre public, or l’Assemblée de Corse, comme le Conseil exécutif considère que c’est précisément leur maintien en détention après 23 années de détention qui constitue un trouble à l’ordre public qu’il est susceptible d’alimenter », précise Gilles Simeoni.

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, sont attendus en Corse, la semaine prochaine, les 6 et 7 octobre. Une visite, dont la forme suscite déjà le mécontentent de certains maires, et qui s’annonce désormais houleuse, si d’aventure, elle est maintenue. Le gouvernement va-t-il dénoué la situation, en a-t-il la volonté ou les moyens ? Difficile de le dire aujourd’hui, ce qui est certain, c’est que le processus de discussion entre dans une impasse, ce qui devrait au moins en réjouir ces opposants. Dans l’île, ce jeudi soir, la tension monte. Et l’on peut se demander, à Paris, comme dans l’île, qui a intérêt à jouer le feu ?
 
N.M.