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Marc Muselli : « Il faut repenser le modèle de l’université de Corse avec un mot-clé : l’attractivité »


Nicole Mari le Jeudi 21 Novembre 2019 à 22:00

En janvier, aura lieu l’élection pour la présidence de l’Université de Corse. Le président sortant, Paul Romani, ne se représentant pas, trois candidats sont en lice, dont le vice-président de la Commission recherche de l’université, Marc Muselli. Ce professeur de physique énergétique, dont le laboratoire de recherche est basé à Ajaccio, travaille sur la production et le stockage de l’énergie à partir des sources renouvelables d’énergie. Entouré de nombreux soutiens, il présentait, jeudi après-midi à Corte, son projet et sa vision. Il, explique à Corse Net Infos, qu’il faut repenser le modèle de l’université de Corse qui ne permet plus de répondre aux enjeux de demain. Il défend un nouveau modèle basé sur l’internationalisation, la spécialisation, la création de diplômes à double compétence, et la recherche. Avec un mot-clé : l’attractivité. Et un enjeu : la transformation de la société corse.



Marc Muselli, chercheur, professeur de physique énergétique, vice-président de la Commission recherche de l’université, et candidat à la présidence de l’université de Corse.
Marc Muselli, chercheur, professeur de physique énergétique, vice-président de la Commission recherche de l’université, et candidat à la présidence de l’université de Corse.
- Pourquoi avez-vous décidé de vous présenter à la présidence de l’université ?
- Je considère que l’université de Corse est l’un des seuls dispositifs dans l’île en capacité de transformer et de continuer à transformer la société corse. C’est cette conviction qui m’a poussé à être candidat à la présidence de l’université. Quand l’université a rouvert ses portes en 1981, il y avait 350 étudiants. Elle est passée en moins de 10 ans à 2 000 étudiants, ce qui veut dire qu’elle répond à une demande. Elle a apporté un dispositif qui a permis très rapidement de donner, à la jeunesse, la connaissance et le savoir. En l’espace de 40 ans - nous fêterons cet anniversaire très prochainement -, l’université, par la recherche, a transformé cette société. Il faut poursuivre le travail de transformation de la société qui est nécessaire pour répondre aux grands enjeux de l’avenir, que ce soit les transitions écologique, énergétique, numérique et économique. Il faut armer le territoire pour qu’il soit compétitif face à ces bouleversements et ces enjeux qui sont devant nous.
 
- De quelle façon comptez-vous poursuivre ce travail ?
- Le paysage de l’enseignement supérieur est extrêmement concurrentiel et mondialisé. Il est essentiel d’être visible et attractif par une stratégie de différenciation et de spécialisation. Le risque est de proposer une offre de formation et de recherche qui pourrait être disponible sur d’autres territoires. Il faut trouver des niches spécifiques sur lesquelles la Corse dispose d’atouts incontournables. Il est, donc, nécessaire de faire évoluer l’offre de formation de l’université de Corse, en particulier sur un certain nombre de niches à multiples compétences.
 
- Lesquelles, par exemple ?
- Il n’existe pas de diplôme double compétence qui mêle l’énergie, la sociologie et l’économie. Il n’existe pas de diplôme qui mêle l’intelligence artificielle, qui sera sans doute l’intelligence de demain, et l’économie, ou bien le droit du numérique et la cyber sécurité. Il y a de nombreux diplômes très originaux qui n’existent pas au niveau national et grâce auxquels l’université de Corse peut devenir très attractive vis-à-vis de l’écosystème de l’enseignement supérieur. C’est un premier levier. Le second levier est la recherche, c’est-à-dire la montée en compétences. Les entreprises doivent aussi s’engager dans une activité de recherche parce que monter en compétence et permettre à une entreprise de le faire, c’est lui donner un rayonnement territorial, national et international. C’est créer de la valeur ajoutée et, donc, des emplois qualifiés. C’est à travers ce projet ambitieux que je veux mener que nous pourrons réussir une vraie transformation de la société corse. Il faudra nécessairement un peu de temps parce que rien ne se fait du jour au lendemain, mais cela doit se faire à l’horizon de 5 à 10 ans.
 
- La Corse est une île, n’est-ce pas aussi un enjeu ?
- Oui ! Ce qui est intéressant avec le système insulaire, c’est qu’il présente, à la fois, un avantage - une île est un territoire qui peut être considéré comme un laboratoire à l’échelle 1 -, et un risque. Si on ne développe pas des actions très fortes en termes d’ouverture, d’internationalisation de nos missions, on va très vite se retrouver isolé. Développer des actions très fortes dans le domaine de l’international est devenu vital pour l’université qui doit mettre les moyens là où il faut, en particulier sur une forme d’institutionnalisation des relations internationales. Il est indispensable de travailler sur l’axe franco-italien et sur les systèmes insulaires, sachant que toutes les îles ont les mêmes problématiques. Il faudra mettre des moyens lourds pour justement être visible en Méditerranée et éviter d’être absorbé par cet écosystème mondialisé et concurrentiel qui, à terme, pourrait être très préjudiciable à l’université de Corse.
 
- L’université de Corse a-t-elle les moyens de faire face aux puissantes universités italiennes ou à celle d’Aix-Marseille ?
- L’université de Corse a identifié des domaines de spécialisation, notamment ceux des ressources naturelles et culturelles, de l’énergie, du numérique… sur lesquels elle est très performante. A ce titre, elle a reçu un certain nombre de labels par des organismes nationaux qui font que nous sommes clairement identifiés sur des objets scientifiques qui nous sont propres et qui nous permettent d’être extrêmement différenciant de ce qui se fait ailleurs. C’est par ce biais-là que nous serons toujours visibles et compétitifs vis-à-vis d’établissements distants. Il faut poursuivre cette stratégie de spécialisation. La recherche est vraiment la mission de l’université. Quand on sait que près de 7 métiers sur 10 en 2030 ne sont pas connus en 2020, la recherche ouvre le chemin de ces nouveaux métiers et permet de décliner une offre de formation adaptée.
 
- Si l’université de Corse ne change pas, prend-elle le risque de disparaître ?
- Elle risque, à terme, d’être isolée. Si on perd la recherche qui est le moyen d’ouvrir l’avenir, on perd cette ouverture vers la modernité, et je pense qu’à terme, en effet, on pourrait se transformer vers ce que certains appellent des « collèges universitaires », c’est-à-dire des gros lycées. La Corse est à 12 kilomètres de l’Italie par la Sardaigne, 40 kms par la Toscane, 300 kms du continent métropolitain. L’université d’Aix-Marseille avec ses 65 000 étudiants, l’université de Gênes avec ses 80 000 étudiants sont des grands paquebots qui avancent. Si nous les regardons avancer sans changer, un jour ou l’autre, nous ne serons plus visibles et nous ne saurons plus développer notre territoire. Il ne faut pas oublier que le but du jeu, c’est d’aider à transformer notre territoire.

Marc Muselli : « Il faut repenser le modèle de l’université de Corse avec un mot-clé : l’attractivité »
- Le budget des universités est à la diète. La Corse est bien dotée, mais où comment trouver d'autres ressources financières ?
- Nous avons signé, le 18 juillet dernier, la quatrième convention d’application tripartite entre l’Université, l’Etat et la Collectivité de Corse (CdC) pour la période 2018-2022. Cette convention nous a octroyé 40 supports budgétaires venant de l’Etat, et d’importants moyens financiers en fonctionnement et en investissement de la CdC. Cela ferait pâlir d’envie n’importe quelle université continentale ! Ceci dit, nous sommes dans un contexte de contraction budgétaire. Il est difficile de négocier des nouveaux postes ou de nouveaux financements. Cela veut dire qu’il faut nécessairement diversifier nos ressources et être compétitif dans ce nouveau système très concurrentiel. Une politique consiste, d’une part, à lancer un certain nombre d’activités de service : par exemple la formation continue. C’est un vrai sujet sur lequel il faut mettre des moyens et être en capacité de répondre aux besoins du territoire en matière de formation des salariés. D’autre part, à lever des ressources propres à travers des contrats de recherche ou de formation en lien avec les financements européens sur lesquels nous sommes déjà performants. Aller chercher les ressources financières, c’est un nouveau métier pour un universitaire.
 
- Les universités travaillent sur du partenariat avec les entreprises. En Corse, cette option est plutôt limitée ?
- Avec un tissu économique composé de 95% de PME, l’université, qui travaille déjà beaucoup avec ses acteurs territoriaux, a un gros chantier à lancer, notamment pour mieux structurer sa relation avec le monde professionnel. Il faut créer un organe de discussion avec les entreprises, via les chambres consulaires, pour mieux connaître leurs besoins et de les aider à monter en compétence. Les financements européens nous portent, petit à petit, à travailler avec le privé, mais encore faut-il que le privé ait les capacités de nous suivre sur des programmes de recherche ou de formation ! C’est un pari gagnant-gagnant qui devra s’inscrire dans la durée. L’idée, à terme, est de prouver que la Corse peut développer une recherche privée qui débouche sur de la valorisation, des brevets et du transfert de compétences. La création d’emplois qualifiés et l’insertion de nos jeunes étudiants feront boule de neige pour un développement économique performant. Cela prendra un peu de temps, mais c’est un passage obligé. On n’a pas le choix.
 
- Vous êtes un chercheur. Que vous inspire la réforme de l’enseignement supérieur, notamment la baisse des crédits de la recherche fondamentale ?
- D’abord, cela m’inspire la nécessité pour l’université de mettre en place des procédures très réactives et agiles, notamment en matière d’offre de formation, si on veut être prêt pour les métiers de demain. C’est un travail à plein temps que je souhaiterais développer dans le cadre de mon engagement. Ensuite, je citerai un chercheur qui a dit : « On baisse les crédits de la recherche, mais combien coûte l’ignorance ? ». Baisser les crédits de la recherche est extrêmement dangereux, il faudrait, au contraire, les augmenter fortement. La recherche est un vecteur de créativité et de développement économique et scientifique. Il faut soutenir la recherche pour soutenir le développement économique et les emplois de nos jeunes diplômés. La recherche est le point de départ de toute l’offre de formation de l’université. Ce n’est pas l’inverse ! Celui qui considère que la formation doit être construite avant la recherche se trompe. La recherche voit ce qu’il va se passer demain et c’est en voyant ce qu’il va se passer demain, qu’on construit l’offre de formation.
 
- Autre question d’actualité : la précarité étudiante qui touche aussi Corte. Que faudrait-il faire, selon vous, pour y remédier ?
- La précarité étudiante est avérée. Nous discutons très régulièrement avec des représentants ou des syndicats étudiants. Des associations ont été créées sur le campus pour aider ceux qui en ont besoin. L’établissement a pris le problème à bras le corps, notamment en matière de politique de logement. Le CROUS, qui fait un énorme travail, dispose d’un parc immobilier d’environ un millier de logements. Il y avait, l’année dernière, 4731 étudiants, il reste, donc, une marge de progression. L’idée n’est pas d’entrer en concurrence avec l’offre privée mais quand on sait que, cette année, le prix moyen d’un studio à Corte dépasse 500 €, on est obligé de se poser la question de savoir comment on peut aider, avec le CROUS, à la mise en place d’une offre de logements plus importante. A ce titre, le président Romani a préempté un hectare sur le troisième campus. C’est un geste très fort qui montre que l’université se préoccupe de la précarité étudiante. Il faut être très attentif pour détecter, par des dispositifs internes, les situations de mal-être, de détresse, voire d’exclusion. Nous avons mis en place des missions et des cellules d’écoute afin d’être le plus proactifs pour aider les associations. Des étudiants fréquentent régulièrement l’Aiutu Studientinu ou Les Restos du cœur. On ne peut pas se satisfaire de cette situation en Corse, il faut mettre les moyens pour les aider.
 
- Pour revenir à votre candidature, vous faites partie de la présidence sortante. Pourquoi n’avez-vous pas fait alliance avec l’autre candidat qui s’en revendique ?
- Le président sortant n’a pas pris de position sur une candidature ou une autre. Aucun candidat ne peut, à cette date, se prévaloir de son appui. Ce qui nous distingue des autres candidatures, c’est que nous n’avons pas, me semble-t-il, le même diagnostic de la situation et la même stratégie pour répondre à ce diagnostic. On peut se poser un certain nombre de questions. Lorsque 4 néo-bacheliers corses sur 10 viennent à l’université de Corse, 6 ne viennent pas, cela veut dire que la société corse reste méfiante vis-à-vis de notre institution. 68 % des néo-bacheliers corses embrassent des études supérieures, cela veut dire que près d’un tiers est dispersé dans la nature, il faut savoir pourquoi et apporter des réponses. Notre offre de formation est-elle adaptée ? Faut-il travailler une politique avec la vie universitaire justement sur la problématique des logements et de l’accès à la culture pour inciter ces étudiants à venir à Corte ?
 
- Qu’est-ce qui vous différencie d’autre ?
- Je pense aussi que l’université est un service public. Ce n’est ni une entreprise, ni une structure privée, ce qui est, en soi, une grande différence avec la vision de l’un ou de l’autre candidat à la présidence. Notre engagement est, d’une part, celui de la transformation de la société corse sur la base d’un diagnostic qui montre très clairement qu’il faut repenser le modèle de l’université qui, aujourd’hui, ne permet pas de répondre aux enjeux de demain. Le projet, que nous portons avec le groupe qui m’accompagne, a vocation à très fortement travailler sur la notion de notoriété, de visibilité et d’attractivité dans toutes les missions de l’université, aussi bien sur le flux entrant pour répondre à la problématique des 6 néo-bacheliers qui ne viennent pas à l’université, comme sur la problématique de l’international, comme sur la problématique des entreprises pour qu’elle nous fasse confiance. Le mot-clé, c’est l’attractivité. C’est cette vision différente qui a motivé ma candidature.
 
- Si vous aviez un rêve pour l’université de Corse, quel serait-il ?
- J’ai, d’abord une fierté. Cette année, mon fils a embrassé des études supérieures. L’an dernier, il s’est posé la question de savoir où continuer ses études. J’ai ressenti de la fierté quand il a choisi l’université de Corse pas seulement parce que c’est pratique d’un point de vue logistique. Compte tenu du parcours de l’université, du combat qu’il a fallu mener pour la rouvrir et la porter au niveau où elle est aujourd’hui, j’ai considéré que son choix, son geste était extrêmement fort. Il signifie qu’aujourd’hui, la jeunesse corse se dit qu’elle peut se former à l’université de Corse, qu’elle peut s’insérer dans le territoire, y apporter une plus-value et participer à son développement. Mon rêve, c’est celui-là.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 

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