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Sénatoriales 2A - René Pérès : « Ma démarche apportera quelque chose de constructif au débat »


le Mercredi 2 Septembre 2026 à 13:29

Candidat indépendant aux élections sénatoriales de Corse-du-Sud, René Perès entend mettre son expérience de la société civile au service des communes. Favorable au projet de révision constitutionnelle portant un statut d’autonomie pour la Corse, ce juriste de formation et ancien chef d’entreprise promet de voter le texte dans sa rédaction actuelle. Plus loin, ce retraité de 65 ans qui vit dans son village de Peri souhaite également œuvrer au développement d’une économie à l’année et accompagner les élus locaux dans leurs projets. Il se lance dans la course pour ce scrutin qui aura lieu le 27 septembre prochain face au sénateur de Corse-du-Sud sortant, Jean-Jacques Panunzi, mais aussi au candidat du RN, Christophe Versini, et au maire de Figari, Jean Giuseppi, soutenu par la majorité territoriale.



Pourquoi avez-vous décidé de vous présenter à cette élection sénatoriale, alors que vous n’avez jusqu’ici jamais exercé de mandat politique ?
Parce que du haut de mes 65 ans, je suis retraité et totalement disponible. Je suis revenu vivre dans mon village d’origine, à Peri, il y a un peu plus d’une dizaine d’années et j’ai envie d’apporter ma contribution fondée sur mon expérience d’ancien chef d’entreprise. Nous sommes dans un moment fondamental, compte tenu de l’agenda de la révision constitutionnelle qui a été votée par l’Assemblée nationale et qui doit désormais être examinée très rapidement par le Sénat. Pour ma part, je suis profondément convaincu que c’est une bonne chose, après chacun peut apprécier à sa façon la pertinence des quelques articles présentés, mais je pense que nous ne pouvons pas rester dans le statu quo. Il est important que des personnes engagées et convaincues participent à la défense de ce texte avec un véritable pouvoir de conviction. 
 
Vous mettez en avant votre formation de juriste et votre parcours de chef d’entreprise. En quoi cette expérience vous prépare-t-elle, selon vous, à représenter les communes de Corse-du-Sud au Sénat ?
J’ai étudié le droit à l’université et cela a laissé des traces. Cette formation m’a servi tout au long de ma vie de chef d’entreprise. Quand on parle de Constitution, de droit constitutionnel ou de pouvoir législatif, je dispose donc d’un bagage qui est forcément utile dans les circonstances actuelles. Je ne suis d’ailleurs pas certain que tous les parlementaires aient étudié le droit. Pour moi, c’est un atout qui permet d’aller très vite dans la compréhension et l’interprétation des textes, puis d’avancer de manière efficace.
 
Vous revendiquez une candidature indépendante. Disposez-vous néanmoins de soutiens parmi les élus locaux et comment comptez-vous vous faire une place dans un scrutin où les réseaux politiques jouent traditionnellement un rôle important ?
Je suis tout à fait conscient d’être un outsider dans une élection comme celle-là. J’ai évidemment quelques amis parmi les élus locaux, qui me connaissent personnellement et accueillent ma candidature avec une réelle sympathie. Mais je sais aussi qu’en n’étant issu d’aucun appareil politique, je n’ai pas tous les atouts. Dans le même temps, cela constitue un facteur de différenciation car lorsque l’on vient de la société civile, on a peut-être quelque chose à apporter au monde politique. Même si je ne suis pas favori au départ, je pense que ma démarche apportera quelque chose de constructif au débat. C’est une démarche citoyenne et contributive. Les grands électeurs décideront pour qui ils souhaitent voter. Pour ma part, j’ai envie de leur donner envie et de rassembler un maximum de voix. Ensuite, advienne que pourra.
 
Trois autres candidats sont d’ores et déjà déclarés en Corse-du-Sud. Qu’est-ce qui vous distingue et pourquoi les grands électeurs devraient-ils vous accorder leur voix ?
Je ne vais en aucun cas attaquer les trois autres candidats. Ce sont tous des hommes politiques charpentés, qui disposent d’une expérience et portent leurs propres convictions. Ce qui me distingue, c’est d’abord le fait d’être issu de la société civile. Mon expérience internationale à la tête de grandes entreprises m’a apporté des compétences, mais aussi le sens du résultat, la nécessité d’aboutir et de tenir ses promesses. Dans une entreprise, lorsque l’on n’a pas cette posture, on est très vite mis à l’écart. Venir de la société civile est peut-être un handicap, mais c’est peut-être aussi un atout. C’est aux grands électeurs d’en décider. Le deuxième élément important est ma disponibilité totale. Je n’ai ni autre mandat ni autre engagement, en dehors de mes engagements personnels et familiaux. Si cette responsabilité m’était confiée, j’y consacrerais 100 % de mon temps. Pour moi, c’est un travail. Je pose une offre sur la table, un peu comme si les grands électeurs étaient mes futurs employeurs. S’ils décident de me recruter, je serai entièrement disponible et ce mandat ne s’exercera pas au détriment d’une autre fonction. Pour le dire de manière plus familière, c’est un travail à plein temps que je propose d’accomplir.
 
Vous promettez notamment d’accompagner les communes dans le montage de leurs dossiers. Concrètement, comment comptez-vous agir et jusqu’où estimez-vous que ce travail relève du rôle d’un sénateur ?
Mon intention est de disposer de deux à trois attachés parlementaires basés en Corse-du-Sud parce que le travail d’un sénateur représente tout de même environ 150 jours par an à Paris, si l’on veut l’accomplir sérieusement. Mon ambition est d’être au service des grands électeurs, de la Collectivité de Corse, des intercommunalités et de chaque commune. Mais pour bien faire ce travail, il faut une équipe. J’entends donc utiliser les moyens accordés à un sénateur pour ouvrir une permanence avec deux à trois attachés parlementaires installés ici de façon permanente. Je l’animerai également moi-même lorsque je ne serai pas à Paris. Aider les élus, c’est les orienter vers les bons guichets,  faire en sorte de les accompagner dans la constitution de leurs dossiers lorsqu’ils portent des projets importants pour leur commune. Je pense que cela fait aussi partie du travail d’un sénateur.
 
L’une de vos priorités concerne le développement d’une économie à l’année. Quels leviers un sénateur peut-il réellement actionner pour permettre de produire, de travailler et de vivre en Corse ?
Moi, je refuse l’investissement spéculatif. En revanche, je pense que les investissements productifs peuvent être pertinents, notamment dans le tourisme d’affaires. Il s’agit d’accueillir des congrès, des séminaires d’entreprises et un certain nombre d’événements hors saison qui permettent de faire vivre l’économie locale en dehors des mois de juillet et août. Si certains hôtels peuvent ainsi ouvrir davantage de jours dans l’année, c’est une bonne chose. Et cela ne nuit en rien à la Corse, au contraire, cela lui apporte un tourisme professionnel, avec des personnes qui viennent ici pour travailler. Cet exemple correspond précisément à mon expérience professionnelle. J’ai créé et géré des congrès et des salons professionnels dans différents endroits du monde. Je sais que la Corse possède les infrastructures nécessaires pour accueillir des séminaires d’entreprise, de petits salons professionnels, voire des événements internationaux, même s’il ne s’agit évidemment pas de recevoir 10 000 personnes. Il y a des choses à faire sur ce plan. Le sénateur, par ses contacts et son expérience, peut essayer de mobiliser des investisseurs non spéculatifs, mais productifs, afin de faire connaître notre île de manière positive et d’attirer ce type d’événements. Ce n’est qu’un exemple. Il y a également tout ce qui concerne l’artisanat ou l’agriculture, des sujets auxquels ma suppléante, G. Sabrina Saraïs Barrazza, est très attachée. Il faut parfois simplement donner des impulsions pour que les choses démarrent. Il existe énormément de talents chez nous. La communication et la mise en valeur de certaines initiatives peuvent beaucoup apporter à la Corse, tout en préservant son identité et son authenticité.
 
Revenons sur le processus d’autonomie de la Corse. Le prochain sénateur devra se prononcer presque immédiatement sur le projet de révision constitutionnelle. Vous engagez-vous à voter ce texte dans sa rédaction actuelle ?
Je m’engage absolument à le voter dans sa rédaction actuelle parce que je considère qu’il est le fruit d’un long travail, mené et négocié pendant de nombreux mois entre le Gouvernement et les principaux responsables politiques corses. Ce texte a ensuite été quelque peu amendé à l’Assemblée nationale en juin dernier, avant d’être adopté. Chacun peut avoir des remarques sur tel ou tel de ses éléments, mais nous ne pouvons plus rester dans le statu quo. Il faut que la Corse soit inscrite dans la Constitution et ce texte est parfaitement acceptable. Pinailler sur sa rédaction reviendrait à entraver un processus qui peut être extrêmement positif pour la Corse. Je voterai donc ce texte et je le défendrai. Je ne suis toutefois pas naïf. Je sais très bien que, dans sa majorité actuelle, le Sénat y est plutôt opposé et que son adoption ne sera pas chose aisée. C’est aussi l’une des raisons de mon engagement : essayer de convaincre afin que ce texte puisse aboutir et être soumis au Parlement réuni en Congrès à Versailles, dans les délais annoncés par le Président de la République. Je ne me fais pas trop d’illusions, mais je le défendrai mordicus. À tout le moins, même s’il ne devait pas aboutir avant l’élection présidentielle, je mettrais toute mon énergie pour qu’il ne passe pas sous la pile et qu’il fasse partie du débat présidentiel. Tout le travail engagé dans le cadre du processus de Beauvau, qui a été magistralement mené par nos responsables politiques, ne doit pas rester sans résultat, que ce soit maintenant ou plus tard.
 
Vous défendez l’idée d’une « autonomie utile ». Que recouvre précisément cette formule et quelles garanties souhaitez-vous obtenir pour les communes lors de l’élaboration des futures lois organiques ?
Une autonomie utile, c’est une autonomie qui libère pleinement les énergies. Concrètement, il s’agit d’abord de ne rien voter ni concevoir en matière de propositions de loi sans consulter au préalable les petites comme les grandes communes. Il faut faire en sorte que les textes étudiés au Parlement soient pratiques, efficaces, concrets et opérationnels. C’est le monde de l’entreprise appliqué à la politique.
 
Si vous êtes élu, dans quel groupe politique pourriez-vous siéger au Sénat ?
Vraisemblablement dans le même groupe que le sénateur actuel de Haute-Corse et à ses côtés, en travaillant en parfaite harmonie avec lui. Sans le connaître personnellement, j’ai le sentiment que nous partageons énormément de choses.
 
En cas de second tour, si vous n’étiez pas en mesure de l’emporter, donneriez-vous une consigne de vote ou pourriez-vous soutenir un autre candidat ?
Le 27 septembre, vers 11 heures, nous connaîtrons à peu près les résultats du premier tour. S’il y a plus de deux candidats et qu’aucun ne franchit la barre des 50 %, un second tour aura lieu dans l’après-midi. Je ne donnerai certainement aucune consigne de vote à l’heure du déjeuner. L’élection sera terminée le 27 septembre au soir et il appartiendra à chacun des grands électeurs de se déterminer dans le cadre d’un éventuel second tour, qui est d’ailleurs probable puisqu’il devrait y avoir au moins trois autres candidats à mes côtés.