Jusqu’au 31 août dans l’église du Couvent de Morsiglia dans le Cap Corse, le FRAC propose « La Mer-monde » d’Ange Leccia. Cette exposition présente deux gestes emblématiques d’Ange Leccia : « La Mer », œuvre de la collection du FRAC Corsica, et « Arrangement ». Globes terrestres, installation lumineuse composée de 228 globes.
« La Mer » est une vidéo silencieuse en boucle, conçue comme un plan-tableau. Le motif est simple : la Méditerranée, filmée par temps de tempête au-dessus de la plage de Nonza, depuis le château en ruines de la Sassa. Mais Ange Leccia fait basculer l’image à 90 degrés. La ligne d’horizon disparaît. La mer cesse d’apparaître comme une étendue ouverte vers le lointain ; elle devient une surface verticale et mouvante. L’image reste reconnaissable, mais elle échappe à sa lisibilité immédiate. Elle devient moins un paysage qu’une expérience physique du regard. La version de « La Mer » conservée dans la collection du FRAC Corsica date de 1991. Depuis lors, Ange Leccia n’a cessé de revenir à ce motif. Il en existe une dizaine de versions, reprises au fil des transformations techniques de l’image, du Super 8 au numérique, du Hi8 à la 4K. Chaque nouvelle version réactive la précédente. À Morsiglia, La Mer est ainsi présentée dans une version de mars 2024, qui prolonge ce principe de reprise et d’actualisation.
Cette logique de réactualisation se retrouve également dans « Arrangement ». Globes terrestres. La première version de cette œuvre est présentée en 1991 à la Biennale de Lyon. Plus de trente ans plus tard, Ange Leccia en réalise une seconde version pour le festival Noor Riyadh, en Arabie saoudite. À Morsiglia, les 228 globes terrestres lumineux réactivent ce geste : multiplier l’image du monde jusqu’à transformer un objet familier en présence presque abstraite. La vidéo et l’installation se répondent par leur manière de transformer le visible. Dans un cas, Ange Leccia fait basculer la Méditerranée jusqu’à lui retirer son horizon. Dans l’autre, il répète la Terre jusqu’à lui faire perdre son évidence. Ces gestes sont simples en apparence. Pourtant, ils modifient profondément notre perception.
Ce que l’on croyait familier devient instable. Ce que l’on pensait maîtrisable se dérobe. L’église du couvent de Morsiglia accentue cette expérience, la verticalité de « La Mer » répondant à celle de l’architecture.
À Corte, dans l’espace A Cisterna, l’ancienne citerne de la Caserne Padoue au sein de la Citadelle de la ville, Collectivité de Corse présente « Clinamen » de Céleste Boursier-Mougenot.
Pourquoi « Clinamen » ?
Ce titre donne en fait une clef d’entrée dans l’œuvre. Dans la pensée atomiste de Lucrèce, le clinamen désigne l’infime déviation par laquelle les atomes s’écartent de leur trajectoire. Ce léger écart rompt la chute parallèle des corps et rend possible leur rencontre. L’artiste Céleste Boursier-Mougenot transpose cette idée dans le champ sonore : une variation imperceptible du courant peut suffire à provoquer une légère vibration. L’œuvre ne suit pas une partition. Elle tient à cette possibilité de l’écart, à ce moment où un son advient parce qu’un déplacement n’a pas été exactement celui que l’on attendait.
Cette expo est donc une installation sonore composée de deux bassins où l’eau met en circulation des récipients en porcelaine. Les bols glissent à la surface. Leur rapprochement produit parfois un contact. De ces chocs légers naissent des tintements clairs, toujours variables. La composition se forme sans instrument joué directement. Elle dépend de la dérive des objets et de leurs rencontres imprévues. L’œuvre engage le visiteur dans une relation ralentie au temps. Il faut accepter d’attendre. Les objets se frôlent, puis se séparent. Rien ne cherche l’effet spectaculaire. En plein été, la fraîcheur d’A Cisterna accentue cette suspension.
L’exposition ne se donne pas seulement comme une œuvre à entendre, mais comme un espace à traverser.
« La Mer » est une vidéo silencieuse en boucle, conçue comme un plan-tableau. Le motif est simple : la Méditerranée, filmée par temps de tempête au-dessus de la plage de Nonza, depuis le château en ruines de la Sassa. Mais Ange Leccia fait basculer l’image à 90 degrés. La ligne d’horizon disparaît. La mer cesse d’apparaître comme une étendue ouverte vers le lointain ; elle devient une surface verticale et mouvante. L’image reste reconnaissable, mais elle échappe à sa lisibilité immédiate. Elle devient moins un paysage qu’une expérience physique du regard. La version de « La Mer » conservée dans la collection du FRAC Corsica date de 1991. Depuis lors, Ange Leccia n’a cessé de revenir à ce motif. Il en existe une dizaine de versions, reprises au fil des transformations techniques de l’image, du Super 8 au numérique, du Hi8 à la 4K. Chaque nouvelle version réactive la précédente. À Morsiglia, La Mer est ainsi présentée dans une version de mars 2024, qui prolonge ce principe de reprise et d’actualisation.
Cette logique de réactualisation se retrouve également dans « Arrangement ». Globes terrestres. La première version de cette œuvre est présentée en 1991 à la Biennale de Lyon. Plus de trente ans plus tard, Ange Leccia en réalise une seconde version pour le festival Noor Riyadh, en Arabie saoudite. À Morsiglia, les 228 globes terrestres lumineux réactivent ce geste : multiplier l’image du monde jusqu’à transformer un objet familier en présence presque abstraite. La vidéo et l’installation se répondent par leur manière de transformer le visible. Dans un cas, Ange Leccia fait basculer la Méditerranée jusqu’à lui retirer son horizon. Dans l’autre, il répète la Terre jusqu’à lui faire perdre son évidence. Ces gestes sont simples en apparence. Pourtant, ils modifient profondément notre perception.
Ce que l’on croyait familier devient instable. Ce que l’on pensait maîtrisable se dérobe. L’église du couvent de Morsiglia accentue cette expérience, la verticalité de « La Mer » répondant à celle de l’architecture.
À Corte, dans l’espace A Cisterna, l’ancienne citerne de la Caserne Padoue au sein de la Citadelle de la ville, Collectivité de Corse présente « Clinamen » de Céleste Boursier-Mougenot.
Pourquoi « Clinamen » ?
Ce titre donne en fait une clef d’entrée dans l’œuvre. Dans la pensée atomiste de Lucrèce, le clinamen désigne l’infime déviation par laquelle les atomes s’écartent de leur trajectoire. Ce léger écart rompt la chute parallèle des corps et rend possible leur rencontre. L’artiste Céleste Boursier-Mougenot transpose cette idée dans le champ sonore : une variation imperceptible du courant peut suffire à provoquer une légère vibration. L’œuvre ne suit pas une partition. Elle tient à cette possibilité de l’écart, à ce moment où un son advient parce qu’un déplacement n’a pas été exactement celui que l’on attendait.
Cette expo est donc une installation sonore composée de deux bassins où l’eau met en circulation des récipients en porcelaine. Les bols glissent à la surface. Leur rapprochement produit parfois un contact. De ces chocs légers naissent des tintements clairs, toujours variables. La composition se forme sans instrument joué directement. Elle dépend de la dérive des objets et de leurs rencontres imprévues. L’œuvre engage le visiteur dans une relation ralentie au temps. Il faut accepter d’attendre. Les objets se frôlent, puis se séparent. Rien ne cherche l’effet spectaculaire. En plein été, la fraîcheur d’A Cisterna accentue cette suspension.
L’exposition ne se donne pas seulement comme une œuvre à entendre, mais comme un espace à traverser.
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