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Jean-Martin Mondoloni : « Le véritable enjeu du scrutin territorial est moral : il y aura deux camps ! »


Rédigé par Nicole Mari le Samedi 11 Juillet 2015 à 22:39 | Modifié le Samedi 11 Juillet 2015 - 23:19


Le mouvement de droite, Une nouvelle Corse, se lance, officiellement, dans la campagne pour les élections territoriales des 6 et 13 décembre prochains. Créé il y a cinq ans, après la cinglante défaite de la droite, dans le but affiché de reconquérir le pouvoir territorial, il prône le renouvellement de la famille libérale, de ses cadres et de ses idées. Son leader, Jean-Martin Mondoloni, dévoile ses propositions économiques phares. Taclant sur la mandature Giacobbi, il explique, à Corse Net Infos, qu’il lance « une campagne de vérité » et que l’enjeu de ce scrutin sera, d’abord, éthique et moral. Pour lui, il n’y aura pas un affrontement entre trois forces classiques, mais entre deux camps dont la ligne de fracture sera l’intégrité.


Jean-Martin Mondoloni, leader de la Nouvelle Corse, entouré de Jean Baggioni, d'Anne Moretti, spécialiste du tourisme, Charles Colombani, président de Corse Active et élu à la CCI, Paul Ousset, adjoint au maire de Peri, Christophe Mori, maître de conférence à l'université de Corse, Michel Piferini, inspecteur de l'Education nationale, et de quelques amis.
Jean-Martin Mondoloni, leader de la Nouvelle Corse, entouré de Jean Baggioni, d'Anne Moretti, spécialiste du tourisme, Charles Colombani, président de Corse Active et élu à la CCI, Paul Ousset, adjoint au maire de Peri, Christophe Mori, maître de conférence à l'université de Corse, Michel Piferini, inspecteur de l'Education nationale, et de quelques amis.
- Présentez-vous une liste « La Nouvelle Corse » aux Territoriales ?
- Je suis surpris que ce soit un scoop ! Ça fait cinq ans que je dis que nous avons bâti « Une Nouvelle Corse » pour la reconquête du pouvoir territorial ! Bien évidemment, nous réaffirmons le fait que nous sommes candidats. Cela ne devrait pas être une surprise. C’est vrai que, dans la confusion actuelle, les choses vont mieux en les disant et en les écrivant. Donc, nous allons le dire, le réaffirmer et l’écrire : « Oui ! Nous sommes candidats ! ».
 
- Vous avez participé à la réunion de Camille de Rocca Serra à Corte. La rumeur vous place à ses côtés. Est-elle exacte ?
- Il y a une double rumeur dans votre question ! D’abord, Camille n’a pas dit qu’il partait. Ensuite, je me suis rendu à son invitation comme à toutes les invitations qui me sont formulées. On me reproche souvent de me rendre aux Ghjurnate Internaziunali. Cela ne vaut pas allégeance ! Je suis tranquillement allé à la réunion de Camille répondre aux questions qui m’étaient posées par un certain nombre de gens qui s’interrogent sur ma démarche. Puis, réaffirmer, à la fois, ma liberté d’action et mon autonomie de pensée.
 
- Pourriez-vous envisager d’intégrer une autre liste de droite avant le 1er tour ?
- Vous voulez faire la fin de campagne avant le début et le 2ème tour avant le 1er ! Nous sommes le 11 juillet. Je vous affirme que La Nouvelle Corse conduira une liste. Je ne peux pas être plus clair ! Si je ne suis pas, aujourd’hui, dans un système de fusion avec d’autres candidats de droite, c’est que trois caractéristiques nous distinguent fondamentalement. D’abord, nous sommes les premiers et les seuls à parler d’idées. Je le revendique !
 
- Y compris à droite ?
- Surtout à droite ! Interrogez-vous sur la pauvreté des débats qui sont récurrents depuis cinq ans ! A six mois des élections, il serait temps de mettre des idées en débat ! La 2ème caractéristique est que la famille libérale a besoin de renouvellement. Il y a, avec moi, des visages neufs de femmes et d’hommes qui ont de l’ambition, du talent et l’envie de servir. La 3ème caractéristique fondamentale est que nous sommes totalement déconnectés des appareils parisiens. Nous ne sommes pas dans une stratégie de repli, mais nous n’avons aucun lien avec quiconque. C’est notre orgueil de dire que nous avançons au service des Corses et avec les Corses. Paris n’a rien à voir dans cette affaire et ne doit rien avoir à faire. Pardon de rappeler que les tambouilles actuelles à droite ont pour origine des choses fomentées depuis Paris !
 
- Pourquoi dites-vous que l’enjeu de cette élection sera éthique et moral ?
- C’est très clair ! Soit on considère que cette élection est une affaire de droite, de gauche et de Nationalistes, c’est certainement vrai au 1er tour avec une offre classique. Soit on considère qu’il y a, en Corse, un problème d’éthique, un problème moral. On peut faire semblant de ne pas le voir ! Est-ce que Oui ou Non allons-nous mettre un terme au système clientéliste ? Ce ne doit pas être que l’apanage de gens qui se placent sur un certain endroit de l’échiquier politique ! Est-ce que Oui ou Non considérons-nous que les institutions sont des tables de casino ? Est-ce que Oui ou Non les connexions avec certains milieux économiques douteux doivent-elles être mises sur la table ? Il y a deux camps : ceux qui s’y opposent et ceux qui s’en accommodent.
 
- Dans quel camp êtes-vous ?
- Je suis clairement dans le camp de ceux qui veulent mettre de l’intégrité et une certaine éthique dans le système politique actuel. Sans quoi, il faut renoncer ! On s’engage en politique, moins pour soi-même que pour les générations qui arrivent. Mon engagement politique est motivé par l’idée de laisser à mes deux filles une Corse dans laquelle elles vont pouvoir trouver leur place à la faveur de leur mérite et de leurs efforts. Je suis pour la méritocratie. C’est en cela que je me dis de droite.
 
- Que pensez-vous du rapport de la Cour des comptes sur la Collectivité territoriale (CTC) et des réponses de Paul Giacobbi ?
- Je suis surpris que personne n’ait relevé les incohérences et la désinformation assez osée du président du Conseil exécutif qui nous rend compte, benoîtement et tranquillement, que 353 embauches l’ont été à la faveur de transferts de compétences ! Personne n’a posé la question : mais quels transferts ? Y-a-t-il eu une nouvelle loi depuis 2010 qui transfère des compétences ? Non ! Il n’y a pas eu de transferts de compétences ! Il y a eu, à la CTC, une activité soutenue et organisée qui a conduit à une explosion de la masse salariale. Il faut l’assumer ! La Chambre régionale des comptes l’a pointée.
 
- Pourquoi taclez-vous aussi l’annonce de la création d’une compagnie maritime régionale ?
- Le président de l’Exécutif nous dit qu’une compagnie maritime régionale a du sens puisque les compagnies aérienne et ferroviaire fonctionnent très bien. Le déficit structurel sur les Chemins de fer de la Corse avoisine 30 millions € ! Si c’est ça du bon fonctionnement, nous n’avons pas la même approche du fonctionnement ! La mandature Giacobbi est marquée par une inversion des charges de fonctionnement et d’investissement. Nous, notre métier, dans la mandature précédente, c’était d’investir. Lui, son métier, c’est d’embaucher ! Nous allons remettre un peu d’éthique là-dedans.
 
- Comment ? En n’embauchant plus, vu les effectifs pléthoriques ?
- Non ! Il faut que, si embauches il y a, elles soient transparentes. On doit introduire, dans l’opinion, l’idée que toute embauche publique, faite avec l’argent du contribuable, doit s’opérer à la faveur d’un certain nombre de critères, dont celui de la compétence. On me dit que je suis naïf et ingénu et qu’ensuite, on n’aura plus main. Eh bien ! On n’aura plus la main ! Je ne suis pas là pour me servir, ni pour servir les intérêts de quelques uns. Je suis là pour servir la Corse. C’est un peu nouveau ! Maintenant, il faut passer aux actes. Cela fera partie des points fondamentaux que je mettrai sur la table à l’occasion de ces élections.
 
- Vous dites que la droite n’a pas d’idées et vous faites des propositions économiques. Quelles sont-elles ?
- Il y a quelques mesures phares. La première touche au domaine fiscal. Nous souhaitons organiser un système qui exonèrera, de charges sociales, le 2ème salarié de chaque entreprise. L’impact sera terrible ! Notre économie est essentiellement organisée autour de très petites entreprises (TPE) et d’entreprises mono-salarié. Permettre à un chef d’entreprise d’embaucher un 2nd salarié est déterminant en termes d’emplois et de relance de la consommation. La 2ème mesure tourne autour des transports qui est une clé déterminante, à la fois, sur le quotidien des Corses et sur l’activité touristique. Nous proposons une inversion du système maritime et aérien.
 
- C’est-à-dire ?
- Aujourd’hui, 2/3 des passagers voyagent par voie maritime, 1/3 par voie aérienne. Il faut renverser la tendance et aboutir à 2/3 de passagers transportés par voie aérienne et 1/3 par voie maritime, laquelle sera plus axée sur le transport du fret, comme c’est le cas dans toutes les îles de Méditerranée. Cela génèrera des économies conséquentes qui impacteront le prix du billet bord à bord. L’objectif est de pouvoir se rendre sur le continent, à Marseille ou à Nice, à moins de 100 €.
 
- Vous voulez créer un Office de l’innovation. En quoi est-ce important ?
- Un quart des métiers, qui seront exercés dans les 20 prochaines années, est, encore, inconnu aujourd’hui. Est-ce qu’on continue d’être dépendant de la rente publique ou est-ce qu’on organise, en Corse, sans le subir, un secteur privé de qualité ? Le secteur privé, que l’on imagine aujourd’hui, est celui qui verra le jour, demain. La stratégie de l’innovation est, donc, pour nous, fondamentale.
 
- Comment imagine-t-on les métiers de demain et comment aide-t-on les créateurs qui ont des idées ?
- Par un schéma régional de l’innovation beaucoup plus ambitieux que les structures embryonnaires, existant actuellement. Cela réclame des investissements et un accompagnement juridique, matériel, financier et en termes d’ingénierie de tous les créateurs d’entreprise qui veulent faire de l’innovation. Cela réclame, aussi, des territoires attractifs au niveau de l’environnement et de la fiscalité. L’innovation ne s’opère pas de manière isolée, mais par des effets pépinières où les gens peuvent travailler ensemble. Il faut, pour cela, que des grands groupes du continent puissent pénétrer en Corse de façon défiscalisée et y investir.
 
- Pour en revenir au scrutin, pensez-vous réussir à passer la barre des 5%, à totaliser environ 7500 voix, pour être en capacité de fusionner avec une autre liste ?
- Tout le monde fait des tas de calculs. C’est un peu comme dans le Tour de France ! Soit, on part avec des oreillettes, on calcule, on organise, on anticipe… Soit on part avec la force de ses convictions, non sans se préoccuper du réalisme politique, mais en n’ayant pas cette obsession du résultat. Je suis entouré d’une équipe de gens qui ont des convictions et du talent. J’ai le sentiment que le courant de sympathie, qui nous accompagne dans l’opinion, s’il se mue en engagement, nous permettra, non seulement de passer la barre des 5%, mais aussi de créer une onde de choc qui irradiera les conditions du renouvellement de l’offre politique à droite et, au-delà, les nouvelles pratiques que demande l’exercice d’une démocratie moderne. Je ne serai pas là si je n’y croyais pas ! Mes amis ne m’accompagneraient pas, s’ils n’y croyaient pas ! Celles et ceux qui me rejoignent, chaque jour plus nombreux, ne seraient pas à mes côtés, s’ils n’y croyaient pas !
 
- Renouveler l’offre politique signifie-t-il que la droite ne le fait pas du tout ?
- Ça se verrait et ça se saurait si ma famille politique était capable de provoquer le renouvellement qui est nécessaire à l’oxygénation de la vie publique ! C’est un simple constat objectif ! On dit que, désormais, les jeunes, qui arrivent sur le marché de l’emploi, changeront trois fois de métier. Des élus sont installés depuis 40 ou 50 ans ! Ils ont sûrement des qualités, notamment l’expérience, mais il y a un temps pour la vie publique. Ce qui me distingue des autres est que j’ai des passions alternatives. Je suis passionné par la vie publique, c’est un engagement qui est chevillé au corps, mais je peux vivre sans politique.
 
- Etes-vous favorable à des alliances avec d’autres familles politiques ?
- Les alliances de 2nd tour s’opèrent naturellement en fonction des résultats. Lorsque vous êtes majoritaire, ce sont les autres qui vous rejoignent sur la base de vos idées. Lorsque vous êtes minoritaire, si vous décidez de vous associer, c’est en concédant une partie de vos idées pour exercer le pouvoir. Ces questions-là dépassent, aujourd’hui, le seul cadre d’une famille politique. Mais le mode de scrutin est organisé de telle façon qu’aucune force politique ne peut se prévaloir d’obtenir la majorité absolue. Il y aura des majorités relatives et la force arrivée en tête au 1er tour sera obligée de s’ouvrir.
 
- Mettrez-vous des préalables, puisque vous dites que vous n’êtes pas là pour épouser les fondamentaux des autres ?
- On me dit d’un tempérament assez ouvert, je l’agrée, mais toute ouverture a ses limites ! Le périmètre, dans lequel on doit s’ouvrir, est limité par ses convictions, sa morale et ses idéaux. Si l’ouverture est compatible avec, je ne vois pas ce qui pourrait interdire des passerelles. Maintenant, s’il faut pratiquer de la génuflexion pour un poste ou renier mes convictions, ma morale et mes idéaux, je ne m’y accrocherai pas. Je n’ai pas besoin d’un strapontin à l’Assemblée de Corse pour vivre ! D’autres le feront, moi je n’irai pas ! Notamment pour des aspects de morale ! Je ne souhaite pas gérer les affaires de la Corse avec n’importe qui, sans garantie, et dans n’importe quelles conditions !
 
- Une alliance entre la droite et les Nationalistes vous semble-t-elle possible ?
- Tout est possible aujourd’hui ! Cela ne choque plus personne ! Cependant, il faut s’entendre sur le terme, désormais un peu galvaudé, de contrat programmatique ! Les alliances, qui consistent à agréger les forces pour gagner, et, une fois la victoire assurée, chacun reprend ses billes, je ne marche pas ! Je suis prêt à passer un contrat programmatique, si on s’en tient au programme, tout au programme et rien qu’au programme !
 
- Votre campagne est officiellement lancée. Qu’allez-vous faire maintenant ?
- Nous allons beaucoup nous déplacer. Nous serons, dimanche, à Porto-Vecchio, mercredi à Cargèse, vendredi dans l’Alesani. Nous allons tourner et créer les conditions afin que le courant de sympathie, qui nous est manifesté, se transforme en 2ème étage de la fusée, c’est-à-dire en engagement. Puis, nous présenterons une liste, comme tout le monde, à l’automne.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 


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