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En Corse, la tortue d’Hermann menacée par d'autres espèces importées dans l’illégalité


le Dimanche 28 Avril 2024 à 17:27

Seule tortue terrestre présente à l’état sauvage sur l’île, la tortue d’Hermann est aujourd’hui en voie d’extinction du fait des diverses menaces qu’elle subit. À l'instar de l’introduction d’autres espèces dans la nature qui fait peser sur elle un certain danger.



La tortue Marginata est facilement reconnaissable à la "jupe" présente au bas de sa carapace (Crédit photo : a Cupulatta)
La tortue Marginata est facilement reconnaissable à la "jupe" présente au bas de sa carapace (Crédit photo : a Cupulatta)
Reine du maquis, la tortue d’Hermann, seule espèce de tortue terrestre présente à l’état sauvage en Corse, est aujourd’hui menacée d’extinction du fait d’une urbanisation galopante qui cause la perte de son habitat naturel, des incendies, ou encore de pratiques agricoles défavorables. La faute aussi à l’introduction d’espèces qui, outre pouvoir apporter des maladies aux tortues endémiques, pourraient à terme causer leur disparition du fait d’hybridations, à l’instar de la Testudo marginata, la tortue dite marginée ou bordée. Cette autre espèce méditerranéenne se distingue d’ailleurs assez facilement de la tortue d’Hermann. « De façon générale, elles sont beaucoup plus longues que larges, alors que les tortues d’Hermann sont beaucoup plus rondes. La couleur et le dessin de la carapace ne sont également pas les mêmes : la tortue d’Hermann est jaune et noire, alors que la Marginata est plutôt marron gris. Et surtout comme son nom l’indique elle possède une jupe postérieure à l’état adulte, c’est pour cela qu’on les appelle les tortues marginées ou bordées. Cela les distingue vraiment des tortues d’Hermann », explique Pierre Moisson, le directeur vétérinaire du parc a Cupulatta à Vero.
 
« Depuis plusieurs années, on s’est aperçu que des spécimens de cette espèce étaient retrouvés en Corse. Ces tortues marginées ne sont pas originaires de l’île, mais ont été importées par des personnes qui ont souhaité en faire leurs animaux de compagnie, en général dans l’illégalité », reprend-il. « Parfois ces tortues ont été remises dans la nature par les personnes qui les avaient chez elles, d’autres fois elles se sont échappées et on retrouve donc désormais des tortues de ces deux espèces, Hermann et Marginata, dans la nature. Or, comme elles ont le même genre au niveau zoologique, elles s’hybrident très facilement », déplore-t-il en avertissant : « Il ne faut absolument pas polluer la génétique originale de la tortue d’Hermann avec des tortues qui viennent de l’étranger et qui ne sont pas du tout de la même espèce ». 

 

La tortue d'Hermann est la seule espèce de tortue terrestre autochone (Crédit photo : A Cupulatta)
La tortue d'Hermann est la seule espèce de tortue terrestre autochone (Crédit photo : A Cupulatta)
Signaler la présence de tortues Marginata pour protéger la tortue d'Hermann

De facto, le directeur vétérinaire d’a Cupulatta appelle les promeneurs à être attentifs lors de leurs prochaines virées dans le maquis. « S’il ne faut surtout pas toucher aux tortues d’Hermann, si on trouve une tortue qui ne leur ressemble ipas l faut prendre un point GPS et téléphoner au Conservatoire des Espaces naturels à Borgo* pour signaler sa présence afin qu’elle soit retirée légalement », explique-t-il. « Comme ce sont des tortues qui sont aussi protégées par la loi, il n’est pas possible de les détenir ni de les transporter sans une autorisation. Le mieux est donc qu’un agent officiel vienne les sortir du milieu », insiste-t-il en pointant des sanctions qui peuvent être lourdes si l’on se fait arrêter en possession d’une tortue protégée sans papiers, tout en convenant du paradoxe. « Quand des promeneurs appellent parce qu’ils ont croisé une tortue Marginta, le temps qu’un agent officiel arrive sur les lieux, la tortue est partie », souffle-t-il en glissant : « Mais on essaye de travailler tous en bonne intelligence pour enlever ces tortues afin de retirer au plus vite ces tortues de la nature ».  
 
Par ailleurs, Pierre Moisson souligne que contacter directement a Cupulatta n’a pas grand intérêt, l’administration, via la Direction régionale de l’Environnement de l’Aménagement et de Littoral (DREAL) devant effectuer une procédure pour placer une tortue protégée dans un centre de soins. « Quand les gens nous appellent, je leur explique que je n’ai pas le droit de prendre ces tortues si je n’ai pas une autorisation de la DREAL », indique-t-il

 
 
 
* Pour contacter le Conservatoire des Espaces Naturels : 04 95 32 71 63