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Jean-Baptiste Arena : "Il est important que la famille nationaliste soit rassemblée"


Rédigé par Nicole Mari le Samedi 23 Septembre 2017 à 08:23 | Modifié le Vendredi 29 Septembre 2017 - 00:13


C’est l’une des surprises de ces élections territoriales. Jean-Baptiste Arena, maire-adjoint de Patrimoniu, proche de Gilles Simeoni dont il fut le suppléant aux Législatives de 2012 et qu’il a accompagné à la victoire aux Municipales de 2014, conduit une liste en binôme avec Paul-Félix Benedetti, leader d’U Rinnovu. Une liste, non estampillée Rinnovu, mais ouverte à tous les Nationalistes. Ce vigneron, militant nationaliste depuis son plus jeune âge, aussi connu pour la qualité de son vin que pour la force de ses convictions, a été, dans son territoire de la Conca d’Oru, l’un des fers de lance d’une autre manière de faire de la politique. Il explique, à Corse Net Infos, qu’il a décidé de s’engager pour ouvrir une autre voie et œuvrer à l’union de tous les Nationalistes.


Jean-Baptiste Arena, maire-adjoint de Patrimoniu, part en binôme avec Paul-Félix Benedetti, aux élections territoriales de décembre. Photo Christian Andreani.
Jean-Baptiste Arena, maire-adjoint de Patrimoniu, part en binôme avec Paul-Félix Benedetti, aux élections territoriales de décembre. Photo Christian Andreani.
- Pourquoi avez-vous décidé de conduire une liste avec Paul-Félix Benedetti aux territoriales ?
- Pour défendre nos idées et nos valeurs, celles de notre terre, de notre peuple et de nos racines, celles que nous portons et que nous mettons en œuvre, depuis des années, dans notre travail comme dans notre action collective sur notre territoire. Il m’a semblé tout aussi important, alors que les Nationalistes sont au pouvoir, d’œuvrer pour une logique de rassemblement de toutes les forces du mouvement national. Paul-Félix Benedetti a prouvé, par le passé, qu’il avait toute sa place à l'Assemblée de Corse tant par ses compétences indéniables que par son engagement politique sans faille. Comment peut-on s'en priver quand on a un pays à construire ?
 
- Vous avez, pourtant, refusé de partir aux Territoriales en 2015. Pourquoi le faire aujourd’hui ?
- Comme chacun sait, je ne suis attaché ni aux places, ni aux honneurs. Si je n'ai pas souhaité être candidat aux dernières territoriales, malgré des sollicitations, c’était, d’abord, pour pouvoir pleinement, aux côtés de José Poggioli et de notre Conseil municipal, assumer mon engagement dans ma commune de Patrimoniu. Après notre prise de responsabilités en 2014, il a fallu la remettre en ordre pour sortir du réseau d'alerte des finances locales où elle figurait et pouvoir investir. La commune n’avait plus accès à certaines subventions. Je me suis également engagé dans la mise en place de la Comcom de la Conca d'Oru et de ses nouvelles compétences. D’un point de vue personnel, j'ai créé mon entreprise d'exploitation agricole. Ce fut une période très dense et j’ai estimé que je n’avais pas de temps pour un mandat régional. Je ne prends pas de responsabilité que je ne peux assumer.
 
- On vous attendait plutôt aux côtés de Gilles Simeoni dont vous êtes proche. Vous étiez son suppléant aux Législatives en 2012. Etes-vous en froid ? Est-ce la raison de votre choix ?
- Pas du tout ! Je n’ai jamais été en froid avec Gilles ! C’est mon ami ! Nous avons mené, côte à côte, la bataille des Législatives en 2012 qui nous a permis, deux ans après, au moment des Municipales, de réaliser, ensemble, le rêve que nous avions porté. Mais l’amitié ne veut pas dire d’être d’accord sur tout.
 
- Quels sont vos points de désaccord ?
- J'ai toujours prôné l'union de tout le mouvement national, sans exclusion. Avec mes amis, il nous a semblé évident de répondre à l'appel du Rinnovu sur la « scelta patriottica ». La Corse de demain, que nous voulons apaisée, a besoin de tous ses enfants. Je l’ai toujours dit et je le répète : aucun Nationaliste ne doit être laissé sur le bord de la route. Aujourd'hui, Gilles est au centre de l'échiquier politique. Son leadership est incontestable. C'est, donc, à lui qu'incombe la responsabilité d’unifier la famille nationaliste. Une union respectueuse de l'équilibre des forces et de leur diversité. Pour moi, c’est le seul chemin possible, a strada di l'avvene, celle que nous devons laisser à nos enfants.
 
- Pourtant la majorité territoriale accuse U Rinnovu d’être très critique vis-à-vis de son action et de se comporter comme l’opposition. Que répondez-vous ?
- Depuis les législatives de 2012, U Rinnovu a été présent pour nous aider à accéder aux responsabilités. Il était là, aussi, au moment des Municipales de Bastia. Il a toute sa part dans la dynamique du mouvement national. S’il prend des positions critiques, c’est au nom des fondamentaux du nationalisme. Comment peut-on dire qu’il est dans l'opposition lorsqu'il défend la terre à Rundinara, lorsqu’il soutient les associations de protection de l'environnement et qu’il s'oppose à l'installation d'une multinationale de produits frais au détriment d'artisans locaux à Bastia ?
 
- La majorité territoriale part unie au 1er tour. Y aura-t-il fusion des deux listes nationalistes au 2nd tour, si vous passez la barre des 5% ?
- C’est trop tôt pour le dire ! Pour l’instant, aucune discussion n’a été engagée. Mais je ne peux pas imaginer que Gilles ouvre sa liste à des forces politiques non nationalistes et qu’il fasse l’impasse sur une partie importante du mouvement national.
 
- Pensez-vous franchir la barre des 5% ?
- Notre objectif est de réaliser le score le plus élevé possible au 1er tour pour que notre message soit entendu. Nous sommes confiants. Les retours sont positifs. Beaucoup de militants et de sympathisants ont déjà rejoint notre démarche et la philosophie que nous voulons incarner. Ce mouvement a vocation à s'élargir et le sera dans les semaines à-venir.
 
- Quel message portez-vous ?
- Un message et un cap clairs. Notre projet repose sur un triptyque : la terre, l'économie et le social. La préservation de la terre est notre credo, mais préserver ne signifie pas mettre sous cloche. A Patrimoniu, nous avons mis en place un développement harmonieux, maîtrisé et équilibré qui doit servir, selon nous, de modèle. Tout en sanctuarisant des zones littorales et agricoles, nous avons ouvert des pistes pour les artisans sur la rénovation du patrimoine ancien dans l’idée de recréer du lien social. Notre projet inclut, évidemment, les nouvelles technologies et le numérique, secteurs à forte potentialité. Enfin, notre identité et notre langue doivent être le ciment de notre peuple et servir de base à une juste répartition des richesses et à un travail social de fond. Nous ne pouvons pas accepter que des Corses soient abandonnés à la précarité et à la désespérance. C’est un problème sociétal auquel l’élu du rural que je suis est particulièrement sensible. Ce sera un autre axe fort de notre campagne.
 
- L’autodétermination revient en force dans le débat électoral. U Rinnovu est pour l’indépendance. Quelle est votre position ?
- Je préfère le mot de dévolution. Quoiqu’il en soit, l'autodétermination ne peut pas être une proclamation unilatérale. On doit, d’abord, construire une émancipation économique dans une société apaisée et assainie. Cette émancipation ne pourra se faire qu’accompagnée par l'Etat et seulement si et quand les Corses l'auront choisie.
 
- Vous auriez pu choisir d’intégrer le futur parti de Femu a Corsica, vous avez opté pour une union avec U Rinnovu. Est-ce seulement une alliance électorale conjoncturelle ?
- Non ! Le mouvement national a toujours prôné l'émancipation, il ne peut pas enfermer l'individu dans un carcan. Je n'ai jamais été un adepte de la pensée unique. L’alliance avec U Rinnovu a vocation à se pérenniser autour de Nationalistes qui se reconnaissent dans ses valeurs.
 
- Un mot sur votre élection en tant que maire qui aurait du avoir lieu en en avril dernier. Pourquoi n’est-ce pas encore fait ?
- J'ai repoussé l'investiture pour des raisons de calendrier politique et, comme je suis vigneron, pour des contraintes professionnelles liées à la sécheresse. Je serai investi courant octobre.
 
- Un mot enfin, sur votre soutien si critiqué à l’élection de Claudy Olmeta à la présidence de la ComCom Nebbiu – Conca d'Oru. Qu’est-ce qui l’a motivé ?
- Le respect des électeurs qui m’ont élu à Patrimoniu ! Claudy Olmeta est un adversaire politique. Nous ne partageons pas les mêmes idées, mais nous partagions la gestion de l’ancienne ComCom de la Conca d'Oru. Pour moi, le choix a été évident entre, d’un côté, Jean-Pierre Leccia et sa politique du tout immobilier, et Claudy Olmeta que l’on taxe d’immobilisme. C’est un choix clair, assumé et validé par un audit que nous avons fait réaliser par le même cabinet qui a effectué l’audit de la région. Qui peut encore nous critiquer devant la dette abyssale de 2,7 millions d'euros laissée par l'ancienne ComCom du Nebbiu ? Le ratio de désendettement est fixé à trente ans. Ceux qui nous critiquent, que disent-ils aux habitants et aux contribuables qui devront éponger la dette ? Notre seul objectif est de rompre avec certaines pratiques de gestion. La Corse, comme ses territoires, a besoin de transparence. Et nous nous y attelons…
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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