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Gilles Simeoni : « Le temps où l’on pouvait prendre la Corse en otage est révolu ! »


Rédigé par Nicole Mari le Lundi 11 Janvier 2016 à 22:51 | Modifié le Mardi 12 Janvier 2016 - 00:23


Se réjouissant du déblocage de la situation dans les transports maritimes, l’Exécutif de la Collectivité territoriale de Corse (CTC) recevra, à leur demande, mercredi matin, les représentants de l’Intersyndicale des marins de la MCM (ex-SNCM) et de la Méridionale. Refusant de céder à la pression, il avait posé, comme condition à cette rencontre, la levée du blocus du port de Marseille et la fin de la grève sévissant depuis six jours. Sa fermeté a, donc, payé. La CGT, inquiète de l’ouverture de la ligne Corsica Linea, attend des assurances des nouveaux patrons de la Corse qui, eux, entendent bien profiter de la crise pour mettre à l’eau la compagnie régionale qu’ils appellent de leurs vœux, refonder le système de continuité territoriale dans les transports maritimes et l’ouvrir sur l’Europe. Explications, pour Corse Net Infos, de Gilles Simeoni, président de l’Exécutif de la CTC.


Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Corse.
Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Corse.
- Comment réagissez-vous à la levée du blocus du port de Marseille que vous aviez demandé ?
- Nous nous réjouissons de cette sortie de crise à laquelle l’Exécutif et la présidence de l’Assemblée de Corse ont contribué de façon déterminante. Cet épisode aigu de cette énième crise ne doit pas être un épisode de plus, après tant d’autres et avant d’autres, immanquablement à-venir au regard de l’histoire des dernières décennies. Il doit être l’occasion de mettre un terme à un dispositif, qui, manifestement, ne correspond pas aux enjeux du moment et aux intérêts de la Corse, et permettre de construire un nouveau système dans ce domaine stratégique des transports maritimes.
 
- Vous aviez exigé la levée de blocus avant toute discussion. Votre fermeté a-t-elle payé ?
- Cette crise trouvant son origine dans le blocus du port de Marseille, la grève et, notamment, le coup de force visant à empêcher le cargo de la compagnie Corsica Linea d’accoster, la levée du blocage était la modalité de sortie. Ce blocus et cette interdiction ont, par réaction, entrainé, en Corse, des manifestations d’exaspération et des mesures de rétorsion de la part de la compagnie directement pénalisée. Tous les mécanismes d’une escalade et d’un blocage généralisé, avec les effets et les dégâts collatéraux, non seulement sur les protagonistes directs, mais également sur l’ensemble des entreprises, des passagers et des résidents corses, étaient en train de se mettre en place. Pour sortir de cette crise, nous avons, dimanche, dans un courrier, proposer une vision globale et réaffirmer un certain nombre de principes. L’Intersyndicale a fait le choix de valider le processus que nous leur proposions, ce qui a débloqué le conflit.
 
- Quels principes ?
- D’abord, un principe très clair : le temps, où l’on pouvait prendre la Corse en otage, à partir du port de Marseille, pour faire avancer des revendications syndicales et sectorielles, quelque soit leur nature ou leur éventuel bien-fondé, est révolu ! Ce temps-là est terminé ! Nous avions dit que, dès qu’il serait mis un terme à ce coup de force, nous dialoguerons avec l’Intersyndicale et, notamment, la CGT du port de Marseille. Nous recevrons, donc, les syndicats, mercredi matin, à la CTC, pour un dialogue sans tabou et pour leur expliquer ce que devrait être, à notre avis, la solution de fond. Une solution qui passe par la création d’une compagnie maritime corse.
 
- L’Intersyndicale attend des réponses claires à des questions précises qu’elle vous a posées. Apporterez-vous des réponses ?
- Oui ! Mais, nous allons surtout exposer notre analyse de la situation actuelle ainsi que le calendrier et la méthode resserrés que nous voulons mettre en place pour aboutir à la création rapide d’une nouvelle configuration des transports maritimes de la Corse autour de trois piliers qui, pour nous, sont indissociables. Le 1er pilier est la création d’une compagnie corse, incluant les acteurs privés et dont les orientations stratégiques seront maitrisées par la CTC. Elle comprendrait, à la fois, une société d’investissement et une société d’exploitation. Le 2ème pilier, imposé par le calendrier, est la redéfinition du système de continuité territoriale à travers de nouvelles DSP (Délégation de service public) et OSP (Obligation de service public) qui doivent être mises en œuvre en octobre 2016. Le 3ème pilier s’inscrit dans le cadre d’ensemble de la future compagnie corse, c’est-à-dire une vision claire des intérêts de la Corse, des entreprises et des résidents corses. A ce titre-là, nous voulons définir et impulser une véritable continuité territoriale européenne et méditerranéenne, et pas seulement une relation verticale avec le continent français.
 
- La CGT vous interpelle sur l’ouverture par la Corsica Linea de la ligne Bastia-Marseille qui, selon elle, met en péril la DSP. Etes-vous favorable à cette ouverture ?
- Notre position est claire. Elle se décline autour de deux points : l’état actuel du droit et notre vision des transports maritimes de la Corse. Concernant l’état du droit, Corsica Linea répond aux exigences de mise en conformité, de chèques de caution et de l’ensemble des pièces administratives demandées. La CTC n’avait pas d’autre choix, au regard de sa compétence en la matière, que de vérifier cette conformité et de donner, en l’état de cette conformité, l’autorisation de naviguer. Ce système a été voulu par l’ancienne mandature et validé par l’ensemble des acteurs, y compris la CGT.
 
- La CGT avance une obligation de déclaration, six mois avant la mise en service d'une nouvelle ligne, et affirme cette liaison illégale. Que lui répondez-vous ?
- Il est loisible à la CGT d’expliquer sa position et, éventuellement, de la faire valoir devant les tribunaux. Mais, ce n’est pas l’état de la délibération qui régit les OSP, ce n’est pas l’interprétation qui prévaut ! Il est, pour nous, hors de question dans un dossier, qui est déjà pollué par des contentieux à répétition, que nous refusions de façon illégale une ouverture de ligne et que nous commencions notre mandature par un acte contraire au droit ! Les solutions, que nous voulons mettre en œuvre, seront sécurisées d’un point de vue juridique et, donc, conformes aux exigences du droit communautaire, sauf à fragiliser de façon structurelle toute la démarche. Ceci dit, il est évident que l’ouverture d’une nouvelle ligne, à l’issue de la procédure du Tribunal de commerce, démontre qu’il faut repenser et refonder la continuité territoriale et le périmètre de la DSP. C’est bien l’enjeu de notre travail dans les prochaines semaines.
 
- Repenser la DSP, cela veut-il dire la restreindre ?
- Cela veut dire la restreindre ou la redéployer, d’où l’importance de la continuité territoriale européenne ! Il faut revenir à l’essence du mécanisme de continuité territoriale qui est là pour pallier les contraintes de l’insularité et offrir une compensation financière à un opérateur, titulaire de la DSP, afin qu’il puisse mettre en œuvre un service conforme aux intérêts de la Corse. Ce service ne pouvant pas être assuré dans des conditions de concurrence privée. Pour nous, il faut, d’abord, identifier de manière claire les intérêts de la Corse, de ses entreprises, ses résidents et ses ports secondaires. Réfléchir avec qui devons-nous entretenir des relations portuaires : Marseille, Toulon, Nice, l’Italie, la Sardaigne, demain la Catalogne ? Et mettre en place un système de continuité territoriale, notamment une DSP, pour répondre à ces besoins avec une compensation financière la plus juste possible.
 
- Pourquoi la table ronde, prévue samedi dernier, sur la compagnie régionale n’a-t-elle pas eu lieu ?
- Nous avons eu des échanges bilatéraux avec un certain nombre d’acteurs, notamment ceux impliqués dans la crise. L’objectif était, à la fois, de régler l’épisode conjoncturel et les blocages dérivés que l’on sentait poindre et qui se sont concrétisés, et d’engager un dialogue pour définir la méthode de constitution de la compagnie régionale que nous appelons de nos vœux.
 
- Le groupe Rocca, repreneur de l’ex-SNCM, n’y semble pas favorable ?
- Nous allons le rencontrer pour faire évoluer sa position, pour discuter ensemble, sans tabou, de la situation et des meilleurs moyens d’arriver à une solution qui soit conforme à ce que nous, nous pensons être l’intérêt général de la Corse et de son peuple. Nous proposerons aux deux acteurs économiques principaux, Corsica Marittima et le Groupe Rocca, également aux syndicats, d'examiner les modalités et les conditions de faisabilité juridique, financière, technique et économique d’une compagnie publique.
 
- Pour vous, n’y a-t-il pas d’autre solution ?
- Non ! Nous pensons, objectivement, que c’est la meilleure solution, y compris dans le paysage économique actuel qui oscille entre des monopoles ou des duopoles, inaptes manifestement, sur le moyen ou le long terme, à conduire à une prise en compte satisfaisante des besoins de la Corse. Nous proposons cette solution, nous n’entendons pas l’imposer. Nous voulons débattre de sa pertinence et vérifier, au contradictoire de tous les acteurs, sa faisabilité, le tout sous le contrôle du droit et des autorités communautaires. L’objectif est d’aboutir à un système stabilisé, satisfaisant, qui garantit les principes de la continuité territoriale élargie à une dimension européenne, en mettant au centre du dispositif les intérêts de la Corse et des Corses et en associant les acteurs privés du secteur.
 
- Quel est le calendrier ?
- L’échéance étant au 1er octobre 2016, date à laquelle la DSP cesse ses effets par application du jugement du Tribunal. Nous sommes face à un calendrier resserré. Nous devons avoir tout finalisé d’un point de vue technique dans les tous prochains mois.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.



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