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Gilles Simeoni : " Le PADDUC est au service du peuple corse."


Rédigé par Nicole Mari le Samedi 18 Août 2012 à 11:53 | Modifié le Vendredi 28 Décembre 2012 - 10:03


Les grandes orientations du futur PADDUC, Plan d'aménagement et de développement durable de la Corse, ont été adoptées, fin juillet, à l’assemblée de Corse. Le groupe Femu a Corsica a proposé 23 amendements, dont la plupart ont été votés, et imposé un Préambule sur la reconnaissance du peuple corse. Son leader, Gilles Simeoni, explique, à Corse Net infos, l’importance du document voté et des amendements concernant l'identité, la culture, le patrimoine, la défense des terres agricoles et la diaspora.


Gilles Simeoni : " Le PADDUC est au service du peuple corse."
-Que pensez-vous des orientations proposées ?

- Un mot, d’abord, sur la forme. Nous avons rendu hommage à la méthode employée, indispensable à la réussite des travaux, qui a permis l’implication du plus grand nombre, notamment par le questionnaire adressé à la société civile. Celui-ci a confirmé que les préoccupations des Corses, à savoir l’emploi, le logement, la lutte contre la spéculation foncière, la préservation de notre identité, étaient celles que notre mouvement a mises au cœur de son action publique depuis des décennies. Un travail considérable et qualitativement excellent a été fourni par le Conseil économique, social et culturel dans un rapport qui a largement inspiré notre réflexion. A une échelle différente, au plan interne, nous avons associé non seulement nos militants et nos adhérents, mais également des citoyens à nos travaux. Cette méthode permet d’avancer et de construire des consensus larges.
 
- Et, sur le fond ?

- C’est une discussion fondamentalement politique. Le rapport de l’Exécutif relate l’histoire des documents de planification qui, chaque fois, ont été élaborés non par la Corse ou ses représentants, mais par l’Etat, et avaient une visée politique radicalement contraire aux intérêts de la Corse. Il cite trois exemples : le plan Terrier en 1775 au lendemain de la conquête militaire. Le décret de 1955, en organisant notre rattachement à la région PACA, est un acte de violence politique qui dit que la Corse n’existe, ni géographiquement, ni économiquement, ni politiquement et qu’elle n’a pas vocation à exister. Il nous permet de mesurer le chemin parcouru en 50 ans. Le rapport du Hudson Institute, en 1971, en proposant une mise en valeur touristique par la création de centaines de milliers de lits, établit la dépossession et la disparition du peuple corse. Ces exemples prouvent qu’un document stratégique de planification a toujours une portée politique.
 
- Est-ce donc politiquement une première pour la Corse ?

- C’est la 1ère fois que les institutions de la Corse vont tenter d’adopter un document qui organise les cadres structurants de l’action publique à l’échelle d’une génération, 25 ans. Cet effort aurait du être mené à bien depuis longtemps puisqu’il était déjà prévu dans les statuts particuliers de 1982, 1992 et 2002. Le précédent projet, porté par l’ancienne majorité territoriale, a fait l’objet d’un refus massif parce qu’il véhiculait des valeurs, une vision de la Corse et de son développement radicalement antagonistes avec ce que nous défendons et ce que la majorité des Corses veut. Le dernier schéma d’aménagement, qui date de 1992, a été élaboré hors de l’île, en Conseil d’Etat, et n’est ni utilisé, ni opérationnel.
 
- Est-ce une victoire pour vous qui prônez l’autonomie de décisions ?

- Oui. C’est évident. Chaque fois que des décisions fondamentales sont à prendre quand à la définition des contours du présent et de l’avenir de cette terre et de ce peuple, elles doivent être prises ici. Un document pareil doit être élaboré par la représentation légitime de la Corse. Il y a d’autant plus d’obligation à se doter d’un PADDUC que nous sommes dans une situation d’urgence vitale dans beaucoup de domaines, notamment le foncier, la langue, le maintien du régime dérogatoire issu des Arrêtés Miot et la démographie avec des néo-arrivants de plus en plus nombreux. Si nous ne nous dotons pas des moyens structurants pour intégrer ces gens dans notre communauté, c’est notre communauté qui va se désintégrer !
 
- N’avez-vous pas été surpris du caractère autonomiste de ce document ?

- C’est un document très progressiste qui reflète la vision de la majorité territoriale actuelle et, sans doute, le courant majoritaire dans l’opinion publique corse. Il confirme ce que nous pensons. Nos idées, que nous défendions hier souvent seuls, ont, aujourd’hui, largement pénétré toutes les couches de la population et les formations politiques. Face à des points qui nous posent problème ou ne vont pas assez loin, nous avons fait le choix de peser démocratiquement autant que possible, fort d’une légitimité concrétisée en mars 2010 et renouvelée lors des dernières élections législatives. Tout en restant dans une opposition ferme et résolue parce que nous critiquons nombre de pratiques de la majorité territoriale.
 
- Est-ce pour cela que vous avez déposé pas moins de 23 amendements ?

- Nous avons décidé d’améliorer ce document pour lui donner un poids politique, une dimension prospective et une vision stratégique conformes aux intérêts fondamentaux de la Corse et de son peuple. Cela a débouché sur un travail très conséquent d’amendements dont la plupart ont été adoptés. C’est une victoire politique importante pour notre groupe et pour notre démarche, mais surtout pour la Corse. Aujourd’hui, à travers le rapport amendé et la délibération qui a force réglementaire, les axes de travail, dans lesquels nous allons déployer notre action dans les mois à venir, sont stratégiques et très porteurs.
 
- L’axe 1er n’est-il pas le Préambule sur le peuple corse que vous avez imposé ?

- Oui. Ce préambule est, pour nous, fondamental. A partir du moment où le PADDUC n’est pas seulement un document d’urbanisme et de planification, mais devient un véritable projet de société ou, en tous cas, un cadre général fixant les contours de ce que nous voulons faire dans les 30 ans à venir, la première question est : au service de quels intérêts, de qui, de quoi ? Pour nous, la réponse est claire : le PADDUC est au service de la Corse, mais aussi du peuple corse. Dans la Corse que nous essayons de construire avec d’autres, il y aura, dans 25 ou 30 ans, toujours un peuple corse. Nous avons tenu à ce que, dans le préambule, cette notion de peuple corse, que nous plaçons au cœur de notre engagement et de notre action politique, soit intégrée et que soit rappelée la délibération de 1988, 25 ans déjà, qui affirmait l’existence d’un peuple corse conçu comme une communauté historique, ouverte, vivante. Cette existence, actée en corse et en français, se retrouve dans la délibération adoptée.
 
- Dans le rapport, le peuple corse est une notion sociale. Pour vous, c’est une notion politique. N’y a-t-il pas ambiguïté sur le terme ?

- Non. Le Préambule est très clair. Il dit que le PADDUC est un instrument au service du peuple corse. La dimension symbolique et politique attachée à la notion de peuple corse est prise en compte de façon explicite, directe et très claire. De plus, l’une des orientations dit, je cite, « Le PADDUC a pour vocation de bâtir un développement durable au service du peuple corse tel que défini dans le Préambule ». C’est essentiel !
 
- Quels sont les autres axes dont vous parlez ?

- Un 2ème axe important est l’intégration directe des évolutions constitutionnelles à venir. Le PADDUC va travailler dans le sens des orientations que nous avons déjà validées et qui nécessiteront une réforme constitutionnelle, à savoir le maintien des Arrêtés Miot à travers un transfert de fiscalité, le statut de résident et la coofficialité de la langue corse.
 
- Pourquoi avoir déposé des amendements sur l’identité, la culture et le patrimoine ?

- Nous tenions à ce que ces points ne soient pas simplement un appendice de la réflexion, parce que notre identité  collective est également au cœur des choix de la société que nous voulons construire avec un certain nombre de valeurs. Par exemple, le rapport des Corses à l’espace, intérieur, littoral, agricole, ne procède pas seulement d’une logique économique, mais aussi d’un sentiment d’appartenance et un certain vécu culturel. Nous avons obtenu que la culture et l’identité soient un des axes centraux des futures politiques publiques.
 
- Sur quoi portaient les autres amendements ?

- Le PADDUC, s’il veut atteindre les objectifs qu’il se fixe, ne peut pas être corso-centré et doit replacer la Corse dans son environnement extérieur, méditerranéen et européen. Nous avons fait acter la possibilité de négocier directement avec les institutions européennes, de s’inscrire dans les programmes de continuité territoriale européenne et les politiques de coopération avec les îles voisines. Un autre point, que le rapport ne mentionnait pas et qui a été intégré, c’est la gestion de la question foncière avec l’harmonisation de la nomenclature pour traiter les statistiques agricoles. Tout un travail de fond sur la défense des terres agricoles qui est, pour nous, une priorité.
 
- Pourquoi avoir retiré votre amendement sur la diaspora ?

- L’un des axes clés de notre réflexion, depuis 30 ans, c’est de dire que pour mettre en œuvre un projet de construction nationale, il faut mobiliser toutes les forces vives de ce peuple et donc aussi les Corses partis à l’extérieur. Mobiliser la diaspora a été acté. Nous voulions que soit validée la création d’une agence de retour. L’exécutif ne s’est pas opposé sur le principe, mais a expliqué que cette mesure était trop détaillée au stade actuel. Nous avons donc, dans un souci d’arbitrage, retiré l’amendement.
 
- Qu’est-ce que cette agence de retour ?

- C’est un organe spécifique chargé de l’organisation du retour des Corses qui le souhaitent. En faisant de la prospective sur le nombre de places qui vont se libérer, il peut aller chercher les Corses de l’extérieur et les inciter à revenir, comme le font beaucoup de peuples qui ont des diasporas importantes. Le principe de l’implication des Corses de la diaspora dans le PADDUC et dans les politiques publiques à venir a été acté.
 
- Vous avez également tenu à acter le déficit de démocratie. Où le situez-vous ?

- Chacun sait qu’il se situe dans un certain nombre de comportements, de mécanismes de confiscation de la démocratie, de clientélisme et de pressions sur les gens. Il faut aussi qu’on en parle. On ne peut pas penser la Corse d’aujourd’hui et de demain sans faire un effort collectif pour renforcer la démocratie au quotidien, concrètement, et moraliser la vie publique.
 
- Que sera votre action maintenant ?

- Les mois à venir sont décisifs. Il ne faut pas perdre de vue qu’un acteur important du jeu est, pour l’instant, resté silencieux et doit parler : c’est l’Etat. Va-t-il ou non ouvrir le dialogue et nous accompagner sur ce chemin d’une nécessaire évolution constitutionnelle et de transferts de compétences et de moyens indispensables pour relever les défis ? La Corse doit avoir une place spécifique de dimension constitutionnelle, commandée par son histoire, sa géographie, son économie et le fait politique, dans la réforme française sur la décentralisation. Nous ferons des propositions et il faudra avancer. Nous pensons qu’il y a urgence.
                                                                                       Propos recueillis par Nicole MARI



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