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Elections Territoriales : Paul Giacobbi en tête, talonné par Gilles Simeoni, score historique pour le FN


Rédigé par Nicole Mari le Dimanche 6 Décembre 2015 à 23:59 | Modifié le Lundi 7 Décembre 2015 - 05:19


C’est une surprise : le président de l’Exécutif sortant, Paul Giacobbi, arrive en tête au 1er tour des élections avec 18,42 % des suffrages exprimés, une très courte tête (0,8 %) devant le leader de Femu a Corsica qui totalise 17,62 %. Autre surprise : à droite, José Rossi occupe la 3ème place avec 13,17 % et devance Camille de Rocca Serra qui ne récolte que 12,70 %. Le Front national (FN) réussit la percée spectaculaire annoncée avec un score historique de 10,58 %. Corsica Libera est la seule autre liste à franchir la barre des 7 % avec 7,72 %. Aucune autre liste n’est qualifiée pour rester en lice au 2nd tour. Seul, le Front de Gauche avec 5,56 % est en capacité de fusionner. Les 5 listes restantes sont éliminées : Jean-Charles Orsucci (4,13 %), E. De Gentili (3,25 %), Jean Zuccarelli (3,15 %), U Rinnovu (2,58 %), H. Santoni (1,12 %).


Elections Territoriales : Paul Giacobbi en tête, talonné par Gilles Simeoni, score historique pour le FN
Le président de l’Exécutif sortant avait promis de faire mentir les sondages qui le donnaient en 4ème position. Il réussit son pari et arrive en tête pour ce 1er tour des élections territoriales avec 24 686 voix. Une avance dans un mouchoir de poche puisque seulement 0,8%, soit 1083 voix, le sépare de Gilles Simeoni qui était, pourtant, donné largement favori. L’asymétrie du taux de participation, bien plus fort dans le rural que dans l’urbain, notamment la baisse de la mobilisation dans les deux grandes villes, Ajaccio et Bastia, lui a été favorable. Même si l’abstention, que tout le monde craignait, n’a pas été aussi forte qu’annoncée et que, la Corse, comme à son habitude, a bien plus voté que sur le continent, le taux de participation est moindre qu’en 2010 (62,38%) et n’atteint que 59,66%. Il n’est que de 51,36% à Ajaccio et de 53,21 % à Bastia où presqu’un électeur sur deux ne s’est pas déplacé pour aller voter.
 
Seul en lice à gauche
C’est sur la Haute-Corse que Paul Giacobbi engrange le maximum de voix, 18 000, contre seulement 6 685 voix en Corse du Sud. Au Nord, il arrive en tête dans des communes de droite où les maires lui ont prêté plus ou moins ouvertement allégeance : 36,91 % à Corte, 32,25 % à Borgo, 25,32 % à Lucciana ou encore de justesse avec 18,23 % à Ile Rousse. Mais, il peine dans les deux grandes villes insulaires avec seulement 7,54 % à Ajaccio et 12,15% à Bastia. Paul Giacobbi avait appelé, lors de ses derniers meetings, les électeurs de gauche à « voter utile ». C’est à-priori ce qu’ils ont fait, puisque aucune des quatre autres listes de gauche ne passe la barre des 7% et que seul, le Front de Gauche, franchit de justesse le seuil de 5%. En gagnant plus de 4400 voix par rapport à son score de 2010 où il était arrivé en 3ème position avec 15,48 %, Paul Giacobbi, qui était déjà le patron incontestable de la gauche corse, reste, donc, seul en lice. Un peu trop seul !
 
La gauche laminée
Sa courte avance est l’arbre qui cache la forêt, l’échec patent de la gauche qui accuse, dans son ensemble, un sévère recul de 7,5 % par rapport à 2010. Elle chute de 42 % des suffrages à 34,51%, soit une perte sèche de plus de 8700 voix. Le revers est cinglant pour le Front de Gauche qui, avec 5,56 %, soit 7 449 voix, perd près de la moitié de son électorat acquis en 2010 où il avait réalisé 10 % des suffrages, soit plus de 13 100 voix. Il ne peut se maintenir au 2nd tour qu’en fusionnant avec la liste Prima a Corsica. Ce qui n’est, pour l’heure, pas encore acquis, même si l’effondrement de la gauche insulaire laisse peu de marges de manœuvre à Paul Giacobbi. Aucune des trois autres listes ne gagne son pari de passer le seuil des 5%, elles sont disqualifiées pour le 2nd tour. Pour sa première élection en solo, Jean-Charles Orsucci réussit, cependant, un joli petit score de 4,13 %, soit 5534 voix. La socialiste Emmanuelle de Gentili ne récolte, quand à elle, que 3,25 % avec 4353 voix. Avec seulement 3,15 % et 4227 voix, Jean Zuccarelli s’effondre complètement par rapport aux 8 % et aux 10 500 voix récoltées par son père en 2010, notamment dans son ancien fief bastiais où il totalise, à peine, 1485 voix.
 
Femu a Corsica stable
La déception est palpable chez les Nationalistes qui espérait un moment historique. Avec 17,62 % des suffrages exprimés, soit 23 603 voix, les Nationalistes modérés de Femu a Corsica ne sont pas très loin du score annoncé par les sondages, mais ratent la première marche du podium pour un millier de voix. Ils ne progressent pas depuis 2010, où ils avaient convaincu plus de 24 000 électeurs, soit 18,40 % des voix. Leur leader Gilles Simeoni se dit, néanmoins, « satisfait » des résultats de ce premier tour, notamment dans sa ville où il atteint l'objectif des 3000 voix qu'il s'était fixé. Il a obtenu, à Bastia, 27,65% des suffrages exprimés, ce qui le met très largement en tête devant la liste arrivée en 2ème position, celle de Jean Zucarelli qui ne recueille que 13,53% des suffrages. Mais s’il capitalise à Bastia, il paie, ailleurs, le prix de dissensions internes, malgré de belles avancées dans certaines communes. A Porto-Vecchio, fief de Jean-Christophe Angelini, Femu a Corsica réalise 25% des voix. Il retrouve des couleurs à Ajaccio, après le maelström des dernières municipales, avec 13,58% des voix, arrive en tête dans des communes comme Ville di Pietrabugno (24,35%), Saint-Florent (24%), Lumio (21,54%, ex-aequo avec le FN) ou Canari (44,94%) et se place en 2nde position dans un très grand nombre de communes.
 
La vague FN
A l’instar de la vague Marine Le Pen sur le continent, le grand vainqueur de ce 1er tour est, incontestablement, le Front national (FN). Même si son score insulaire est 2/3 inférieur à celui qu’il réalise au niveau national, il fait, cependant, un score historique et confirme spectaculairement la percée annoncée par les sondages. Avec 14 176 voix, soit 10,58 %, Christophe Canioni triple pratiquement le score de 2010 où, avec 5400 voix, il n’avait pu dépasser les 5%. « Nous faisons 250 % de plus. Nous avons franchi la barre des 7%. Nous sommes au 2ème tour. C’est que du bonheur ! », réagit-il. Depuis la présidentielle de 2012, le FN progresse inexorablement dans l’île et marque des points à chaque élection, aux Européennes de 2014 et aux dernières cantonales dans l’urbain et le péri-urbain. Il arrive en tête à Pieve (23 %), Lumio (21,54 %), Solaro (21,48 %) et à Alata (19 %). Il arrive 2nd à Ajaccio avec 19,95 % grâce à une forte présence dans les quartiers des Cannes ou des Salines, à Bonifacio (12,27%) et Grosseto-Prugna (14,74 %). Il fait 11,81 % à Bastia où il arrive en 2ème position dans les quartiers Sud. Il arrive en 3ème position à Cargèse (16,98 %), Biguglia (16,94%), Lucciana (15,48 %), Furiani (15,16 %), Borgo (13,99 %), Brando (13,60 %), Castellare-di Casinca (13,48 %) Calvi (11,70 %), Porto-Vecchio (11,51 %), Calenzana (11 %)… Il devrait, dès dimanche prochain, fêter son grand retour à l'assemblée de Corse d'où il est absent depuis 1992.
 
Tocca tocca à droite
Autre surprise de ce scrutin. C’est José Rossi qui arrive en tête de la droite avec 13,17 %, soit 17 648 voix, devant Camille de Rocca Serra qui ne récolte que 12,70%, soit 17 018 voix. Seulement 630 voix séparent les deux listes libérales, mais c’est, indubitablement, Ajaccio qui a fait la différence. Le pari est tenu pour son maire, Laurent Marcangeli, numéro 5 sur la liste de José Rossi, qui a engrangé près de 4656 voix dans sa ville, soit 27,31 % des suffrages contre 1444 voix, soit 8,47% pour Rocca Serra. Comme prévu, José Rossi prend la tête de la Corse-du-Sud avec 19,48 % des suffrages contre 15,23 % pour son rival. Avec un total de 34,71 %, soit plus de 21 000 voix, la droite confirme son hégémonie au Sud. Avec près de 13 600 voix, elle résiste bien au Nord, malgré la pression giaccobiste. Au niveau régional, les deux listes réunies totalisent 25,87%, soit plus de 34 600 voix, et gagnent 6700 voix, soit 4,5%, par rapport à la liste unique de droite, qui était arrivée en tête au 1er tour en 2010 avec 21,34 % des suffrages et 27 900 voix. Les deux listes devraient, selon un accord passé, fusionner au 2nd tour.
 
La percée d’U Rinnovu
Corsica Libera est la seule autre liste à franchir la barre des 7% avec 7,72 %, soit 10 342 voix. Elle perd près de 1900 voix, soit 1,64%, par rapport à 2010, où alliée au Rinnovu, elle avait réalisé 9,36 %, soit 12 236 voix. Une déception pour les Indépendantistes qui espéraient surfer sur certains résultats des dernières cantonales. Les suffrages perdus ont été récupérés par U Rinnovu qui, parti tout seul, réussit à récolter 2,58 % des suffrages, soit 3451 voix. « C’est un bon score, compte tenu des circonstances et d’une campagne confuse où les problèmes de fond ont été peu abordés », commente U Rinnovu, dont le leader Paul-Félix ne siègera donc plus à l’Assemblée de Corse. Au total, les Indépendantistes, comme les autonomistes, ne progressent pas. Le mouvement national reste stable avec 27,92 % des suffrages. D’après les déclarations des têtes de liste à l’issue des résultats, Corsica Libera et Femu a Corsica devraient vraisemblablement fusionner pour le 2nd tour.
Les discussions et les tractations battront leur plein dans les deux jours à-venir. Les électeurs seront fixés au plus tard mardi soir, date limite du dépôt des listes, des fusions éventuelles.
 
Les incertitudes du 2nd tour
Les résultats définitifs connus, tous les grands leaders, qualifiés pour le 2nd tour, se sont enfermés dans leur permanence ou leur état-major. En dépit des satisfactions de façade, tous, à l’exception du FN qui exulte, font plus ou moins grise mine. Avec raison ! L’union de la gauche insulaire, version 2010, n’étant plus à l’ordre du jour, la partie risque d’être serrée pour Paul Giacobbi dont les marges de manœuvre semblent, à priori, limitées. Pas sûr qu’il réussisse à convaincre les électeurs de la gauche progressiste qui récusent sa gouvernance ou ceux de la gauche républicaine qui l’accusent de trahison ! L’union de la droite, toute de mauvais gré qu’elle soit, aussi bien que la frileuse union des Nationalistes, si elles se réalisent, ne font pas, du tout, son affaire. De son côté, la droite, même si elle parvient à fusionner, aura du mal à s’affranchir du contrecoup de sa division désastreuse, de son éternelle guerre des chefs et d’une forte pression du Front national et à s’imposer. Enfin, les Nationalistes, même rassemblés, ne pourront pas s’en sortir seuls, ils auront besoin de ratisser large, mais pas sûrs que les progressistes de gauche, comme de droite, apprécient l’union. Au final, l’incertitude est totale, le second tour reste largement ouvert. Aucun camp ne peut, aujourd’hui, prétendre à un quelconque leadership, ni à emporter la majorité, dimanche prochain.
 
N.M.
 
 


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