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Deux ans après la mort d’Yvan Colonna, l’enquête n'est toujours pas terminée


le Lundi 4 Mars 2024 à 17:14

Le 2 mars dernier marquait les deux ans de l’agression mortelle d’Yvan Colonna par Franck Elong Abé, l’un de ses codétenus, islamiste radical. Menée par deux juges parisiens, l’information judiciaire pour assassinat en lien avec une entreprise terroriste est toujours en cours. Tout comme l’enquête ouverte suite aux conclusions des travaux de la commission parlementaire.



(Photo : Archives Michel Luccioni)
(Photo : Archives Michel Luccioni)
Le 2 mars 2022, c’est un véritable tremblement de terre qui secouait la Corse. À la prison d’Arles, Yvan Colonna venait d’être agressé par l’un de ses codétenus. Franck Elong Abé, connu pour être un islamiste radical, avait en effet profité d’un instant seul dans la salle de sport de l’établissement pénitentiaire avec le nationaliste corse pour lui porter de violents coups. Plongé dans le coma et transporté à l’hôpital Nord de Marseille, le berger de Cargèse y décédera le 21 mars suivant. 
 
En réaction, la Corse s’embrase aussitôt. Aux quatre coins de l’île, rassemblements et manifestations sont organisés et sont régulièrement émaillés par des heurts nourris avec les forces de l’ordre. Au point, qu’envoyé en Corse pour tenter de calmer les choses, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, fini par lâcher le mot d’autonomie. C’est le début du processus de Beauvau. Mais à l’heure où ces discussions avec l’État doivent prochainement prendre fin, l’information judiciaire pour assassinat en lien avec une entreprise terroriste menée par deux juges parisiens afin de faire la lumière sur les circonstances qui ont conduit à la mort d’Yvan Colonna, est pour sa part toujours en cours. 
 
 
« Nous attendons de pouvoir accéder à l’exploitation de la vidéosurveillance »
 
« De nombreux témoins ont été auditionnés, d’une part des détenus, d’autre part des surveillants. Il s’agit maintenant de recouper ces auditions. Le but étant de déterminer si l’assassin a agi de façon spontanée, impulsive, irréfléchie, comme il l’a prétendu initialement, ou si en réalité la commission de son acte a été mûri un certain temps. Si c’est la deuxième option, la seconde question est de savoir si c’est un acte solitaire, ou s’il s’inscrit dans une concertation, voire d’une instigation », dévoile Me Emmanuel Mercinier-Pantalacci, avocat de l’un des fils d’Yvan Colonna. Peu d’éléments filtrent de cette enquête pénale, secret de l’instruction oblige, mais l’avocat a de son côté un avis bien tranché. « Il m’apparaît difficile d’admettre que cet acte ait été totalement impulsif. Il me semble établi que cet acte a été réfléchi », plaide-t-il. 
 
Si le procès de Franck Elong Abé ne devrait pas avoir lieu avant encore plusieurs années, les prochaines étapes du dossier revêtiront déjà une importante capitale pour les avocats de la famille. « Nous attendons de pouvoir accéder à l’exploitation de la vidéosurveillance, voire aux bandes de vidéosurveillance elles-mêmes. C’est une chose à laquelle, nous avons été extrêmement attentifs depuis le début. Nous savons par expérience que dans certains dossiers les bandes vidéo ont tendance à disparaître, ou que la qualité, par de malencontreuses manipulations, est altérée, de sorte qu’elles sont inexploitables. Donc dès le début, nous avons signifié de façon très formelle et à plusieurs reprises l’impérieuse nécessité qu’il y avait à mettre ces bandes à l’abri de tout aléa. Et nous avons à plusieurs reprises reçu l’assurance que ces bandes sont en lieu sûr », explique Me Mercinier-Pantalacci en ajoutant : « Ces bandes de vidéosurveillance sont toujours en cours d’exploitation par les enquêteurs. J’imagine que cela va bientôt être terminé et que l’on va avoir accès au rapport d’exploitation ». 
 

« Nous attendons toujours les sanctions et les résultats des enquêtes »
 
En parallèle, l’attente est aussi grande après les travaux de la commission d’enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur les dysfonctionnements au sein de l’administration pénitentiaire et de l’appareil judiciaire qui ont conduit à la mort d’Yvan Colonna au sein de la maison centrale d’Arles. Au terme de six mois d’auditions, celle-ci en effet avait conclu à de graves dysfonctionnements au sein de la maison centrale d’Arles et de zones d’ombres quant au parcours carcéral de Franck Elong Abé en mai 2023. 
 
Le 5 juillet suivant, les députés insulaires Jean-Félix Acquaviva et Laurent Marcangeli, respectivement président et rapporteur de la commission d’enquête, avaient d’ailleurs saisi procureur de la République de Tarasacon  sur la base de l’article 40 du code de procédure pénale qui dispose que « toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la République ». Dans leur courrier, ils mettaient ainsi en lumière « un dysfonctionnement majeur et un possible effacement volontaire de données ». Un signalement qui a conduit à l’ouverture d’une enquête préliminaire   le 28 juillet. Les investigations confiées à la police judiciaire de Marseille, seraient également toujours en cours. Là aussi, rien ne filtre de l’enquête. 
 
Deux ans jour pour jour après l’attaque, le député Jean-Félix Acquaviva a ainsi appelé à se souvenir que le « zones d’ombre mises en exergue lors de la commission d’enquête parlementaire sur l’assassinat d’Arles sont tellement grandes qu’elles donnent le tournis ». « Nous attendons toujours les sanctions et les résultats des enquêtes », a-t-il écrit sur le réseau social X.