C'est un cap symbolique et stratégique que vient de franchir l'école d'ingénieurs MIRA. Réunis au CampusPlex d'Ajaccio, les responsables de FemuQuì Ventures, de la Banque des Territoires et de MIRA ont officialisé un tour de table de 2,4 millions d'euros destiné à accompagner la montée en puissance de l'établissement corse spécialisé dans la robotique et l'intelligence artificielle.
L'opération est présentée comme une première à l'échelle de l'île. Pour la première fois, la Banque des Territoires et FemuQuì co-investissent au sein d'une même entreprise autour d'un projet de formation supérieure et d'innovation technologique. L'intervention, réalisée sous forme d'actions et d'obligations convertibles, s'accompagne également d'une évolution de la gouvernance avec un renforcement du conseil stratégique afin de garantir l'exigence académique du projet.
Pour Ghjuvan'Carlu Simeoni, gérant de FemuQuì Ventures, cet investissement s'inscrit dans la continuité d'un engagement de longue date. « Nous sommes actionnaires d'Aflokkat depuis neuf ans. Aujourd'hui, un nouveau cycle s'ouvre avec l'émergence de l'école d'ingénieurs accréditée par la CTI. C'est une étape exigeante qui nécessitait de nouveaux moyens mais aussi le regard complémentaire d'un investisseur institutionnel comme la Banque des Territoires », explique-t-il.
D'Aflokkat à MIRA, seize années de construction
Derrière cette levée de fonds se cache une aventure entrepreneuriale entamée il y a seize ans. Fondée en 2010 par Benjamin et Jean Pereney, Aflokkat s'est d'abord développée dans le domaine de la formation professionnelle avant d'opérer un virage vers les formations diplômantes à partir de 2017 avec le label Grande École du Numérique. La création d'un CFA en 2019 puis l'obtention du statut d'établissement d'enseignement supérieur en 2021 ont progressivement préparé le terrain à la création d'une véritable école d'ingénieurs.
Le tournant intervient en 2023 lorsque la Commission des titres d'ingénieur accorde son accréditation à MIRA. Un fait marquant puisque l'établissement est alors la seule nouvelle école accréditée en France cette année-là. La première promotion d'ingénieurs effectue sa rentrée en 2024 avant que l'école ne soit officiellement reconnue par l'État au début de l'année 2026.
Aujourd'hui, MIRA compte 220 étudiants répartis dans plusieurs filières, dont 25 élèves ingénieurs sur deux promotions. L'objectif affiché est d'atteindre 450 étudiants d'ici 2030. « Nous avons bâti pas à pas une école d'ingénieurs là où beaucoup pensaient que c'était impossible, voire inutile. Pourtant, il manque aujourd'hui près de 20 000 ingénieurs chaque année en France », souligne Benjamin Pereney.
Grâce à ce nouvel apport financier, MIRA entend désormais accélérer son développement. Les fonds serviront notamment à renforcer les équipes pédagogiques et de recherche, à développer des partenariats académiques européens et internationaux et à accroître le rayonnement de l'école dans l'espace euro-méditerranéen. « Cette levée de fonds doit nous permettre de renforcer nos équipes, de nouer de nouveaux partenariats et d'améliorer l'attractivité de l'école », détaille Benjamin Pereney. Mais au-delà des moyens financiers, le dirigeant y voit surtout un levier pour ancrer durablement une formation d'excellence sur le territoire. « Notre ambition est de faire de MIRA une école aux standards européens, capable de donner envie aux jeunes Corses de suivre ces formations tout en attirant des talents venus de l'extérieur. Nous voulons devenir une école de référence en robotique. » L'école conservera juridiquement le nom d'Aflokkat, tandis que MIRA deviendra son identité officielle en tant qu'établissement d'enseignement supérieur.
La robotique comme outil d'industrialisation
Pourquoi avoir choisi la robotique comme spécialité principale ? Il y a encore quelques années, le pari pouvait sembler audacieux. Aujourd'hui, les investisseurs estiment au contraire que le positionnement est particulièrement pertinent. Pour Ghjuvan'Carlu Simeoni, les écoles d'ingénieurs constituent des outils stratégiques de développement économique. « Il ne peut pas y avoir d'innovation sans accumulation de savoir-faire et de compétences. Les écoles d'ingénieurs sont précisément des lieux où se concentrent ces capacités. »
Le dirigeant de FemuQuì cite volontiers l'exemple de l'ESTIA, l'école d'ingénieurs du Pays basque, dont le fondateur était présent à Ajaccio. Créée il y a trente ans, elle a contribué à faire émerger autour d'elle la technopole Izarbel qui accueille aujourd'hui plus de 110 entreprises et près de 1 000 salariés.
Une trajectoire qui inspire clairement les promoteurs de MIRA.
Depuis le début de l'année 2026, l'école a d'ailleurs intégré les nouveaux locaux du CampusPlex 2.0 où cohabitent désormais étudiants, entreprises technologiques et investisseurs. Une proximité destinée à favoriser les collaborations entre recherche, entrepreneuriat et financement. Les trois partenaires partagent une même conviction : la robotique et l'intelligence artificielle vont profondément transformer les modèles économiques. Selon Ghjuvan'Carlu Simeoni, l'émergence d'une robotique professionnelle couplée à l'intelligence artificielle constitue une opportunité majeure pour les PME. « Les coûts d'implantation diminuent. Nous ne sommes plus uniquement dans la grande robotique industrielle. Désormais, de petites entreprises peuvent elles aussi intégrer ces technologies pour gagner en compétitivité. »
Pour lui, cette « intelligence artificielle physique », associant logiciels et équipements robotiques, représente l'une des clés de la réindustrialisation européenne. « Le virage de l'intelligence artificielle est majeur et transformant », souligne Sophie Hardouin, directrice régionale de l'institution. « Nous avons lancé le programme Territoires d'IA afin d'accompagner les acteurs publics et privés dans cette transition. »
Elle rappelle que l'investissement dans MIRA répond à un double objectif : soutenir la cohésion territoriale à travers la formation tout en accompagnant les mutations technologiques. « La formation est l'un des premiers piliers de la cohésion sociale. Pour nous, l'intelligence artificielle et la cohésion territoriale sont étroitement liées. »
Au-delà du seul enjeu corse, les promoteurs du projet regardent désormais vers l'ensemble du bassin méditerranéen. L'objectif affiché est de faire émerger à Ajaccio un centre de compétences reconnu à l'échelle européenne dans les domaines de la robotique et de l'automatisation. Les liens renforcés avec l'ESTIA, le soutien des acteurs économiques locaux et l'arrivée de nouveaux partenaires financiers doivent contribuer à cette montée en puissance. Pour Benjamin Pereney, l'enjeu dépasse désormais le cadre de l'école elle-même. « Former ici la prochaine génération d'ingénieurs n'est pas seulement notre projet. C'est une cause commune. » À travers cette levée de fonds, MIRA espère désormais démontrer qu'une île souvent confrontée à l'exode de ses talents peut aussi devenir un territoire capable de former, attirer et retenir les compétences qui construiront l'économie de demain.
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