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À Lumiu, E Statinate font dialoguer littérature, territoire et vins de Balagne


Maria-Serena Volpei-Aliotti le Samedi 22 Août 2026 à 09:00

Le coup d’envoi d’E Statinate a été donné vendredi 21 août au Forum Edmond-Simeoni de Lumiu. Jusqu’à dimanche, l’association Musanostra réunit écrivains, lecteurs et amoureux de littérature autour d’un rendez-vous qui revendique son ancrage insulaire tout en s’ouvrant aux écritures venues d’ailleurs. Parmi les temps forts de cette édition, la remise du prix Musanostra à Charlotte Casiraghi pour La Fêlure, ouvrage qu’elle présentera au public ce samedi 22 août.



Trois jours de littérature, de rencontres, de débats, de dédicaces et de vins de Balagne. Depuis vendredi soir, le Forum Edmond-Simeoni de Lumiu accueille une nouvelle édition d’E Statinate, le rendez-vous estival porté par l’association Musanostra.
Une manifestation désormais bien installée dans le paysage culturel insulaire et qui, depuis 2015, défend une formule singulière, celle de faire se rencontrer les livres, les auteurs, le public et un territoire.

« Ce sont trois jours d’effervescence. On court de tous côtés, il y a du monde, des retrouvailles, de nouvelles têtes et surtout les auteurs que l’on veut accueillir au mieux », sourit Marie-France Bereni, de Musanostra.
Elle rappelle que l’aventure est née de la rencontre avec la commune et son maire, Étienne Suzzoni, autour d’une idée finalement assez simple, créer à Lumiu un rendez-vous où littérature et vin pourraient dialoguer. Plus de dix ans après les premières rencontres, le concept a trouvé son public.

 
Une première soirée entre littérature corse et remise de prix
La première journée, vendredi 21 août, a donné le ton de cette édition 2026. Le public a notamment retrouvé Maria Pourchet, autour de Un été avec Romain Gary, lors d’une rencontre modérée par François-Henri Désérable.
La soirée a également accordé une place importante à la création insulaire avec une lecture musicale de Pè a Memoria, ouvrage d’Angeo Salducci et Cathy Cardera Colonna, mêlant récits, chants et poésie.
Autre moment particulièrement attendu, la remise du prix Musanostra à Charlotte Casiraghi pour son essai La Fêlure. L’autrice sera de nouveau présente ce samedi 22 août pour présenter son ouvrage, échanger autour de celui-ci avec le public, lors d’une rencontre modérée par Kevin Petroni, puis pour une séance de dédicaces.
Pour Marie-France Bereni, cette distinction récompense « un véritable hommage à la littérature ».
Publié en 2025, La Fêlure interroge ce que les blessures, les ruptures et les fragilités peuvent révéler de l’existence à travers la fréquentation des grands textes et des écrivains qui ont accompagné le parcours de Charlotte Casiraghi.

« Une notion, mais aussi un portrait de l’autrice »
 Kevin Petroni, organisateur et modérateur du festival, voit dans l’ouvrage un travail construit sur deux dimensions.
« Il y a une première position qui est la façon dont la fêlure, à travers la lecture de grandes œuvres et de livres marquants pour l’autrice, va définir ce que c’est que la fêlure », explique-t-il.
Mais le choix même des écrivains convoqués révèle également quelque chose de plus intime. « Ce choix est personnel. Il dit les types de lectures de l’autrice, son parcours de vie, sa rencontre avec ces écrivains et les raisons pour lesquelles elle les convoque. On a donc aussi, en creux, un portrait de l’autrice». 
Une matière particulièrement riche pour celui qui revendique une conception exigeante de la modération littéraire. Pour Kevin Petroni, il ne s’agit pas de se limiter à résumer un ouvrage devant son auteur.
« L’idée, c’est toujours de lire l’œuvre, de voir dans quels genres elle s’insère, puis de comprendre quel est le projet de l’auteur et comment un style, une manière d’écrire, va atteindre un but précis et toucher le lecteur». 
 
François-Henri Désérable et le vin comme fil conducteur
Ce samedi, le public retrouvera également François-Henri Désérable, parrain et fidèle du rendez-vous, autour de son roman Le Palais.
Kevin Petroni évoque « un grand roman d’aventure sur le vin », porté à la fois par l’érudition de son auteur et par « cette joie, ce plaisir de raconter » qui conduit le lecteur à travers les vignobles et les cultures.
Cette présence du vin n’est évidemment pas anodine à E Statinate. Elle constitue même l’un des fils conducteurs de la manifestation.
 
« Le vin est déjà un bien d’échange, un bien de partage », souligne Kevin Petroni. « C’est normalement ce qui permet de communier. C’est une invitation. Le vin a aussi toujours été lié à l’invention, à la culture savante, au fait de créer de nouvelles choses».
Dans un territoire viticole comme la Balagne, le rapprochement prend tout son sens. Il permet également au festival de revendiquer un ancrage géographique fort sans s’y enfermer.
 
Faire dialoguer la Corse avec les autres littératures
Car E Statinate entend précisément créer des passerelles. « L’idée est de renouer avec un territoire, un ancrage, mais aussi de faire dialoguer différentes littératures : régionales, nationales, européennes et internationales », poursuit Kevin Petroni.
Une ambition que partage Marie-France Bereni, qui insiste sur la présence constante de la littérature et de la langue corses au sein des activités de Musanostra.
« On fait toujours en sorte que la langue corse retentisse », souligne-t-elle, rappelant que l’association mène de nombreuses actions tout au long de l’année.
Pour cette édition, la littérature insulaire se retrouve notamment dans Pè a Memoria, mais aussi dans le Premiu Musanostra, qui sera remis dimanche aux auteurs de L’Opera de Ghjuvanteramu Rocchi, publié aux éditions Piazzola.
Pour Kevin Petroni, la littérature corse a d’ailleurs gagné en visibilité au cours des dernières années. « Il faut toujours la valoriser, la diffuser et faire perdurer une culture et une littérature. Mais elle a gagné en intérêt. Le fait que des séries ou des films accompagnent aussi cette littérature le montre. Et la langue se porte dans cette diversité, que ce soit dans la poésie ou dans le roman».
 
Une édition 2026 particulièrement féminine
Marie-France Bereni relève également l’une des particularités de cette édition, la forte présence des femmes.
« Cette année, ce qui est assez original, c’est qu’il y a beaucoup de femmes belles et brillantes. C’est assez rare dans les festivals pour qu’on le souligne », observe-t-elle.
Charlotte Casiraghi en est l’une des figures, avant notamment la venue dimanche de Kalindi Ramphul, pour Les Solitudes de Petite Rivière, puis d’Adèle Van Reeth, qui participera à une rencontre modérée par Marie-France Bereni Canazzi.
Pour l’organisatrice, le choix des invités repose d’abord sur une ligne assumée. « On invite les auteurs que l’on aime» .
Un travail de programmation auquel contribue largement François-Henri Désérable, conseiller littéraire et fidèle de la manifestation.
 
Lumiu, bien plus qu’un simple décor
Le choix de Lumiu participe enfin pleinement à l’identité d’E Statinate. Entre mer et montagne, à proximité de Calvi mais conservant son caractère villageois, la commune s’est forgé au fil des années une véritable identité culturelle.
« Lumiu a tout pour plaire : un bord de mer magnifique, une montagne magnifique, des activités et des gens qui accueillent et qui aiment la culture », estime Marie-France Bereni.
Une réputation qui contribue selon elle à attirer des écrivains mais également un public bien au-delà de la Balagne. Corses, continentaux et visiteurs étrangers se côtoient ainsi durant les rencontres.
« Ils sont toujours très étonnés et nous félicitent pour la qualité du plateau et le prestige des invités », confie-t-elle.
 
E Statinate se poursuivra ce samedi 22 août à partir de 18 heures avec François-Henri Désérable puis Charlotte Casiraghi. Dimanche, toujours à partir de 18 heures, Kalindi Ramphul et Adèle Van Reeth seront notamment à l’affiche, avant les dédicaces et une dégustation de vins de Balagne qui viendra refermer cette édition.
 
Une manière de rester fidèle à l’esprit du rendez-vous résumé par Kevin Petroni. « Découvrir des œuvres différentes et singulières, rapprocher la culture corse d’autres littératures méditerranéennes, françaises ou mondiales, et puis passer un moment d’échange, tout simplement : discuter, lire et se détendre».