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Vincent Carlotti : « L’enjeu des élections est d’écrire le nouveau pacte de confiance entre les Corses et la République »


Rédigé par Nicole Mari le Samedi 21 Novembre 2015 à 17:04 | Modifié le Lundi 23 Novembre 2015 - 00:35


Sa présence, il y a quelques jours, au meeting de Gilles Simeoni à Ghisonaccia a surpris et fait jaser, alors qu’il s’affichait auprès d’Emmanuelle De Gentili, en août dernier, lors de l’annonce de sa candidature aux élections territoriales des 6 et 13 décembre. Vincent Carlotti, leader de la Gauche autonomiste, réaffirme, à Corse Net Infos, son soutien à la candidate socialiste et prône une coalition des forces progressistes autour du leader nationaliste, si celui-ci arrive en tête au soir du 1er tour. Une situation qui, selon lui, permettrait, tout en sortant du système clientéliste et claniste, de solder la question Corse à travers un nouveau pacte avec Paris.


Vincent Carlotti, leader de la Gauche autonomiste et soutien d'Emmanuelle De Gentili aux élections territoriales.
Vincent Carlotti, leader de la Gauche autonomiste et soutien d'Emmanuelle De Gentili aux élections territoriales.
- Vous étiez à Piedicroce avec Emmanuelle De Gentili. Samedi dernier, vous avez assisté au meeting de Gilles Simeoni. Avez-vous changé d’avis ?
- Je n’ai aucune raison de changer d’avis ! Bien que je n’appartienne plus au PS depuis bientôt trois ans, c’est là que se situe ma famille politique. Je me suis clairement engagé depuis le début aux cotés d’Emmanuelle De Gentili, et je soutiens, bien sûr, sa candidature. Un des membres du Club politique, que j’anime, figure d’ailleurs sur sa liste.
 
- Vous auriez pu tout autant voter pour la liste de Jean-Charles Orsucci. Pourquoi ne l’avez-vous pas choisi ?
- J’aurais surtout préféré voter pour une liste unissant De Gentili et Orsucci. Elle aurait, j’en suis certain, atteint le score à deux chiffres qui lui aurait permis de peser sur les choix de l’assemblée de Corse. Compte tenu des marges d’erreur, quatre plus quatre peuvent bien faire plus que huit ! Mais, pour répondre clairement, je ne pense pas que les convictions politiques sont un Pin’s qu’on arbore fièrement à la boutonnière quand tout va bien, et qu’on retire discrètement quand ça va moins bien. C’est pourquoi mon soutien ira à Emmanuelle De Gentili.
 
- Vous citez le sondage d’Opinion Way qui a été diversement apprécié. Avez-vous été surpris de la tendance qu’il dessine ?
- Je ne pense pas qu’il faille prendre à la lettre les chiffres annoncés. Par contre, il y a de bonnes chances qu’il traduise les rapports de force entre les différentes listes, et donc leur hiérarchie. Le premier enseignement que l’on peut en tirer, c’est bien sûr la présence en tête de la liste conduite par Gilles Siméoni. Il faut rester prudent, mais, si ce premier diagnostic est confirmé, il s’agit là d’un véritable tremblement de terre ! Pour la première fois, non seulement une liste issue de la famille nationaliste se retrouve en pôle position, mais la dynamique qu’entraine cette situation peut amener une coalition des forces progressistes au pouvoir en Corse. Le deuxième enseignement est que Paul Giacobbi a perdu le statut de favori que lui accordaient les médias, et qu’il avait, lui-même, imprudemment proclamé lors de la présentation de sa liste Prima a Corsica. Je n’en suis pas surpris !
 
- Pourquoi ?
- Vous comprendrez que je n’en dise pas plus… Il sera difficile pour lui de lever le doute sur une possible victoire que le résultat calamiteux de ce sondage instille sans doute dans l’esprit de ses soutiens. Prima a Corsica est une liste dont le ciment est la certitude de ses membres que leur chef de file sera victorieux. Raymond Barre disait qu’il ne fallait jamais attacher son chien avec des saucisses ! On verra bientôt si ce dicton savoureux se vérifie.
 
- Justement, comment voyez vous la suite ?
- Je voudrais, d’abord, rappeler que mes propos n’engagent que moi. Ils n’engagent pas plus la candidate de la liste que je soutiens, que le PS auquel je n’appartiens plus. Cela étant précisé, je ne m’aventurerais pas dans le jeu favori de nos politiciens qui consiste à échafauder tous les scénarios possibles et imaginables au 2nd et surtout au 3ème tour du scrutin. La cuisine venacaise n’a jamais été ma tasse de thé ! J’ai soutenu, lors des dernières élections municipales, l’alliance entre les Socialistes et les Autonomistes. J’anime un club de réflexion intitulé «  La Gauche autonomiste ». Je ne surprendrai, dès lors, personne en appelant de mes vœux l’alliance des Progressistes autour de la liste Femu a Corsica si, bien entendu, le vote de nos concitoyens confirme le sondage. Cette perspective ne peut cependant s’ouvrir, selon moi, que dans une perspective qui s’inscrive clairement dans le cadre de la République française. Mais au-delà de cette position qui consacrerait la défaite de l’Exécutif sortant et l’arrivée au pouvoir de ceux qui en sont écartés depuis 50 ans, il y a un enjeu plus important.
 
- Lequel ?
- L’enjeu de créer les conditions aptes à solder la question Corse en prenant la hauteur nécessaire. Le désamour entre la Corse et la République, qui va croissant, ne s’apaisera pas avec les manœuvres politiciennes de la mandature qui vient de s’écouler. Il y a près de 250 ans que la Corse a été annexée au royaume de France, après une guerre dont Michel Rocard rappelait, devant l’Assemblée nationale, qu’elle avait fait plus de morts que la guerre de conquête de l’Algérie. Les 50 dernières années ont été marquées par le réveil d’une conscience corse, dans le domaine culturel d’abord, puis dans le domaine politique avec la naissance du mouvement autonomiste et l’émergence, un peu plus tard, de la violence  clandestine. La décision des mouvements clandestins de déposer les armes n’a pas été suffisante, et je le regrette, pour déclencher le processus qui aurait pu permettre d’écrire une nouvelle page des relations entre la Corse et la République.
 
- Quelle nouvelle page faut-il, selon vous, écrire ?
- La situation commande que l’on se décide à écrire, cette fois-ci sérieusement, le nouveau pacte de confiance entre les Corses et la République. La victoire des forces progressistes offrirait une très bonne occasion. A partir de là, qui, mieux que l’alliance entre les Socialistes et les Autonomistes associés à leurs alliés traditionnels, pourrait s’atteler à cette tâche aussi urgente que vitale ? Les uns, comme les autres, ont toujours été au cœur des évolutions de nos institutions pendant que d’autres, qui jouent aujourd’hui les ouvriers de la onzième heure, les combattaient avec acharnement. La victoire des seules forces nationalistes n’y suffirait pas. Elle provoquerait, au contraire, l’alliance de tous les réactionnaires, comme cela s’est déjà produit dans un passé récent. Au-delà de toutes les péripéties qui peuvent agiter la classe politique, c’est là, pour moi, l’enjeu des prochaines élections.
 
- Ne craignez-vous pas que la Gauche ne se dissolve dans la victoire des Nationalistes ?
- Non, pas du tout ! La Gauche sera là où se trouveront les Socialistes qui auront su prendre leurs responsabilités. La disparition d’un certain nombre de chefferies traditionnelles ne signifie en rien que les valeurs de la Gauche disparaitront avec elles. Bien au contraire, elles survivront et s’épanouiront, débarrassées des scories du clanisme et du clientélisme. 
 
- Relever cet enjeu, dans la prochaine mandature qui n’est censée durer que deux ans, cela vous semble-t-il réaliste ?
- Si la prochaine mandature, réduite à deux ans, ne permet pas d’obtenir des résultats dans ce domaine, rien n’empêche que le processus, nécessairement long, soit lancé ! De la même façon qu’elle peut permettre d’amorcer l’indispensable changement d’orientation de notre modèle économique où le tourisme et le BTP, s’ils ont bien entendu toute leur place, ne doivent plus constituer l’alpha et l’oméga de notre politique économique et sociale. En même temps, les inquiétudes, que soulèvent, à tous égards, les conditions dans lesquelles se présente la reprise de la SNCM, doivent nous inciter à revoir de fond en comble le système de transport extérieur et intérieur de la Corse. Celui-ci ne remplit aucun des objectifs qui lui avaient été assignés lorsque l’Etat a engagé les fonds considérables de la continuité territoriale. Les compagnies aériennes et maritimes ont pris le pouvoir : il est urgent que les élus de l’assemblée de Corse, garants de l’intérêt général, aient le courage de le reprendre et de l’assumer !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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