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Une délégation corse à Edimbourg pour le référendum écossais


Rédigé par le Samedi 13 Septembre 2014 à 00:31 | Modifié le Mercredi 17 Septembre 2014 - 22:20


Vendredi à l’Assemblée de Corse a eu lieu la présentation de la délégation des représentants de l'ALE (Alliance Libre Européenne) en Corse et du groupe Femu a Corsica qui doit se rendre le 18 septembre à Edimbourg pour le référendum sur l'autodétermination de l'Ecosse. Un rendez-vous majeur pour les Ecossais dont les enjeux concernent également la Corse. La délégation sera composée de François Alfonsi, Xavier Luciani, Gilles Simeoni, Fabienne Giovannini, Roccu Garoby et Jean-Christophe Angelini.


Une délégation corse à Edimbourg pour le référendum écossais
Les électeurs écossais exprimeront dans 5 jours par référendum leur préférence en ce qui concerne la place de leur nation au sein du Royaume-Uni. Si le oui l’emporte l’Ecosse deviendra indépendante le 24 mars 2016 et les premières élections législatives de cette nouvelle Ecosse auraient lieu le 5 mai 2016.
D’ores et déjà, ce référendum est une victoire politique pour le parti indépendantiste Scottish National Party (SNP) et pour les Écossais qui entendent ainsi affirmer leur volonté de ne plus subir les décisions du gouvernement et du parlement britanniques, qui ne les prennent pas réellement en compte.
Mais s’il existe une identité nationale très forte en Ecosse, il n’en reste pas moins pour beaucoup un attachement à  la citoyenneté britannique qui fera peut-être la différence. 

François Alfonsi: " Faire participer la Corse à ce grand mouvement européen"

- Ce rendez-vous du 18 septembre est un rendez-vous majeur pour les Ecossais, celui d’un référendum qui répondra à la question « L’Ecosse devrait-elle être un pays indépendant ? » Dans l’hypothèse d’une victoire du oui que se passerait-il ?
 - Le Premier ministre britannique, David Cameron, et le chef de l'Exécutif écossais, Alex Salmond, ont conclu un accord sur l'organisation de ce referendum suite aux élections écossaises de mai 2011 qui ont donné une majorité absolue au Scottish National Party au sein de l'Assemblée d'Ecosse.
Si le oui passe, des négociations sont prévues par les deux parties pour prendre acte du résultat. Le SNP en évalue la durée à 18 mois, le temps de répartir les charges héritées par l'un et l'autre de l'ancien Royaume Uni, de régler la question de la participation de l'Ecosse à l'Union Européenne en adaptant les traités, etc...
Après, tout est une question de volonté. Aujourd'hui, pour faire reculer les électeurs écossais, Londres met en avant toute une série de barrages, sur la livre sterling, sur l'adhésion à l'Europe, etc...  Une fois le résultat acquis, le pragmatisme légendaire des anglo-saxons reprendra rapidement le dessus : ce n'est l'intérêt de personne, pas plus à Londres qu'à Bruxelles, d'entraver un processus d'émancipation de l'Ecosse qui sera devenu de toutes façons inéluctable.

- Pourquoi l’Ecosse devrait-elle être un pays indépendant ?
- La justification de la revendication d'indépendance de l'Ecosse est d'abord historique. L'Ecosse est une nation d'Europe dont les droits sont incontestables. Et c'est d'ailleurs un hommage que l'on doit rendre à la démocratie britannique d'avoir reconnu aux Ecossais le droit de décider de leur avenir.
Mais les Ecossais ne veulent pas continuer à être dépendants de décisions fondamentales qui sont prises à Londres et qui les entrainent contre leur gré.
Deux dossiers centraux de la campagne référendaire éclairent cela. Les conservateurs au pouvoir à Londres veulent organiser en 2017 un referendum pour sortir la Grande Bretagne de l'Union Européenne, alors que les Ecossais sont ultra-majoritaires à vouloir rester européens. En étant indépendants, ils pourront le faire. L'autre dossier est celui du modèle social. Londres inscrit sa politique dans une logique ultra-libérale. Le gouvernement écossais a résisté avec tous les moyens de l'autonomie actuelle, pour ériger un modèle social écossais proche des standards du Nord de l'Europe. Mais l'autonomie ne permet ces ajustements qu'à la marge. En matière de santé publique, de sécurité sociale, d'éducation, les Ecossais veulent aller beaucoup plus loin et ils en sont empêchés par les lois votées à Londres. Pour eux l'indépendance est un moyen indispensable pour y parvenir.

- Le gouvernement écossais a présenté dans son livre blanc, « Scotland’s Future. Your Guide to an Independant Scotland » les enjeux d’une éventuelle indépendance : démocratie, justice sociale, prospérité, fiscalité totalement indépendante. Il est aussi question de la viabilité économique, quel en est son potentiel ?
- Les ressources de l'Ecosse sont importantes. Son économie n'est pas vraiment dépendante de ses ressources pétrolières, même si celles-ci y contribuent pour une bonne part. D'ailleurs, les ressources en énergies renouvelables sont encore plus considérables, 40% des ressources de toute l'Europe sont en Ecosse, grâce notamment aux gisements éoliens, et Alex Salmond conduit une des politiques européennes les plus fortes pour les énergies renouvelables.
Comme tout territoire qui s'auto-administre, l'Ecosse doit veiller à ses équilibres économiques. Elle l'a fait en tant que région autonome, elle le fera tout autant en tant qu'Etat et je ne doute pas qu'elle y parviendra au moins aussi bien que la Grèce, l'Irlande, les Iles Feroe ou l'Islande !

- Que reprochent les indépendantistes au Royaume Uni ?
- Les divergences principales je les ai évoquées plus haut : le sentiment européen et les choix économiques et sociaux. Et il s'y ajoute le point fondamental, le sentiment national : l'identité de chaque peuple doit pouvoir s'épanouir en Europe. Les Écossais aspirent à la reconnaissance pleine et entière que permet l'indépendance.
 
- Si 90 % des Écossais revendiquent leur identité écossaise, ils sont également deux tiers à se revendiquer britanniques, cela influencera-t-il les votes ?
- C'est dans la nature des choses quand un changement aussi fondamental intervient. Tout en partageant le même sentiment national, les gens réagissent différemment selon leur propre situation. Le succès du oui entraînera une rupture. C'est moins facile à décider quand on est plus âgé et que toute sa vie s'est déroulée dans l'ancien cadre institutionnel.
Par ailleurs, les liens entre l'Ecosse et le reste de la Grande Bretagne sont évidemment très forts. Aussi, le projet indépendantiste a eu le souci de préserver plusieurs symboles de l'identité britannique auquel les Écossais sont associés depuis des siècles. C'est par exemple le cas pour la monarchie à laquelle l'Ecosse indépendante restera attachée.
 
- En quoi ces enjeux concernent-ils la Corse ? Quel parallèle peut-on faire ?
- Les nationalistes corses se battent pour la reconnaissance du peuple corse, et c'est fondamentalement le même combat que celui des écossais. D'ailleurs, l'Alliance Libre Européenne, le parti politique européen que je préside et qui regroupe -notamment- le PNC et le SNP, a jeté les bases de sa fondation à Bastia il y a plus de trente ans. Le fondement des droits est le même pour tous les peuples, et, dans la démocratie européenne, la volonté de chaque peuple doit être respectée. Y compris celle du peuple corse.
Au delà de l'Ecosse, c'est un combat européen. En Catalogne, j'étais à la grande manifestation du 11 septembre qui a impressionné par la ferveur populaire et par la force de son organisation millimétrée qui a mis presque deux millions de personnes, ordonnées pour reconstituer les couleurs rouge et jaune du drapeau national catalan, tout le long d'un cortège formant un immense V dans les rues de Barcelone. On sent bien que les Etats du dix-neuvième siècle sont des étoiles mortes, et que le dynamisme, les idées nouvelles, se ressourcent dans l'affirmation nationale de nos peuples. C'est aussi le cas en Corse où le nationalisme a porté la volonté de changement et de progrès depuis quarante ans.

- Quel sera le rôle de la délégation Corse à Edimbourg ?
 - Faire participer la Corse à ce grand mouvement européen ! C'est l'ALE qui organise cette présence à Edinburgh à laquelle une forte délégation corse, que je conduirai avec Gilles Simeoni et Jean-Christophe Angelini, sera associée. Nous voulons que le peuple corse prenne sa place dans ce grand mouvement d'émancipation des peuples sans Etats en Europe.



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