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L'interview : Jean-Christophe Angelini


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 25 Octobre 2012 à 09:30 | Modifié le Vendredi 28 Décembre 2012 - 10:10


L’adoption du cahier des charges de la nouvelle Délégation de service public (DSP) maritime, fin septembre, à l’Assemblée de Corse (CTC), continue de faire des vagues dans le monde politique et syndical. Les nationalistes modérés de Femu a Corsica, qui ont porté la fronde lors des débats, se sont abstenus au moment du vote. Pour Corse Net Infos, le président du groupe, Jean-Christophe Angelini, revient sur les points litigieux


L'interview : Jean-Christophe Angelini

- Pourquoi vous êtes-vous abstenus de voter ce rapport amendé ?

- Nous avons mesuré l’évolution intervenue en une semaine entre le moment du premier débat et celui du vote des amendements et nous avons décidé de nous abstenir. S’il avait fallu voter le premier jour des débats, nous aurions voté contre le rapport présenté qui était, du point de vue de la méthode et du fond, le produit de quelque chose qui ne nous convenait pas du tout. Nous l’avons fait savoir en des termes assez vifs. Finalement, la dernière mouture a été différente. Il suffit de voir en termes de volume. Le volume des amendements est aussi important que celui du rapport initial. Avec 50 amendements, le rapport a, au bout du parcours, changé, non pas uniquement de philosophie à la marge ou de degré, mais vraiment de nature.

 

- A-t-il changé suffisamment ?

- Non ! Sinon, conformément à nos idées et à nos principes, nous aurions voté Pour. Si nous nous sommes abstenus, c’est bien parce qu’on est encore au milieu du gué entre un document qui était mauvais du point de vue de la méthode et du fond et un document qui a, quand même, évolué. Femu a Corsica est restée sur une abstention prudente, comme une réserve au rapport présenté, comme un encouragement à l’évolution permise par le rapport amendé. Mais, il y a encore beaucoup de travail à faire.

 

- Quel travail ?

- Nous l’avons dit. Nous attendons toujours une connexion plus avérée entre les besoins du tissu économique, les besoins de la Corse en général, et l’offre de transport. Il y a encore une déconnexion relative, mais quand même installée, entre ces deux niveaux de réalité et d’action.

 

- C’est-à-dire ?

- Par exemple, l’Exécutif a, enfin, consenti un effort en baissant le prix de la remorque à 1000 €. C’est une revendication très ancienne. Depuis longtemps, on sait qu’il faut diminuer le prix du fret pour, d’une part, aider les entreprises de transport corses et, d’autre part, impacter, à travers elles, le coût de la vie de façon positive en abaissant le prix d’un certain nombre de denrées de consommation de base dans le panier de la ménagère. Cette diminution intervient presque 20 ans après que le problème a été posé. Ce retard-là est, malheureusement, constaté dans beaucoup d’autres domaines.

 

- Lesquels ?

- L’Exécutif ne dit pas pour quel projet de développement économique, il bâtit une offre de transport. Il s’est, pendant longtemps, notamment durant l’ancienne mandature, contenté de bâtir une offre de transport maritime et aérien et, ensuite, de discuter, au fil de l’eau, du type de développement que nous voulions réaliser. Or, il faut bien connecter les deux, au plan du fret et des publics que nous voulons transporter de l’île vers l’extérieur comme de l’extérieur vers notre île. Ce qui implique des choix durs en matière de tourisme, de niches, d’agriculture, d’exportation, etc. Il faut poser la question : Quel type de transport pour quel type de développement ? Ce débat reste ouvert, il est en partie conclu, mais il reste beaucoup à faire pour cheminer sur la voie d’une connexion particulièrement forte entre les transports aériens et maritimes et le niveau de développement que nous voulons réaliser en Corse.

 

- Pourquoi êtes-vous le seul groupe à ne pas avoir posé d’amendements ? Etait-ce une stratégie ?

- En partie. C’était une stratégie, lors du premier débat, dans le sens où nous ne voyions pas l’intérêt d’amender un rapport qui, selon nous, méritait un vote contre. Ensuite, nous avons posé, en Commission, 4 ou 5 amendements sur les tarifs résidents, les tarifs planchers, les tarifs sociaux et d’autres sujets. Ces amendements, qui ont été présentés en session publique, ont été pris en compte et même votés. Femu a Corsica s’est impliqué de manière très intense dans les débats, mais également lors de l’audition des organisations syndicales, en Commission et durant le vote des amendements pour trouver les voies et moyens d’un rapport acceptable par le plus grand nombre.

 

- Qu’avez-vous obtenu sur le tarif résident ?

- Le tarif résident a été revu à la baisse. Nous avons également introduit la notion de tarifs sociaux au sens où existent des publics qui sont, malheureusement, dans une forme de précarité et de détresse économique auxquelles nous devons répondre en termes d’offres de transport. Nous avons aussi abordé des thèmes importants, en particulier la question centrale du tarif plancher, que nous avons mise sur la table et qui a été voté.

 

- Qu’est-ce que le tarif plancher ?

- L’idée est d’avoir une approche globale et d’empêcher les compagnies maritimes de pratiquer du dumping social sur les lignes, de spéculer sur fond d’argent public et d’effectuer des ventes à perte. A certaines périodes, pour 2 à 3 millions de passagers transportés, 7 à 9 millions de places étaient mises sur le marché avec des prix qui ne correspondaient à aucune réalité.

 

- Ces prix promotionnels étaient-ils moindres que le tarif résident ?

- Souvent. Mais, dire qu’ils étaient moindres est un euphémisme parce que des places ont été vendues à quelques euros à peine. Il fallait mettre un terme à ce mouvement de corrosion de la DSP dans son esprit et dans sa lettre. C’est tout l’objet de l’amendement sur le tarif planché que nous avons proposé et qui a été voté à une large majorité.

 

- Que reste-t-il à faire dans le transport maritime ?

- Nous l’avons dit. Beaucoup de choses importantes restent encore à faire. Nous attendons toujours l’étude de faisabilité sur la compagnie régionale, promise et votée, il y a déjà quelques temps. Egalement, l’ouverture vers la Méditerranée et vers l’Europe et, entre autres sujets, réussir les Obligations de service public (OSP) qui vont être soumises à l’assemblée de Corse à la session de novembre.
Propos recueillis par Nicole MARI

 



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