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Jean-Guy Talamoni : "Il faudra un consensus à Paris entre la droite et la gauche sur la question corse."


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 8 Août 2012 à 14:59 | Modifié le Vendredi 28 Décembre 2012 - 09:56


Leader du groupe Corsica Libera à la CTC, Jean-Guy Talamoni affiche sa satisfaction devant l’affiche politique obtenue lors du débat des Ghjurnate di Corti sur l’évolution institutionnelle. Il explique, à Corse Net Infos, que les Indépendantistes vont lancer des invitations au dialogue bilatéral à tous les partis traditionnels pour obtenir un consensus, à la fois, en Corse et à Paris. Il revient également sur deux points abordés lors du meeting de clôture : les rapports avec les Nationalistes modérés et la déclaration de guerre contre la notion « d’hameau nouveau ».


Jean-Guy Talamoni : "Il faudra un consensus à Paris entre la droite et la gauche sur la question corse."
- Ce débat est-il une victoire pour Corsica Libera qui l’a organisé ?
- Des représentants de haut niveau de toutes les formations politiques sont venus à Corte pour discuter avec nous, les Indépendantistes, de la réforme en cours et de l’avenir de la Corse. C’est une première ! C’est une chose qui ne s’est jamais vue depuis 31 ans qu’ont lieu les Ghjurnate Internaziunale. Cette simple présence était déjà très importante sur le plan politique. Le contenu des débats a été, en plus, passionnant et d’une très haute tenue.
 
- Quelle conclusion en tirez-vous ?
- On se rend compte qu’il y a des rapprochements de points de vue qui peuvent même étonner, quand on sait ce qui s’est passé depuis plusieurs décennies. On voit bien que la Corse entre dans une ère différente. Nous ne sommes qu’au début d’un processus qui sera long. Dans un deuxième temps, nous aurons affaire à Paris et ce sera aussi très difficile. Mais, il est quand même de bon augure que les Corses, les responsables de toutes les tendances, se parlent et envisagent de construire un projet commun.
 
- La présence de ces élus aux Ghjurnate traduit-elle un changement profond dans la société corse ?
- Oui. Je crois qu’effectivement, ce débat avec des élus de l’UMP et du PS aux journées annuelles indépendantistes n’aurait pas été possible, il y a seulement 2 ou 3 ans, et complètement inenvisageable. Même il y a 3 mois, beaucoup auraient douté de la faisabilité du projet. Maintenant, au delà du symbole et du contenu très intéressant des propos des uns et des autres, ce débat devra se poursuivre dans d’autres cadres, et pas seulement à l’Assemblée de Corse. Lors du meeting de clôture, nous avons pris l’initiative de lancer des invitations, qui seront confirmées par courrier, aux formations politiques françaises présentes en Corse et représentées au Parlement français, en commençant par les deux plus importantes : le Parti Socialiste et l’UMP. Nous poursuivrons avec toutes les autres.
 
- Quel est le but de ces invitations ?
- L’adoption d’une loi constitutionnelle ne peut se faire que par référendum au niveau français, ce qui paraît peu envisageable, ou par l’obtention des 3/5ème des votes du Congrès à Versailles. Or, le gouvernement actuel ne dispose pas des 3/5ème. Il faudra un consensus, pas seulement en Corse, mais aussi à Paris, entre la droite et la gauche sur la question corse. Nous ne sommes pas au bout de nos peines. Nous allons, donc, continuer ce travail d’ouverture que nous avons entrepris en proposant des discussions bilatérales pour essayer de lever les ambiguïtés et les difficultés qui existent encore, pour plaider ce projet qui doit être validé, d’abord, par les responsables corses. Il peut, éventuellement, faire l’objet d’une approbation par les Corses eux-mêmes à travers une consultation organisée en Corse. C’est une idée qui se développe actuellement.
 
- Etes-vous favorables à un référendum ?
- Nous y serons favorables si cette consultation ne se produit pas dans les conditions du référendum de 2003, qui a été fait en dépit du bon sens. D’une part, cette consultation doit venir de la Corse, et pas du gouvernement français, et être organisée par les institutions corses car nous savons très bien que les électeurs ne votent pas uniquement en fonction des questions locales. En 2003, certains ont voté contre la réforme des retraites, d’autres contre Sarkozy ou Raffarin. D’autre part, pour que cette démarche soit positive, il faut que, préalablement, la réforme soit soutenue par une majorité massive d’élus afin que les principaux courants politiques fassent campagne pour le Oui. A ces conditions-là, il sera tout à fait envisageable qu’à travers le référendum, une forte majorité se prononce pour la réforme institutionnelle.
 
- Cette forte majorité à la CTC est-elle votre priorité ?
- L’important, aujourd’hui, est de l’obtenir. Nous avons fait ce qui était en notre pouvoir pour que le maximum d’élus participe à cette majorité, lors du vote sur le PADDUC. Nous avons tendu la main à des élus qui ont des idées très éloignées des nôtres. Une majorité de 40 élus sur 51 est nécessaire pour soutenir la réforme, nous espérons même davantage. Il faudra que la droite soutienne, au moins partiellement, le projet.
 
- Comment appréciez-vous son abstention sur le PADDUC ?
- Son abstention est un peu logique compte tenu que son PADDUC a, il y a pas si longtemps, été rejeté. Je pense que c’est une position intermédiaire, pas une fermeture totale. La droite aurait pu voter contre ce PADDUC qui, au fond, dit exactement l’inverse de ce qu’elle avait concocté. Des élus de droite ont précisé que cette abstention était une position d’attente. Ces positions vont probablement évoluer.
 
- L’ouverture vers les partis traditionnels fait suite au refus de partenariat des Nationalistes modérés. Est-il plus facile de discuter avec le PS et l’UMP qu’avec les modérés ?
- Non. A la CTC, nous discutons avec tout le monde et, bien entendu, avec les modérés. Nous avons proposé, depuis deux ans, une méthode qui ne semble pas convenir au groupe dit modéré. Il s’agissait, d’abord, d’élaborer un projet commun des nationalistes corses et, ensuite, de travailler avec les autres élus sur la base de ce projet commun. Manifestement, le courant modéré préfère discuter avec Corsica Libera dans exactement le même cadre qu’avec toutes les autres forces politiques. C’est une différence d’appréciation et de méthode. Nous en avons tiré un certain nombre d’enseignements. Pour notre part, nous sommes, aujourd’hui, dans une autre séquence. Nous nous adressons à l’ensemble du paysage politique corse. Les modérés ont aussi participé au débat, mais pas en tant que partenaire privilégié.
 
- Comment interprétez-vous l’absence des deux leaders de Femu a Corsica ?
- Je n’interprète pas. A ce débat, le courant modéré était bien représenté par des militants importants. Edmond Simeoni est un personnage historique. Michel Castellani est un vieux militant. Nous ne sommes comptables que de nos choix, pas de ceux des autres formations. Mais l’événement de ce débat n’était pas la présence des modérés, qui sont venus souvent aux journées internationales. L’évènement, c’était la présence d’un député UMP, du PS, du président de l’équipe de campagne de Hollande et de l’ensemble des représentants de tous les groupes importants de l’Assemblée.
 
- Pourquoi dites-vous que la notion « d’hameau nouveau » est caduque et qu’il faudra prendre des « mesures conservatoires à caractère illégal » ?
- Ce qui est caduque, à notre sens, c’est l’interprétation de la notion « d’hameau nouveau » faite par la Cour administrative d’appel dans l’affaire Lefèbvre à Balistra. Elle ne convient pas aux Corses, qui ont été ulcérés de cette décision. Le FLNC est intervenu après que tout le monde ait dit que cette décision était anormale : le maire de Bonifacio qui était bien placé pour le savoir, les associations de défense de l’environnement… J’observe que personne n’a critiqué le FLNC sur cette action. Cette notion est caduque parce qu’elle est inapplicable. L’appliquer reviendrait à laisser bétonner tout notre littoral. Nous n’allons pas le laisser bétonner. Et quand je dis : nous, je parle des Corses en général.
 
- Est-ce une menace ou un avertissement ?
- Nous ne sommes pas d’accord avec cette notion « d’hameau nouveau ». Ce qui signifie qu’au titre de Corsica Libera, nous nous y opposerons avec les moyens qui sont les nôtres, c’est-à-dire des occupations, etc…, toutes choses qui rendront la vie extrêmement difficile aux spéculateurs. D’autres Corses agissent avec d’autres moyens. Les associatifs vont intervenir. Nous disons qu’une telle jurisprudence, qui sera, peut-être, infirmée dans les mois et les années à-venir, n’est pas possible. On ne peut pas autoriser Mr Lefèbvre à faire ce qu’il voulait faire. On ne peut pas laisser bétonner notre littoral sous prétexte que quatre juristes se sont retirés dans une salle en France pour délibérer ! Ce n’est pas comme ça que ça se passe ! Les Corses refusent que leur littoral soit bétonné. Ils l’ont montré. C’est la raison pour laquelle la Corse est la seule île de Méditerranée à avoir été préservée. Il faut voir ce qui s’est passé dans le Sud de la France où la loi littorale existe aussi. La Corse a été protégée et va continuer à l’être, quelques soient les décisions des juridictions.
                                                                               Propos recueillis par Nicole MARI 



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