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Jean Christophe Angelini : « Le gouvernement doit revenir à la raison »


Rédigé par Nicole Mari le Lundi 17 Décembre 2012 à 00:10 | Modifié le Lundi 17 Décembre 2012 - 01:02


U Partitu di a Nazione Corsa (PNC) a fêté ses dix ans d’existence, dimanche après-midi, à Corte lors de son assemblée générale annuelle. L’occasion pour le parti nationaliste de dresser le bilan d’une décennie d’action politique et de fixer le cap des combats à venir. Son leader, Jean Christophe Angelini, explique, à Corse Net Infos, les enjeux définis et réagit à l’attitude du gouvernement et aux propos de Manuel Valls sur la question corse. Il donne, également, son sentiment sur les deux projets présentés, jeudi et vendredi derniers, en commission plénière à l’Assemblée de Corse (CTC) : la coofficialité de la langue et la réforme institutionnelle.


Jean Christophe Angelini : « Le gouvernement doit revenir à la raison »
- Le PNC a fêté ces 10 ans. Cette longévité, inhabituelle pour un mouvement nationaliste, est-ce une force ?
- Tout à fait. Le PNC est né à Furiani le 7 décembre 2002. Nous sommes aujourd’hui, le 16 décembre 2012. Il a, donc, 10 ans et quelques jours. C’est un parcours tout à fait exceptionnel puisqu’il fait de nous, avec beaucoup d’humilité, le doyen des mouvements nationalistes dans le paysage politique. Surtout, il donne, à notre message et à notre audience, une crédibilité importante. Pour cette assemblée générale, nous avons accueilli près de 300 délégués et militants venus des quatre coins de Corse. C’est un encouragement très fort à la démarche initiée et la façon la plus belle de prendre date pour les dix prochaines années.

- Quels ont été les grands axes développés lors de cette assemblée générale ?
- D’abord, rendre un hommage à ceux qui nous ont prématurément quittés, militants du PNC ou du peuple corse en général, notamment Yves Stella qui a été un haut cadre pendant des années. Rendre également hommage à tous ceux qui se sont investis dans le parti. Puis, faire un bilan. Ensuite, tracer des perspectives : la réforme Chaubon qui est en débat à la CTC, la préparation des élections municipales et le renouvellement du parti au niveau de l’Exécutif et du Cunsigliu.
 
- C’est-à-dire ?
- Le parti a accueilli plusieurs dizaines de cadres nouveaux, tant au niveau de l’Exécutif que du Cunsigliu, qui est notre assemblée permanente, une sorte de Parlement des régions. C’est le fruit de la mise en place, il y a deux ans, du PNC Ghjuventu avec des jeunes qui franchissent un palier supplémentaire dans l’engagement et prennent des responsabilités nouvelles au PNC et, en même temps, d’une démarche de terrain très ouverte. Enfin, j’ai réaffirmé notre volonté de poursuivre dans la même voie, ce qui est le souhait des militants.
 
- Quel est le programme pour la nouvelle décennie ?
- Beaucoup de choses sont au programme. D’abord, le travail de nos élus à la CTC, dans les communes, dans le monde consulaire et de notre élu au Parlement européen. Nous avons investi quantité d’espaces dans lesquels nous avançons et travaillons avec beaucoup d’énergie. Notamment, les débats en cours à la CTC qui sont déterminants pour l’avenir : le foncier, la réforme institutionnelle et constitutionnelle, la coofficialité de la langue corse et la fiscalité. Autant d’enjeux qui sont débattus depuis des mois et devraient être consacrés, je l’espère, début 2013.
 
- Qu’allez-vous faire sur le terrain ?
- Sur le terrain, nous avons nos outils propres : le journal Arriti, la fédération Régions & Peuples solidaires ou l’Alliance Libre Européenne. Nous faisons donc un travail d’ordre institutionnel au travers de nos élus, d’ordre politique au travers du parti et de ses partenaires et au quotidien avec les militants dans les régions sur tous les grands sujets qui préoccupent les Corses.
 
- Y aura-t-il des échéances électorales pour le PNC en tant que PNC ?
- Il n’y aura plus, et tant mieux, d’échéances électorales pour le PNC, pas plus qu’il n’y en aura, je pense, pour Inseme ou pour A Chjama. Toutes les échéances électorales seront abordées sous l’égide de Femu a Corsica, c’est-à-dire qu’elles se feront sous la bannière ou validée par Femu a Corsica. C’est un point capital. Il n’y a pas de retour en arrière possible.
 
- Ce manque de visibilité électorale n’affaiblit-il pas le PNC ?
- Non. Je ne crois pas qu’il y ait un risque de dilution, d’affaiblissement ou d’atténuation. Le PNC peut aussi être marque électorale, mais ce n’est pas sa vocation première. C’est avant tout un parti politique structuré avec des instances, un journal, etc. C’est sa marque de fabrique dans la coalition Femu a Corsica.
 
- Comment voyez-vous l’avenir entre les deux entités ?
- C’est, naturellement, la poursuite de Femu a Corsica qui est la stratégie privilégiée, mais également le développement du PNC, comme espace incontournable de l’ensemble du dispositif.
 
- Avez-vous renoncé à votre souhait de fusionner toutes les entités de Femu a Corsica dans un même parti ?
- C’était mon souhait initial et surtout celui des assemblées générales du PNC. Nous avons pris sereinement acte du fait que nos partenaires ne souhaitaient pas avancer de la sorte. Ils l’ont dit, y compris publiquement et à maintes reprises. Nous constatons avec regret qu’il n’est pas possible d’évoluer vers un mouvement unitaire qui reste, pour nous, un objectif de moyen ou de long terme. Nous n’en concevons aucune aigreur, ni aucune amertume. Nous respectons, sans le partager, le point de vue de nos partenaires et entendons résolument poursuivre avec eux tout au long des mois et des années qui viennent. Ce qui est important, c’est la continuité du débat et de l’action politiques.
 
- Que vous inspire l’attitude du gouvernement par rapport à la Corse et les propos tenus, notamment par le ministre de l’intérieur ?
- Certains propos sont particulièrement inquiétants. Récemment encore, les mises en causes, tantôt de l’ordre des notaires, tantôt d’élus, ont vraiment été scandaleuses. Ce gouvernement doit, aujourd’hui, faire deux choses. D’abord, revenir à la raison car il n’a manifestement pas la bonne approche du problème corse. Deuxièmement, et surtout, accepter les débats politiques tels qu’ils s’organisent à la CTC et en Corse en général où il y a une volonté de sortir de la crise par le haut, par la réforme et par le mouvement.
 
- Que demandez-vous au gouvernement ?
- La situation est tendue et complexe avec un certain nombre de faits de violence très graves, notamment les règlements de comptes répétés, une situation économique peu reluisante et une situation sociale dramatique. 25000 personnes sont en situation de précarité. Donc, aujourd’hui, il y a deux manières de résoudre le problème. Soit en appeler de façon incantatoire à l’Etat, à l’Europe ou à je ne sais qui… sans accepter que nous nous prenions en main, soit au contraire nous prendre enfin en main comme la CTC devrait le proposer bientôt et demander à l’Etat de nous accompagner. Le PNC attend du gouvernement de la sérénité et une prise en compte globale du problème corse comme cela a été fait durant le processus de Matignon. Comme il en a été capable dans l’histoire de ces 30 ou 40 dernières années, le gouvernement doit revenir à l’esprit, à la méthode et à la lettre de ce qui a été fait.
 
- Manuel Valls a martelé qu’il n’y aurait ni autonomie, ni coofficialité, ni statut de résident, ni transfert de fiscalité… Ces propos ne vous rendent-ils pas pessimiste ?
- Non. Ils peuvent nous inquiéter, mais n’entament en rien notre détermination. Manuel Valls et Christiane Taubira ont dit beaucoup de choses ces derniers mois, mais en négligeant un aspect fondamental : les délibérations de la CTC. Ces ministres ont aussi dit et répété qu’aucune porte n’était fermée. Le président du Conseil Exécutif, Paul Giacobbi, a rappelé, à maintes reprises, que nous ne devions pas nous limiter par anticipation ou nous autocensurer. Il y a, là, des éléments d’un débat particulièrement intéressant et matière à aboutir à la CTC à un consensus très large.
 
- A quoi sert-il que les élus travaillent sur des dossiers qui sont d’ores et déjà rejetés par l’Etat ?
- Si 40 ou 45 élus territoriaux votent un certain nombre de thèmes, l’Etat aura-t-il le courage d’aller à l’encontre d’une décision ultramajoritaire ou bien l’accompagnera-t-il ? La question est, pour nous, posée en ces termes, non pas à la CTC, mais à l’Etat. Pour notre part, nous ne freinons pas notre mouvement, nous allons au bout des discussions et nous travaillons à élever le degré d’exigence pour que tous nos fondamentaux soient pris en compte.
 
- Approuvez-vous le projet de coofficialité de la langue présenté par Pierre Ghionga ?
- Ce projet est tout à fait conforme à notre philosophie originelle. Il a reçu l’aval et l’assentiment de nos élus. Nous pensons que la solution passe naturellement par une reconnaissance statutaire et un statut de coofficialité. Il doit en être ainsi dorénavant. La motion demandant la coofficialité a été votée par plus de 40 élus, c’est de bon augure pour la suite, y compris pour d’autres types de rapports.
 
- Quel est votre sentiment sur le rapport Chaubon que l’on dit très frileux et très en deçà des attentes nationalistes ?
- Je ne dirais pas qu’il est très frileux. Il nous a été remis en séance plénière, vendredi matin. Nous devons en prendre connaissance de manière plus précise. Certaines choses sont prises en compte, mais il y a des oublis fâcheux. Nous devons continuer à travailler, à rester très offensif. Il n’est pas question que nous baissions les bras et que nous considérions les propos d’un ministre ou l’analyse d’un commentateur quelconque comme autant de vérités révélées. Nous devons continuer à nous battre dossier par dossier, pied à pied, et je crois que nous pouvons encore parvenir à un accord. Je constate qu’aujourd’hui, sur tous les bancs de l’Assemblée, dans tous les groupes, il y a des élus qui veulent sortir de cette situation. L’Etat, le moment venu, devra en prendre la mesure !
 Propos recueillis par Nicole MARI




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