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Jean Biancucci : "L'économie identitaire est un gisement d'emplois inexploité."


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 22 Août 2012 à 11:46 | Modifié le Vendredi 28 Décembre 2012 - 10:05


La préoccupation première des Corses est l’emploi. Toutes les enquêtes publiques, même la dernière sur le PADDUC, le confirment. Le chômage, qui touche en moyenne près de 16 000 insulaires, ne cesse d’augmenter. La crise réduit drastiquement les perspectives d’emploi public. Lors de la dernière session de l’Assemblée de Corse, l’élu territorial du groupe Femu a Corsica, Jean Biancucci, a demandé à l’Exécutif de saisir ce problème à bras le corps en créant de nouveaux moyens d’actions pour soutenir l’initiative privée. Il explique, à Corse Net Infos, que l’économie identitaire est une des voies à exploiter.


Jean Biancucci : "L'économie identitaire est un gisement d'emplois inexploité."

- Quelle est la problématique de l'emploi que vous avez soulevée ?
 

- Un certain nombre d'études et de sondages effectués dans la population depuis des années montre une préoccupation dominante : celle de l'emploi. Quand on parle d'emploi, on scinde : emploi public et emploi privé. On sait que la Corse est arrivée à la limite des possibilités en matière d'emploi public tout simplement parce qu'il y a de moins en moins de moyens. Face aux restrictions budgétaires de plus en plus importantes et à la crise financière, il faut anticiper, y compris pour les prochaines années. L'emploi public étant bouché, il reste donc l'emploi privé.
 

 
 

- N'est-il pas encore plus limité en Corse ?
 

- La théorie politique et économique néolibérale considère que le marché est régulateur, y compris en matière d'emploi, donc qu’il faut laisser faire le marché. Sauf que laisser faire le marché en période de crise ne peut qu'aggraver la situation.
 

 
 

- Que faut-il faire ?
 

- Il faut agir directement sur le marché de l'emploi, sur la possibilité pour une entreprise de pouvoir embaucher et pour un chômeur de pouvoir créer son entreprise. Il faut mener une action directe auprès de ceux qui sont en situation de difficulté et qui peuvent, demain, passer d'un statut de chômeur à un statut d’actif, soit en retrouvant un emploi, soit en créant leur propre entreprise.
 

 
 

- Quels types d'actions ?
 

- Un certain nombre de dispositifs existe. Mais, au delà des mesures générales, il y a, dans le cadre du développement économique qui interpelle directement l’Assemblée de Corse (CTC), un champ à investir. Les mesures, prises jusqu'à présent, sont nettement insuffisantes. Aussi ai-je demandé à l'Exécutif ce qu'il comptait faire pour agir de manière plus efficace dans le domaine de l'emploi ! N'y a-t-il pas des dispositifs nouveaux à trouver pour diminuer le taux de chômage et rendre à la population un peu d'espoir ?
 

 
 

- L'emploi étant une politique nationale, quel champ reste-t-il à la CTC ?
 

- Il n'y a pas de ministre de l'emploi à la CTC, mais il y a un ministre de l'économie, en l'occurrence Jean Zuccarelli, président de l'ADEC (Agence de développement économique de la Corse). Par le passé, l'ADEC a agi dans plusieurs directions en proposant des dispositifs d'aide à la création d'emplois, à la création et à l'investissement des entreprises. Il faut, dans ce domaine premier, une plus grande implication de l'Exécutif, comme ce fut le cas dans le domaine du logement, 2ème préoccupation des gens, où un travail a été fait et des dispositifs sont en train d’être créés. N'est-il pas nécessaire qu'on se saisisse à bras le corps de ce problème en essayant d’y réfléchir ! Bien entendu, on ne peut pas créer, ex nihilo, des dispositifs. Mais, l'Exécutif doit mettre en œuvre cette réflexion et imaginer ce qu'il est possible de faire.
 

 
 

- Quelle réponse, l'Exécutif vous a-t-il donné ?
 

- Dans la réponse donnée par Jean Zuccarelli, rien d'extraordinaire ne peut être imaginé. Il fait référence à une priorité définie à l'échelle de la France par le nouveau gouvernement, à savoir la jeunesse, et derrière laquelle on pourrait s'abriter. C'est du conditionnel ! Ce qui m'intéresse, c'est ce qu'on peut faire ici avec les moyens qu'on a. Ensuite, si d'autres dispositifs peuvent se coupler avec ce qui est décidé à Paris, tant mieux ! Mais, l'exécutif a une responsabilité directe à exercer et doit le faire. C'est à la CTC d’y veiller !
 

 
 

- Vous dites qu'il y a urgence ?
 

- Oui. L'état de crise, dans lequel nous rentrons, va certainement s'aggraver. Le taux de chômage augmente tous les jours. Il est déjà considérable. En Corse, en dehors de la saisonnalité et de l'impact économique du tourisme dont on mesure les limites aujourd'hui, on risque d'avoir un hiver difficile. Il faut donc essayer de se prémunir contre l'aggravation de la situation. Dans de nombreux domaines, la CTC a mis en place des dispositifs, par exemple : le Pôle des industries aéronautiques corses. Un autre, l'économie identitaire, constitue un gisement d’emplois potentiels inexploité.
 

 
 

- Qu'appelez-vous l'économie identitaire ?
 

- C’est une économie basée sur les savoir-faire locaux, sur des filières connues ou reconnues. A partir de ce substrat, on peut créer une nouvelle filière mettant en perspective l’identité comme dynamique économique. Ça se fait partout dans le monde. Nous avons un créneau à occuper. Il ne l’est aujourd’hui que partiellement parce qu’il y a une dynamique du tissu local. Mais cette dynamique ne suffit pas et doit être épaulée par la CTC.
 

 
 

- A quelles filières pensez-vous ?
 

- Par exemple, la musique, le chant, tout ce qui est lié à l’identité et qui trouve un écho marchand. Des produits typiquement corses, comme les produits agroalimentaires, mais aussi des produits artisanaux et industriels. Ma logique, en tant que Nationaliste, est de faire en sorte que tout ce qui peut participer au développement économique soit pris en compte. J’ai d’ailleurs, il y a plus d’un an, proposé une stratégie de marques qui a été retenue par l’ADEC.
 

 
 

- Quelle stratégie de marques ?
 

- Du marketing territorial comme il se pratique ailleurs. Le mot « Corsica » ne doit pas être un élément de marque utilisé n’importe comment. Son usage doit obéir à un certain nombre de règles qui permettent à des entreprises qui veulent aller de l’avant, notamment celles s’intéressant aux marchés intérieur et extérieur, de le faire dans des conditions maximales de marketing. On vend sous la marque « Corsica » des fromages fabriqués dans d’autres régions de France, voire d’Europe, qui n’ont rien à voir avec le savoir-faire local et qui sont en contradiction totale avec ce que nous faisons ici. Pourquoi devrait-on laisser faire ?
 

 
 

- Voulez-vous donc estampiller le mot « Corsica » comme la marque corse ?
 

- Pourquoi ne pas utiliser ce mot connu partout, chargé d’identité et d’un contenu subjectif extrêmement fort ? La CCM a changé de nom, elle s’appelle désormais Air Corsica. L’ATC (Agence du tourisme corse) a changé sa stratégie commerciale et communique dorénavant en tant que « Corsica Made », etc. Cela signifie qu’il y a des choses à faire dans ce domaine. Notre groupe Femu a Corsica a demandé à l’ADEC de mettre en place une stratégie. Une étude est en cours. Mais ce n’est qu’une partie d’une stratégie économique de mise en perspective de l’identité par rapport au marché tel qu’on le connaît.
 

 
 

- N’est-ce pas, comme le dénoncent certains, une manière de brader l’identité ?
 

- Non. Ça ne veut pas dire brader, mais au contraire valoriser et tirer profit d’une conjoncture difficile à partir d’une réalité que nous connaissons très bien et qui est la nôtre.
 

 
 

- Une orientation du PADDUC est de produire local. Rejoint-elle votre analyse ?
 

- Oui. Elle rejoint notre analyse et notre proposition. Nous n’avons eu de cesse, depuis des années, depuis les deux dernières mandatures, de dénoncer la dépendance économique de la Corse. Malgré tous les plans, l’enveloppe de continuité territoriale et les mesures prises dont certaines ont eu une influence sensible, on n’a pas réussi à renverser la vapeur. Les propos tenus par Maria Guidicelli sont des propos de bon sens que nous partageons entièrement pour une simple raison : nous les tenons depuis des décennies. C’est bien que d’autres sensibilités politiques s’en emparent.
 

 
 

- N’avez-vous pas l’impression d’être dépouillé de votre fond politique ?
 

- Non. Au contraire, j’ai l’impression de m’enrichir. Nous avons passé 40 ou 50 ans à essayer de faire partager, à d’autres, notre point de vue. Les choses ont évolué. Il faut s’en réjouir. Nous mêmes, face aux réalités du monde contemporain, nous avons nécessairement évolué. Nous ne manquons jamais une occasion de jouer le jeu des institutions dans le débat contradictoire, même si ces institutions sont insuffisantes à nos yeux. Nous nous investissons pleinement pour que les choses avancent. Les Nationalistes, aujourd’hui, ont une capacité de propositions très forte. L’opinion le sait. Pour preuve, les pourcentages de voix obtenus aux diverses élections depuis 2010 et même depuis 2004. Si les gens de gauche et de droite nous rejoignent, nous pourrons construire, ensemble, la Corse de demain dans le respect des identités de chacun.
 

                                                                                  Propos recueillis par Nicole MARI




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