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Inseme per Bastia dénonce des fraudes dans la constitution des listes électorales


Rédigé par Nicole Mari le Samedi 22 Décembre 2012 à 20:08 | Modifié le Dimanche 23 Décembre 2012 - 23:59


A 15 mois des élections municipales, Inseme per Bastia se lance dans la campagne en dénonçant des suspicions de fraude sur les listes électorales actuelles et sur les inscriptions qui vont intervenir d’ici à mars 2014. Il fustige, également, les pressions qui seraient exercées, par l’équipe dirigeante, sur les personnels municipaux et leurs familles et la gestion électoraliste de l’attribution de logements HLM. Son leader, Gilles Simeoni, interpelle le Préfet de Haute-Corse sur le dysfonctionnement des Commissions de révision des listes et lui demande d’exercer son pouvoir de controle. Il explique, à Corse Net Infos, qu’il entend combattre ses pratiques anti-démocratiques, susceptibles de fausser les résultats du prochain scrutin.


Inseme per Bastia dénonce des fraudes dans la constitution des listes électorales
- Que reprochez-vous aux listes électorales ?
- Leur composition actuelle. A chaque scrutin, la propagande électorale est envoyée à chaque électeur inscrit. Lorsque l’électeur n’habite pas à l’adresse indiquée, le courrier revient d’abord à la poste, ensuite à la mairie, avant d’être détruit. Au moment des élections législatives, nous avions demandé au Préfet de saisir la liste des « N’habite pas à l’adresse indiquée » (NPAI) pour avoir une photographie précise de la distorsion entre les listes électorales mentionnant les adresses des électeurs et la réalité à travers les NPAI. Le Préfet n’a pas bougé.
 
- Qu’avez-vous fait, alors ?
- Face à l’inertie du préfet, nous avons demandé une autorisation auprès du TGI (Tribunal de Grande instance) et fait désigner un huissier qui a constaté près de 1700 NPAI à Bastia sur environ 19000 inscrits. C’est donc un ratio de NPAI de 8 ou 9%. Alors que dans une ville normale, comme par exemple Ajaccio, ce ratio est de seulement 4%.
 
- Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ?
- Toutes les personnes NPAI ne sont pas des électeurs fantômes ou en situation irrégulière. Dans les NPAI, il peut y avoir des personnes qui ont changé d’adresse, d’autres qui ont mis des adresses incomplètes, etc. Il n’empêche que les NPAI sont une photographie qui, d’un point de vue statistique, permet de comprendre que les listes électorales actuelles de Bastia ne reflètent pas la réalité et ne sont pas sincères. Il y a donc un travail de vérification, qui a d’ailleurs été entrepris par le bureau électoral, pour voir si oui ou non ces NPAI ont vocation à rester inscrites sur les listes de Bastia.
 
- Pourquoi interpellez-vous le préfet ?
- Il faudra être vigilant au moment où ces NPAI produiront des justificatifs de leur domicile et de leur qualité à être inscrites sur la liste électorale bastiaise et vérifier si ces justificatifs sont vrais. C’est, normalement, aux commissions de révision des listes électorales de le faire, mais comme ces commissions ne se réunissent pas et que les délégués n’ont pas été renouvelés depuis longtemps, elles n’ont aucune efficacité. C’est pour cela que nous interpellons le préfet qui se fait, souvent, le relais de discours sur la démocratie et sur l’Etat de droit pour savoir s’il compte Oui ou Non continuer à laisser faire !
 
- Quel est le problème sur les inscriptions à venir d’ici au prochain scrutin ?
- Dans un contexte de forte compétition électorale, il est normal que les gens s’inscrivent et qu’il y ait une émulation. Par contre, ce qui est anormal, c’est l’organisation systématique de transferts d’électeurs qui est, malheureusement, une pratique connue et éprouvée de la vie politique corse. Certains maires, qui disposent de majorité large dans leur commune, sont sollicités pour identifier quelques dizaines d’électeurs qu’ils pourront, sans risque, faire inscrire, quelquefois régulièrement, quelquefois irrégulièrement, dans la commune d’accueil.
 
- Dénoncez-vous clairement des fraudes ?
- Nous dénonçons des réunions, qui ont eu lieu et qui visent à organiser des transferts massifs d’électeurs sur Bastia pour gonfler artificiellement les listes électorales et pour essayer de ménager, à l’équipe en place, une marge de manœuvre. Nous dénonçons, également, des pressions sur les personnels communaux et leurs familles pour qu’ils votent dans le bon sens. Nous dénonçons des anomalies et des pressions dans l’attribution des logements HLM, toujours dans des perspectives électorales. Nous mettons en garde ceux qui sont à l’initiative de ces pratiques.
 
- C’est-à-dire ?
- Nous leur demandons d’y mettre un terme car elles sont contraires à l’esprit et à la lettre de la loi et de la démocratie. Nous invitons aussi les personnes sollicitées, maires et citoyens, à ne pas se livrer à ce genre de procédés qui portent atteinte à la démocratie. Nous voulons dire à toutes les personnes subissant ces pressions que nous les soutenons et que nous serons à leurs côtés. Nous interpelons aussi le Préfet qui ne peut pas ne pas savoir que ces pratiques existent et continuer à faire comme si elles n’existaient pas ! Nous serons très vigilants.
 
- Ces pressions vont-elles au-delà des personnels municipaux et des précaires ?
- Bien sûr ! Il y a aussi du chantage auprès d’un certain nombre d’entreprises qui travaillent avec la mairie sur des petits marchés de gré à gré pour qu’elles renvoient l’ascenseur au moment des élections. La Mairie refuse clairement de travailler avec ceux qui s’affichent aux côtés d’Inseme per Bastia, etc. C’est tout un système qui est en place, malheureusement, depuis très longtemps.
 
- Avez-vous des preuves concrètes ?
- C’est un secret de polichinelle. Nous savons que certains spécialistes des affaires électorales bastiaises, toujours les mêmes, ont fait des démarches, en Haute-Corse, auprès de maires de même obédience politique pour qu’ils détachent 15, 20 ou 30 électeurs afin de les inscrire à Bastia. Ce nombre multiplié par 30 communes donne, au bout d’un an et demi, 900 électeurs. Un employé de la CAB (Communauté d’agglomération de Bastia) a, aujourd’hui, le courage de parler et de dire qu’on lui refuse une promotion professionnelle, qui lui est due, et qu’on justifie ce refus par sa proximité avec Inseme per Bastia. Des gens, issus de la majorité municipale, notamment Eric Calloni, disent publiquement, ce que nous avons longtemps été les seuls à dire, à savoir que la Mairie se sert de l’Office HLM de manière électoraliste (cf Corse Net Infos, politique, interview du 3 octobre). Tout ceux qui sont engagés dans la vie publique ne peuvent pas faire semblant de ne pas le savoir !
 
- Ces pratiques sont-elles liées à la pression très forte pesant sur le scrutin de 2014 ?
- Directement ! Ces pressions, aujourd’hui, s’accentuent. La majorité actuelle sent bien que la dynamique est de notre côté et qu’elle court un risque très sérieux de perdre les élections. Elle a, donc, la tentation de se constituer un matelas électoral pré-acquis et acquis en dehors des règles démocratiques normales. A partir du moment où elle part avec 1000 voix d’avance de gens inscrits qui n’ont pas vocation à l’être, plus quelques centaines de voix d’avance obtenues en faisant pression sur des gens qui sont en situation de précarité dans le cadre d’attribution des logements HLM, plus encore quelques centaines de voix en faisant pression sur les personnels communaux, elle pervertit le jeu démocratique. C’est, quand même, un paradoxe singulier de voir Emile Zuccarelli s’autoproclamer, ici et à Paris, défenseur de l’Etat de droit et de la République et le voir adosser à un système qui prospère depuis des décennies sur des pratiques complètement contraires à la démocratie. Il faut que ce jeu de dupes cesse !
 
- Cette situation grève-t-elle vos chances ou celles d’un autre opposant de remporter la prochaine élection municipale ?
- Ces pratiques empoisonnent la vie publique corse. La majorité des Corses n’en veut plus. C’est pour cela qu’il y a un besoin profond de changement. Et ce changement, nous allons le construire avec tous ceux qui ne veulent plus de ce système. Nous disons aux Bastiais qui nous font confiance et qui nous votent et aussi à ceux qui ne nous votent pas que nous nous engageons solennellement à changer ces pratiques lorsque nous serons aux responsabilités. Nous voulons que la compétition électorale et le débat politique se déroulent dans des conditions démocratiques normales. A Bastia, comme en Corse, la démocratie est un combat.
Propos recueillis par Nicole MARI




1.Posté par FIAT LUX le 23/12/2012 16:20
beaucoup de travail et bon courage,le combat continu.

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